Heartstopper (Netflix)

Cette série consiste en l’adaptation d’un roman graphique (de Alice Oseman) qui raconte une rencontre amoureuse entre deux garçons entre le collège et le lycée (le plus jeune Charlie de 15 ans, et Nick a 16 ans). C’est vraiment monté comme une bluette totalement en mode fleur bleue assumée et dont on a l’impression que c’est directement écrit pour toutes les midinettes (que nous sommes) des univers connus et alternatifs. L’originalité bien évidemment c’est que ce sont deux garçons, et que c’est presque la première fois que c’est raconté, en tout cas comme cela, sur ce ton, et sur une plateforme qui lui assure une visibilité absolument universelle (toute proportion gardée bien sûr).

Est-ce que c’est bien ? Rhaaaa oui c’est bien, dans le sens où c’est chou comme tout, où ça fait du bien de voir ça, et où ils sont allés à fond dans la représentation des LGBT et des identités de genre, comme de toutes les diversités auxquelles on pourraît penser. Et donc je trouve cela merveilleux pour des ados aujourd’hui, gay ou pas, cis ou pas, qui simplement peuvent s’identifier directement à des personnages, et pour tous les autres qui peuvent s’identifier aussi, mais profiter de cette vue un peu différente du monde et de ses codes.

Mais, car il y a un « mais » évidemment, comme dans cette série les curseurs sont poussés à FOND, c’est aussi pour moi la limite de l’exercice. C’est-à-dire que c’est une fable plus qu’une narration traditionnelle, et qu’on est dans un univers absolument pas crédible où l’homophobie est très peu présente et offensive (idem pour la transphobie), et ou l’expression de la diversité se fait très très tôt et est présente en telle quantité qu’on arrive à se regrouper pour exister. Bon je suis vieux et tout, mais les échos que je peux avoir de l’école en France ou au UK ne me poussent pas à penser qu’on en soit encore là, ou qu’on y sera jamais.

Après c’est aussi comme cela qu’on change les choses, qu’on fait prendre conscience, et qu’on peut agir. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se contenter de créations qui ne font qu’être crédibles et copier la réalité, mais au contraire de se projeter, et de jouer aussi avec des prophéties auto-réalisatrices qu’on peut appeler de nos vœux. Je rapproche vraiment la série de « Sex Education » qui se passe aussi au UK avec des gens du même âge, mais qui est donc diamétralement opposée dans le ton et le « curseur ». Là où Heartstopper élude le sexe à 100% (aucune scène de cul, zéro, nada !), dans « Sex education » c’est tout le contraire puisque tout passe par le cul, et c’est autant affabulatoire même si c’est un prisme qui est intéressant et qui permet d’adresser certains sujets habituellement éludés.

Ce qui est chouette aussi dans la série Heartstopper c’est que ça ne se termine pas spécialement par une découverte de l’homosexualité, mais plutôt de la bisexualité ou quelque chose de plus fluide (dans doute un des qualificatifs de notre décennie balbutiante). Cela m’a aussi fait rire, en me disant « Bah merde, mon pauvre Charlie tu es pas sorti de l’auberge !! ». ^^

Mais la niaiserie globale des rapports et de l’histoire m’a tout de même lassé, et sur la longueur je trouve que le côté mièvre se ressent, voire devient pénible. J’aurais aimé tout de même un peu plus de relief et d’aspérités à cette histoire, sinon un pauvre homophobe esseulé ou des harceleurs qui ne se la ramènent pas trop. Après, la suite est peut-être différente, même si je me suis demandé si on n’était pas en somme dans l’équivalent d’un shōjo manga, c’est-à-dire dans une adaptation d’une histoire de pédés mais écrite par une fille et pour les filles. Je mets des millions de guillemets partout évidemment. J’ai tout de même pensé à Twilight, c’est vous dire si j’ai de la suite dans les idées. Hu hu hu.

