Iwak #26 – Relier

Sur une idée de la fée Kozlika en 2020, voilà Iwak (Inktober with a keyboard). Un mois d’écriture sous contrainte à la manière de tous ces dessinateurs qui publient de chouettes dessins sur les Internets. (#Blogtober ça fonctionne aussi.)

On parle souvent des Internets pour s’en plaindre ou pour critiquer leurs aspects les plus toxiques, et comme d’habitude, on en fait un grand tout, sans bien distinguer les usages. Aujourd’hui encore, si je trouve que ça en vaut la peine, c’est surtout pour ce moyen incroyable de communiquer les uns avec les autres, de se relier et de se connecter les uns aux autres.

La magie était encore plus prégnante au milieu des années 90, quand les emails faisaient tout juste leur apparition, ainsi que les chats en ligne, et les quelques pages statiques des « autoroutes de la communication ». Internet n’était que communication, et il y avait une grande rupture avec l’existant. C’était gratuit (presque), illimité et ça abattait les frontières. Je me souviens du frisson à l’idée de correspondre avec un américain, et de n’attendre que quelques minutes pour qu’un email aille d’un bout à l’autre du monde, ou encore plus fascinant un « chat » en temps réel comme on en a pris l’habitude à la fin des années 90.

Les Internets ont également sauvé ma sexualité, et merci à eux pour cela. Et aussi ma vie sentimentale, il ne faut pas non plus le négliger. Hu hu hu. Cela aussi c’est du lien. ^^

Mais au début des années 2000, les Internets ont également donné naissance aux blogs, et ça on ne peut que s’en émouvoir, ici, sur ce blog, ou carnet en bon français. Et c’était encore un chouette moyen pour se relier les uns aux autres. C’était d’abord ce système de weblog qui consistait à faire ce que les réseaux sociaux ont par la suite largement répandu et automatisé, mais rapidement on a vu l’émergence de sites où des blogueurs écrivaient des articles plus ou moins longs à propos de tout et de rien. Et d’autres blogueurs, ou simples lecteurs, venaient consommer et échanger, et parfois troller, tout en établissant des liens qui, au bout de quelques années, ont été de moins en moins ténus.

L’intérêt venait, et vient encore, de cette manière de délier sa plume sur les Internets, gratuitement, simplement pour s’exprimer (même sans retour, la première règle, mais aussi le premier plaisir, est selon moi la verbalisation). Ensuite, c’était les lectures et commentaires réciproques qui nourrissaient des échanges, et en venaient à créer des relations tangibles. Et je dis « tangible » même si j’ai établi des liens très forts avec des personnes que je n’ai jamais vu de ma vie, mais avec lesquelles je corresponds maintenant depuis vingt ans sur ne net, et je vis très bien avec cela.

Les réseaux sociaux ont cannibalisé tout cela, mais il faut avouer que ce genre de phénomène est forcément amené à évoluer et à se transformer. Je me considère vraiment comme une anomalie, et ça m’encourage encore plus à perdurer dans cet art absurde et désuet à l’échelle des Internets. Les réseaux sociaux aussi font du lien, et ils le font tellement bien, terriblement bien et sans doute trop. Les liens sont multiples et multipliés, mais on a perdu la finesse de l’expression, ou parfois juste l’effort de s’exprimer en quelques phrases, de témoigner de son quotidien, de lancer son ire, ou de se plaindre en chœur auprès de coreligionnaires compatissants.

Lorsqu’on fait l’effort de se lire comme cela depuis tant de temps, et à longueur de tartinage sur les sujets les plus variés : intéressants, passionnants, tordus, insipides, émouvants, tristes, déchirants, drôles à se pisser dessus, insupportables, ou en écho à ses petites préoccupations, on finit par se sentir proche de ces écriveurs publiques, et la beauté de tout cela c’est qu’on se fiche peut-être complètement le doigt dans l’œil. ^^ Mais le lien est là, ineffable et souvent anonyme. Et c’est une des plus belles manières, je pense, de se relier à autrui.

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