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Pectus est quod disertos facit. ∼ Pédéblogueur depuis 2003 (178 av LLM).

Napoléon (Ridley Scott)

Je n’y allais vraiment pas du tout rassuré par les différentes critiques que j’avais lu au sujet de ce film. Mais bah moi, j’ai bien aimé ce film. Ce n’est pas un chef d’œuvre qui marquera l’histoire du cinématographe, et ce n’est certes pas le Napoléon (1927) d’Abel Gance. Mais c’est un très beau film en costumes, plutôt bien réalisé, qui propose son biopic d’un grand personnage historique avec assez de panache, d’originalité et une action soutenue, et sans, il me semble, des énormes conneries super honteuses sur not’ Empereur des Français.

Alors évidemment, il manque des tas de trucs, énormément d’information, de faits majeurs et même des pans entiers de l’histoire napoléonienne, mais en 2h40 c’est déjà bien de réussir à faire le tour des péripéties les plus marquantes, et d’essayer de dresser un portrait plus ou moins télégénique. C’est-à-dire de mettre un peu de charisme déformant sur le gars, d’ajouter de la passion amoureuse, quelques travers bien franchouillards, et de conclure malgré tout sur le nombre de morts dans ses guerres pour rappeler que c’était un grand boucher de l’histoire. Mais donc c’est vrai qu’on a rien de la campagne d’Italie, ni sur les changements politiques et administratifs en France (qui sont énormes), ni le rétablissement du code noir dans les Antilles, les exécutions dont le célèbre tableau de Goya témoigne, ou encore les 134 départements français en 1812 (la France n’en a jamais comporté autant), ou même les rapports avec les maréchaux d’Empire, sa famille ou le peuple.

Mais malgré tous ces manques, on a un récit assez circonstancié qui nous mène de la Révolution Française, vers l’accession au pouvoir d’un général ambitieux et talentueux, surtout doué pour la guerre évidemment, et jusqu’à cet Empire des Français incroyable après une monarchie dont on venait tout juste de se débarrasser. Et surtout il y a Joaquin Phoenix qui est égal à lui-même c’est à dire complètement dingue dans ce rôle. On le sent totalement possédé par le personnage et d’une authenticité très “Actors Studio” (même si le comédien affirme ne pas du tout utiliser cette approche). Et donc même si on peut raisonnablement mettre en doute le choix d’incarnation d’un Napoléon aussi fantasque que colérique, et amoureux passionné de Joséphine au point de se faire mener par le bout du nez (tout en la dominant clairement, c’est assez étrange et bien foutu comme relation), la proposition a le mérité d’être crédible dans le film. Joaquin Phoenix en Napoléon et Vanessa Kirby en Joséphine jouent remarquablement bien, et ça aide carrément je pense à rendre le film tout à fait digeste.

Les décors et les costumes sont somptueux, vraiment superbes à tout point de vue, et le détail de la scène de couronnement qui se veut une réplique du fameux tableau de David force le respect. Enfin Ridley Scott s’est éclaté sur les scènes de bataille, et on sent que c’était vraiment ce qui animait le réalisateur. On a des moments épiques et diablement bien filmés, avec énormément de figurants, des décors réels à grands renforts de plans aériens qui montrent les stratégies de plans de bataille, et comment les affrontements se faisaient en avançant comme sur un échiquier. Il y a un mélange très habile de plans réels et d’images de synthèse, avec un montage très dynamique et efficace, qui produisent une action très soutenue. Globalement le film alterne bien entre les moments de guerre et sa progression en tant qu’homme d’état. Et comme rien n’est calme, cela a au moins le mérite de produire un film historique très enlevé et romanesque.

On oublie rapidement que la langue n’est pas la bonne, mais surtout parce que l’anglais est devenu une lingua franca des films et séries TV. J’aurais été choqué pour n’importe quelle autre langue sans doute. C’est un petit peu étrange quand il se bat contre les anglais à Toulon, car tous parlent la même langue, mais ça prête juste à sourire.

Le point d’orgue dans les batailles est sans doute Austerlitz qui est un très beau moment de cinéma. Même si Ridley Scott fait de l’anecdote un point central, cette scène de la fuite des armées sur un lac gelé, avec l’artillerie qui fait céder la couche de glace, et les ennemis : hommes, chevaux et canons, qui disparaissent dans les eaux glacés est vraiment à couper le souffle.

Mais on sent tout de même que le film est “trop court”, et qu’on a eu la main lourde sur le montage (pauvre Ludivine Sagnier a été coupée sur cette version cinéma). Comme la version Apple fait 4h30, on ressent tout de même que l’enchainement d’événements là est un peu trop saccadé et “pressé”. A peine a-t-il libéré Toulon, qu’il devient général de Brigade, et hop le Directoire, et il est déjà premier consul, et on n’attend pas dix minutes que l’Empire est là. Et c’est un peu pareil pour sa relation avec Joséphine. Donc c’est compliqué car on peut lui reprocher de n’en dire pas assez, mais il dure déjà 2h40 et a un montage hyper serré.

Eh bien globalement, avec ces contraintes, avoir réussi à traiter aussi la chute avec la retraite de Russie, quelques scènes bien senties avec Talleyrand (sacré Charles-Maurice !), la période île d’Elbe et son retour flamboyant pour les 100 jours, avant la fin des haricots à Ste-Hélène, c’est une chouette réussite. Avec un Joaquin Phoenix évidement omniprésent et particulièrement investi, de beaux costumes et décors, un fond historique pas déconnant, et une action soutenue, j’ai passé un bon moment.