Mais c’est très important pour les d’jeun’s d’aujourd’hui, et j’aurais dévoré ça adolescent. Cela m’aurait sans doute aidé à m’aimer un peu plus, et à avoir un peu plus d’espoir dans l’avenir, et de me dire « It gets better » avant d’avoir 20 ans. Et cela n’aurait pas été de trop, je vous l’assure. ^^

Néanmoins, je voulais faire référence à quelques précédents qui pour moi ont fait le job de manière exemplaire par le passé. Car plus que de pousser le curseur à donf comme Heartstopper ou Sex Education, je préfère souvent les narrations un peu plus conformes à ce qu’on vit, mais avec un brin d’éditorialisation et de prise de parti, juste la bonne pichenette dans le bon sens. Et je ne parle même pas de Queer As Folk UK aussi émancipatrice qu’ait-été cette série pour moi en 1999, car c’est trop cul et déjà trop « communautaire », à destination des post-adolescents en somme. Mais j’ai plutôt en tête les films « Beautiful Thing » et « Get Real« .

Le premier parce qu’il est merveilleusement romanesque, et traite presque du même sujet sur un fond de culture prolo à la fois dure et attachante, et que la peinture de l’homophobie y est à la fois cruelle et vraie, tout en étant vaincue à la fin. Et les types sont les boys next door par excellence à qui tout le monde pouvait s’identifier, bref dans le genre je trouve que c’est plus efficace est touchant. Mais j’ai conscience que je cite deux films qui sont de mon époque à moi, et que je suis trop vieux aujourd’hui pour me mettre dans la peau d’un jeunot, donc je comprends tout à fait de ne pas comprendre. Et je suis à l’aise avec cela. ^^

Pour « Get Real » c’est encore plus fort, car Steven est amoureux du beau gosse sportif du lycée, c’est exactement la même histoire. Et pourtant de la même manière, la narration, les péripéties, et surtout sa conclusion sont beaucoup mieux saisies selon moi, beaucoup plus probables (et tristes) et au final marquantes. Donc allez donc jeter un coup d’œil à ces films AUSSI ! ^^

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12 Commentaires

    • Je peux comprendre ce sentiment. Ce qui est bien c’est d’avoir de toute façon toute une diversité de médias, et qu’on puisse y piocher selon son besoin, sa sensibilité, et son moment dans la vie. :sourire: :sourire:

  • Intéressante approche.
    Voir, ressentir et pouvoir s’identifer, c’est la construction de l’adolescence.
    Ce qui est décrit ici (et que je n’ai pas vu) est aux antipodes des époques dites « de libération ». Nous guettions les films où l’homosexualité était présente. Mais tout était dans la catégorie « drame ». Comme le terrible « Scènes de chasse en Bavière » ou le superbe (introuvable en VF VO/ST) « Victim » (1961) où Dirk Bogard mets en jeu sa notorité pour un rôle d’avocat que l’on fait chanter (1er film UK où le mot « homosexuel » est employé. Un film très réaliste sur l’ambiance dans les pubs, le langage, les peurs et le rôle de la police).
    L’eau de rose est venue au goutte à goutte ; alors maintenant quand on pousse les curseurs à fond je suis indulgeant même si peu intéressé.

    • Je suis d’accord avec toi c’est vrai que cette diversité aujourd’hui est à la fois salutaire, et explique qu’on ne doive pas tout attendre d’une seule oeuvre. Donc ce truc est une bonne chose et basta. :clindoeil:

  • Je l’ai trouvée mièvre mais positivement.
    Et je pense que ça ne montre pas que ces 2 ados. Olivia Colman est une mère incroyable dont la réaction m’a juste fait chialer, à l’annonce de la relation que vit son fils, par lui-même.
    Et d’ailleurs, apprécier cette phrase de réponse est une forme de paradoxe. On aurait aimé vivre cette réponse (alors que je n’ai jamais fait de coming out) et on ne l’apprécie beaucoup à ce moment de la série que parce que ça nous a été interdit, pour une partie d’entre nous.

    • Ah mais la midinette en moi a eu plein de frissons. Huhuhu. Mais tout de même à la longue j’ai trouvé un petit côté neuneu, mais sans jamais bouder mon plaisir. Je te rejoins sur l’aspect thérapeutique et surtout cathartique pour ceux qui ont souffert. Ça fait aussi du bien de voir un truc comme ça. « On est pas v’nu là pour souffrir !! » :huhu:

  • Vu 2 épisodes et pas super envie de poursuivre. C’est bien boring, mièvre, platoune. J’ai vu Sex Education et la série m’a paru apporter bien plus d’eau au moulin de la narration gay avec quelques personnages riches, complexes, notamment le gay refoulé avec relation bien trapue avec ses parents qui finit par s’assumer.

