Mourir peut attendre (James Bond)

Bon, un James Bond ça se laisse toujours voir au cinéma. C’est en général un divertissement de bon niveau, et la série avec Daniel Craig est plutôt de bonne facture. Et avec Cary Joji Fukunaga aux manettes, cela augurait d’un film au moins bien fichu. Et c’est plutôt le cas, l’ensemble se tient bien, mais ce n’est malheureusement pas plus excitant que cela, même si c’est sans doute le premier James Bond en phase avec une vision plutôt féministe et inclusive. C’est dire à quel point c’est une rupture dans la saga presque sexagénaire !

A priori c’est l’ultime participation de Daniel Craig à la série, et même si je craignais qu’on lui en fasse trop faire pour son âge (à tous égards), en réalité tout cela est bien pris en compte et assumé dès le début. On est presque dans l’ambiance « Jamais plus jamais » où notre espion préféré est un peu sur le retour. D’ailleurs, il est carrément considéré comme retraité et mort par le MI6 qui l’a remplacé. On découvre que le nouveau 007 est une nouvelle agente, et c’était un beau challenge de camper la première 007 de l’histoire, Lashana Lynch est excellente dans le rôle. A la fois, bad-ass et très séduisante, elle joue une 007 crédible, tout en gardant cette pointe d’humour british qu’on aime tant dans ces films.

Dans le film, Daniel Craig est toujours en couple avec Léa Seydoux, et c’est le grand amour, ce qui arrange aussi le scénario pour proposer un James Bond en couple et fidèle. Alors pas de tombeur invétéré, pas (moins) de James Bond girls insipides et couvertures de magazine pour une coucherie expédiée en deux plans trois mouvements. Et mine de rien, malgré un M vieillissant toujours incarné par un Ralph Fiennes impeccable, ce sont des femmes très fortes (léa Seydoux, Naomie Harris et Lashana Lynch) et un Ben Wishaw en Q queer qui sont autour de James, mais moins comme faire-valoir que comme atouts indispensables à sa réussite. Gros vent de changement chez James Bond !! Et vous savez quoi ? Cela passe très bien ! Il n’en perd pas une once de virilitay ou sexytude notre James international, l’action est toujours aussi soutenue et pêchue, et l’ensemble est beaucoup beaucoup moins gênant que certains opus précédent (pour avoir revu d’anciens films, c’est parfois insoutenable… main au cul à Money Penny, emballage en deux secondes, remarques racistes etc.).

Donc plein de petites choses rafraîchissantes dans ce film, mais aussi des tas de trucs qui ne fonctionnent vraiment pas. D’abord le scénario qui fait penser à un choix aléatoire de bouts de films précédents : on te récupère un improbable souvenir d’enfance traumatisée de Léa Seydoux, un méchant à la Javier Bardem parce que ça avait bien marché, des séquences GEO pour te donner envie de partir là-bas en vacances (bon ok, depuis j’ai VRAIMENT envie d’aller à Matera !!), des placements de produits qui ne se dissimulent même plus, un enchaînement improbable de bouts d’intrigues nécessitant d’aller dans plein de pays pour faire plein de mini-missions plus ou moins habilement reliées, et bien sûr des cascades, des explosions, des bastons et quelques images de synthèse plus ou moins réussies. Le résultat c’est que c’est un peu longuet, pas super super intéressant, et que la fin fait un peu pschitt.

Rami Malek y va à fond dans le sur-jeu et l’accent paroxystique, j’imagine que c’est la direction d’acteur, mais je crois qu’en 2021, c’est un peu daté, même si ça a le mérite coller à une certaine tradition de méchants de James Bond. J’ai eu aussi beaucoup de mal avec Léa Seydoux qui fait la gueule sur tous les plans, et qui a l’air d’être chiaaaaante mais chiaaaante ! Mais là encore, c’est peut-être ce qu’on lui a demandé pour incarner la belle française insupportable. Son jeu m’a gêné en tout cas, sans bien réussir à mettre le doigt sur ce qui était si mauvais.

Mais ça se regarde plutôt bien, et on se dit à la fin « Ouf c’est fini ! ». Hu hu hu. Et tout de même, l’effort pour proposer un James Bond « éthique », tout en restant fidèle au personnage, était un truc assez casse-gueule pour être salué, tant cela fonctionne bien.

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6 Commentaires

  • Mon soucis c’est que la série avec Craig s’était ré-ancrée dans une espèce de réalisme (moins de gadgets à la con, des menaces très de notre temps) et depuis Spectre, c’est un peu le retour en force là dessus…

    (Avec le Smart Blood, l’intégration à la truelle de Blofeld et du Spectre et d’une nanotech issue du Smartblood (qui devrait être en mesure de nettoyer le sang de Bond, d’ailleurs, de la nouvelle menace, mais que tout le monde a oublié qu’on l’avait injecté avec à l’épisode précédent)) Bref, on est dans la suite logique du précédent et de ses invraisemblances très old-bondesques).

    Et oui Léa Seydoux est aussi agréable à l’écran qu’une tranche de Pathé (See what I did here), ce qui est dommage, parce que même si je n’aime pas la meuf, bien dirigée, c’est une actrice tout à fait correcte. La elle devient humaine dans les 5 dernières minutes. Et Safin est un méchant sorti du chapeau, cliché bondesque (défiguré, mégalo, qui se compare à Bond)…

    Ce qui fait le plaisir de ce bond ce n’est ni l’histoire, ni le méchant, ni Bond lui même, ce sont les à côtés, effectivement. L’habilité narrative pour nous proposer une femme 007, Naomi Harris qui campe une Money Penny qui est tout sauf une potiche, Q dont on entre un peu plus dans la vie privée et il n’en est que plus adorable, en étant plus qu’un faire valoir de Bond, il est une partie de son intelligence, et M est un chef du MI6 tellement en nuances (le cul entre obligation administrativo-politique et sa confiance en Bond et son binôme de rogues maison Q/Mony Penny) tout à fait dans la lignée de la version Judi Dench de M.).

    C’est un bon(d) film, sans être ce à quoi on s’attendait ni d’un côté (les pro évolution) ni de l’autre (les fans de Bond classiques), mais c’est un joli send-off pour l’itération Daniel Craig quand même.

    Je crains juste que la prochaine itération ne subisse l’effet Brosnan, avec une hyper gadgétisation et une hyper clichéisation, après un acteur tellement associé à la franchise et à un style que le suivant se retrouve réduit aux gimmicks de la série… On verra.

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