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Pectus est quod disertos facit. ∼ Pédéblogueur depuis 2003 (178 av LLM).

Parades (Diane Segard) à la comédie de Paris

Diane Segard est une comédienne qui a percé sur Instagram avec une galerie de personnages et des saynètes courtes, où elle s’exprime seule face-caméra pendant quelques minutes, souvent en conversation avec un tiers. Dans le même genre, j’aimais beaucoup les Caractères de Lison Daniel. Cette dernière a aussi défrayé la chronique des Internets avec néanmoins une assiduité de plus en plus réduite, et un passage progressif à des médias classiques.

Là où Diane Segard m’épate c’est qu’elle dure et qu’elle est d’une productivité effrayante. Efficience également redoutable puisqu’elle est prolifique, mais presque toujours hilarante. Je dois aussi sans doute être un bon candidat pour son humour, mais vraiment je la trouve super douée. Donc quand on m’a dit qu’elle faisait un show, j’ai vraiment voulu la voir sur scène. On sent tout son potentiel dans les vidéos, avec une personnalité qui transparaît de tous ses personnages, une gouaille française qui est irrésistible, et une apparente facilité à débiter à la vitesse de la lumière des expressions “à peu près” et des aphorismes en-dessous de la culotte à s’en taper le cul par terre.

Mais qu’est-ce que ça peut donner sur scène ?

Ce qui est drôle, c’est que c’est sans doute la crainte de tous les spectateurs, puisqu’on veut à la fois la retrouver sur scène comme sur le net, mais on veut “plus”, et on se demande “Es-ce que ça sera aussi bien ?”. Pour en avoir fait la récente expérience, ce n’est pas toujours le cas, et mimer les Internets fait irrémédiablement manquer d’un petit “supplément d’âme”. Eh bien là, Diane Segard en prend carrément le contre-pied et en fait le sujet principal de son spectacle.

On la retrouve ainsi tout de suite dans la peau d’un de ses personnages, mais pour nous expliquer que la comédienne est dans les coulisses et flippe à mort de ne pas être aussi bonne que sur ses vidéos en ligne. Se succèdent alors quelques personnages, puis carrément le florilège de ses “incarnations” les plus fendardes.

Et là, je vous le dis tout de suite, j’ai eu très peur !! Le début n’est pas très bon, mais vraiment pas très bon du tout à mon avis. On ne rit pas, on sourit tout au juste, et ça dure un poil trop longtemps. Mais à un moment, il se passe un truc, un vrai déclic théâtral. Parce que ce n’est pas juste un seul-en-scène de Diane Segard, c’est un moment de théâtre, et une comédienne qui se livre comme jamais elle ne le fait dans ses vidéos. Et c’est là que ça prend, que ça ne vous lâche plus, et que ça finit dans une apothéose géniale. A la fin, j’étais profondément déçu que ça s’arrête, c’est dire si les sentiments se sont bien inversés pendant le spectacle.

Il y a à la fois l’arrivée de ces personnages géniaux comme la maman de Garance ou la mère de Lola, ou encore Anne-So la déglingo, Elo from le Crédit A ou Tata Clope et l’EHPAD des glaïeuls. Et c’est vrai que d’un seul coup, la salle s’enflamme de retrouver ses héroïnes, mais elle nous les sert d’une manière particulière, tout en continuant de broder sur son sujet de base. Elle se découvre ainsi continuellement, nous faisant comprendre ses failles autant que son immense talent de comédienne. On continue maintenant en toute complicité à attendre que Diane Segard sorte des coulisses, et le spectacle même s’il est hilarant, prend une drôle de teinte tragicomique à mesure que l’on voit de mieux en mieux l’angoisse existentielle1 qui s’immisce dans les interstices des personnages endossés.

Et cette fin est incroyable, et la conquête du public est complète et superbe. Les gens applaudissaient à tout rompre, et moi avec eux. La manière subtile et habile avec laquelle elle donne tant d’elle-même, tout en se grimant et se masquant de ses inventions comiques qui ne sont que des extensions d’elle-même, est une méthode imparable pour remporter tous les suffrages et ravir nos petits cœurs sensibles.

Cette générosité, cette authenticité et cet humour flamboyant en font une artiste qui a réussi à surprendre, à aller au-delà des Internets tout en ne reniant pas ce qui a fait son succès.

  1. Le truc de tous les artistes qui ont un brin de discernement et d’humilité. Hu hu hu. ↩︎

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