    Mais pour conclure, je disais à mon mec : c’est une série que j’aurais aimé voir ado. Mon mec m’a répondu, bah t’es adulte :p

    • Ta conclusion est celle qu’on a tous et toutes je crois ! C’est vraiment cool d’avoir le choix, en réalité, entre plein de formes et d’histoires différentes, et donc d’aimer plus l’une que l’autre, et de changer d’avis selon son âge ou un quelconque critère ! :huhuchat:

      • Absolutely ! Et on adhère +/- selon qui on est au moment où l’on voit la série ou le film. (c’était la réponse « j’enfonce des portes ouvertes ») :rire:

  • Coucou Matoo,
    Je ne partage pas complètement ton avis :clindoeil:
    J’ai été emballé par la série bien que je ne pense pas que la série s’adresse aux ados de maintenant mais est un pansement pour les plus personnes plus âgées. Ce qui change avec les films que tu cites, c’est qu’il n’y a dans cette série aucune dimension politique. Rien sur la lutte des classes et sur la pauvreté comme dans Beautiful thing, rien sur l’ultra violence homophobe (qu’heureusement nous n’avons pas tous croiser mais dont on tous entendu parlé) comme dans beaucoup de films, rien sur la politique en général comme dans sex éducation a l’échelle d’un collège, rien sur la drogue et le sexe comme dans Queer as folk. Rien de politique donc mais quelque chose d’uniquement intérieur où chaque détails prend une importance considérable. la préoccupation politique a été remplacé par la préoccupation de son image dans son groupe d’amis (bon, très dans l’époque)
    Ce qui m’a choqué (outre cette absence de politique et de réflection plus large que le petit groupe), c’est l’extrême solitude. Ils sont souvent seuls, il ne se connaissent pas eux même, ne sont pas sûr du peu qu’ils savent et ne savent rien des autres et essayent tant bien que mal de décrypter. Alors quand dans cet océan de solitude, il y a des connections qui se font. Ce sont des petits miracles touchants. Mais très vite, ça repart vers un autre doute, une autre peur personnelle (les montagnes russes).
    Et puis, il y a tous ces messages positifs pour nous les vieux  » Ça va aller mieux » « Ne laisse personne t’effacer » « Oh mon chéri, je t’aime » « Tu ne devrais pas être habitué. Personne n’a le droit de te manquer de respect » etc. Et surtout, il a cette affiche dans le bus au début « be kind » qui a notre époque cynique, plein de doute, avec un milieu qui a connu l’arrivée des appli etc (j’arrête là ma liste de réac :clindoeil: ) est un message que je trouve nécessaire : soyons gentils les uns avec le autres… Tiens, ça me rappelle quelque-chose…
    Je t’embrasse :coeur:

    • J’évoquais dans un commentaire plus haut l’effet cathartique de la série, il n’est pas négligeable. Je te rejoins sur ton commentaire entier. On n’est vraiment pas loin du tout d’être d’accord, je t’assure. :bisou:

  • Bizarrement la série ne m’emballe pas à mater bien que j’adore les séries lycée, peut-être parce que simplement je regarde beaucoup moins de séries qu’avant, ou que le cadre british m’intéresse moins (j’ai déjà vu une série irlandaise de jeunesse, Skins…je commence à faire le tour !) . Je fais partie des gens qui ont adoré Queer As Folk et aussi The L Word il y a des années, QAF doit pas être si mal à regarder encore aujourd’hui si on oublie la mauvaise qualité vidéo.

    Sur Disney+ j’ai beaucoup aimé niveau mièvrerie la série Love, Victor (alors que je ne connaissais pas du tout Love, Simon), c’est candide à souhait et sans prise de tête.

    Niveau sexe et intrigues, cette série espagnole est pas mal, sur Netflix, j’oublie le nom…une nouvelle saison est sortie récemment.

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