Un mois, c’est devenu le reste de ma vie

Nous avons tous entendu parler de la mort toute récente du journaliste Frédéric Leclerc-Imhoff en Ukraine. Là c’est son compagnon, Sam, qui s’exprime sur le sujet. C’est simple et implacable, et ça ouvre tristement mais résolument le mois des fiertés.

Son texte est magnifique et je me suis permis de l’embarquer ici pour des questions de conservation et d’archive. C’est un des premiers témoignages aussi clairs et sincères d’une relation queer avec sa composante de transidentité dont on a tant besoin de la voir prendre place dans la société, et je tenais vraiment à diffuser cela car je pense que ça peut toucher absolument tout le monde.

J’écris ce post à 4h du mat, après avoir écumé tous les articles « qui était Frédéric Leclerc-Imhoff ». Il n’y en a aucun qui est juste, aucun qui retranscrit la personne que j’aimais et que j’ai perdue hier en Ukraine. Les récupérations politiques que je lis me donnent déjà envie de gerber. J’ai envie de lui rendre justice avec mes mots, autant que possible.

Ça faisait tout juste 1 an que j’étais avec Fred. On avait matché de suite, j’aimais son côté sensible, à l’écoute et engagé. On pouvait discuter de l’actu pendant des heures, son métier le passionnait malgré la précarité du statut de pigiste et les horaires de l’enfer qu’on lui imposait depuis des années.
On parlait aussi beaucoup de nos émotions, de nos ami.es, de nos relations. C’était quelqu’un de passionné qui n’avait pas peur de le dire. Il m’avait dit « je t’aime » au bout de quelques semaines, on avait dit fuck à la sobriété imposée et aux faux semblants des débuts de relation.
Avec le temps, j’ai aussi appris que c’était quelqu’un sur qui je pouvais réellement compter, enthousiaste pour me suivre dans n’importe quel projet, que ce soit cuisiner ensemble une énième recette vegan, coller des paillettes sur un corset, aller prendre des photos dans un parc ou m’accompagner à un show de drag. Il était aussi là quand ça n’allait pas, quand j’en pouvais plus de ce monde de brutes et que j’avais besoin de le serrer dans mes bras.

Fred m’a connu avant mon coming-out. Il a été la 1ere personne à me genrer au masculin, à me rassurer, à m’aimer sans condition aucune. Il m’a toujours soutenu dans ma transition. On se prenait régulièrement de l’homophobie dans la rue, des « pédés » aux sales regards. On avait un peu peur qu’un jour il nous arrive un truc à cause de ça. Je lui avais dit d’effacer les photos sur son téléphone avant de partir en Ukraine, au cas où. Au cas où…

Voilà, Fred est mort hier et j’ai l’impression que le temps s’est suspendu. Quand il est parti en Ukraine, on se disait qu’un mois sans se voir, c’était vraiment trop long. Un mois, c’est devenu le reste de ma vie.

Sam (iel/il) du compte Instagram @appelle.moi.sam à propos du décès de son compagnon
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2 Commentaires

  • Bonsoir Matoo…. Beau texte effectivement passé complètement sous silence… mais… je suis partagé…. Cette mort est dégueulasse (je fais court)… mais que ce journaliste ait été homo ou hetero ça change quoi…? S’il avait été hetero sa compagne aurait elle témoignée…C’est une douleur insupportable pour l’autre de toute façon…

    • Cela ne change rien en soi, rien pour des gens ouverts d’esprit et sensibilisés à aux causes LGBT, mais donc rien pour peu de gens. Mais pour la majorité, c’est une information parfois troublante et en tout cas nouvelle et qui permet d’avoir conscience de cet état de fait. C’est donc important en termes de visibilité, et d’une situation touchante pour tout un chacun. Je pense que cela peut avoir un impact positif pour que « les gens » reconnaissent la simple existence banale de ce genre de relations amoureuses.

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