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  • On n’a vraiment pas vu le même film, pour moi ce film est d’une inexactitude de but en blanc, il est raté.

    – La scène d’entrée donne le ton, Marie-Antoinette qui se fait décapiter avec une coiffure ridicule et incompatible avec son sort, le tout au milieu d’une place typiquement anglaise, exit la place de la Concorde… Napoléon étant à Toulon le 18 octobre je ne suis même pas sûr qu’il a vu le reine se faire décapiter. Les décors ne sont pas respectés, j’ai failli hurler de rire quand j’ai vu la Malmaison, pourquoi ne pas avoir filmé la vraie ? Les décors de Moscou sont tout aussi ridicules, pourquoi ne pas avoir filmé les vrais ?

    – Un film sans queue ni tête, où l’on saute la campagne d’Italie (pourtant centrale dans l’histoire d’amour), où l’on passe de 1800 à 1804 sans évoquer une seule fois les réalisations politiques du régime, où l’on passe de 1805 à 1810 en abordant juste Tilsit, etc… on a intérêt à bien connaitre l’histoire de France.

    – Tous les personnages sont creux, sans relief, il n’y a pas une seule idée durant le film, pas un trait de caractère ou psychologique esquissé. On a l’impression que les acteurs eux-même se demandent ce qu’ils font là. Les personnages ne vieillissent jamais, Phoenix semble avoir 49 ans (son âge réel) lors du siège de Toulon alors que Bonaparte a 24 ans, et il a l’apparence d’un homme de 49 ans durant tout le film, pareil pour tous les personnages alors que le film s’étale sur 28 ans, c’est ridicule.

    – Les batailles sont à mourir de rire, j’ai ri lors de la bataille des Pyramides que Bonaparte remporte selon Scott en tirant le canon sur le sommet des pyramides. Cela a fait tellement peur aux mamelouks que leur chef meurt en tombant au sol et perd la bataille… Vraiment ? Quand à Austerlitz, c’est à peine digne d’une escarmouche et ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé sauf pour les tirs sur la glace, alors que sa tactique est encore enseignée dans les écoles d’officiers. Quand à Waterloo, exit la maladie de Napoléon et Grouchy sans parler du reste, 2 rangées de soldats entre 2 collines, vraiment ?…

    – Les erreurs historiques sont très nombreuses, la rencontre de Napoléon et d’Eugène, celle de Barras (exit Salicetti), la scène avec Robespierre, l’oubli de la prison, la bataille des Pyramides, le divorce (avancé de 2 ans), la rencontre avec Alexandre, la mort de Joséphine (retardée de presque un an…), la scène du Bellorophon, sa mort à Sainte Hélène, ses dernières paroles, etc, etc, etc, etc… Elles sont si nombreuses, décors, lieux, faits, etc…

    Une grande déception donc, s’il a eu un conseiller technique, je pense qu’il ne l’a jamais écouté et il n’a lu aucun des livres qui lui ont été conseillé, car franchement rien ne va, c’est d’une platitude, d’un ennui profond, tout est vert et gris comme dans Derrick. On n’apprend rien sur les motivations de Napoléon, sur ses idées, son caractère, etc… Ridley Scott a tout simplement inventé un récit décousu sur une histoire d’amour qui n’a rien à voir avec les faits et c’est vraiment dommage car il y aurait eu tant à raconter sur cette formidable histoire d’amour, il était inutile de faire du brodage. Il aurait du s’inspirer de la correspondance de Bonaparte avec Joséphine durant la campagne d’Italie au lieu d’en faire lire quelques courts passages, là il y aurait eu de la matière.

    • Je comprends vraiment tous tes griefs, on a bien vu le même film, c’est juste que je n’avais pas les mêmes attentes. J’ai vu un film grand public hollywoodien qui est inspiré par l’histoire, mais n’est pas un documentaire et ne cherche pas à raconter les choses par le menu (ce qui est impossible vu la densité des faits). Donc tu as raison, et comme tu t’y connais ça te choque de ouf, mais étant plus béotien, j’ai trouvé ça sympa et librement inspiré. :clindoeil:

    • Oui je suis également d’accord avec lui, donc ça dépend vraiment dans quel état d’esprit tu es. :gene:

      Je crois que je m’attendais à un truc beaucoup plus catastrophique, donc j’ai pris un plaisir coupable de film popcorn avec un bon comédien, des chouettes costumes et décors, et la curiosité de la peinture historique française vu par un amerloque. :huhuchat:

      :croa:

  • Mon état d’esprit est qu’un film sur un dictateur qui a dévoyé l’esprit initial de la Révolution, mis l’Europe à feu et à sang, envoyé des millions de personnes à la mort, et pour autant encore adulé par une partie de la population et de la classe politique française, ne peut être « léger » sans contribuer à la propagande de notre roman national. Avec un tel état d’esprit, tu vois mon genre… et c’est autre chose que mes réticences sur le Capitan d’Hunebelle :sourire: et au fait je viens de lire que Jean Marais jouait dans l’Austerlitz d’Abel Gance, mince :triste: je ne m’en souviens pas ! (Film vu et aimé à 10 ans alors que j’étais monarcho-romantique :vomir: ).

    • Le film est très étonnant à ce propos, car on est clairement entre le panégyrique et le fait d’avoir parfois un Napoléon présenté comme un dingue, acariâtre et un peu débile, et à la fin on liste le nombre de morts de toutes ses campagnes (dont les 400 000 soldats morts en Russie) histoire d’insister sur le “boucher sanguinaire”. Mais mais mais ce n’est pas inintéressant. Et les robes sont ultra belles !!!!!!! (Gaaaaaayyyyy.)
      :croa:

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