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Pectus est quod disertos facit. ∼ Pédéblogueur depuis 2003 (178 av LLM).

Petit manuel juridique à l’usage des homophiles des années (19)60

Je vous ai déjà parlé de Guillaume qui fait des podcasts passionnants à propos des cheminements de sexualité queer, mais là c’est un épisode un peu spécial et c’est une anecdote dans celui-ci qui m’a énormément intéressé. Son invité lui a expliqué avoir trouvé dans une chambre de bonne parisienne, dont il est devenu propriétaire, un fascicule tapé à la machine, et qui se refilait sous le manteau, qui doit dater des années 60.

Il s’agit d’un impressionnant document de 36 pages qui détaille par le menu l’ensemble des droits et des risques légaux attachés à des comportements homosexuels à l’époque. Et on parle d’une époque de grande répression puisque nous sommes quelques années après l’amendement Mirguet qui a officiellement inscrit l’homosexualité comme “fléau social” en 1960, ce qui a aggravé les outrages à la pudeur, par exemple, quand ils sont commis par des homos.

Ces pages ne parlent pas d’homosexuels mais d’homophile et on souligne assez directement la “dignité” qui est recommandé comme l’attitude à suivre pour les homophiles qui se respectent. L’élément juridique le plus vieux date de 1963 et c’est un jugement de cassation, donc j’imagine que ça donne une bonne idée de la période où ce document a été conçu et tapé à la machine. Donc tout cela fleure bon l’époque Arcadie et la plume des affidés d’André Baudry. Inutile de dire que ce n’est pas trop ma came, mais o tempora, o mores. On retrouve bien trop encore aujourd’hui ces homos follophobes et qui ne cherchent qu’à se conformer et lutter contre leurs propres droits, tout en profitant allègrement de ceux gagnés par leurs coreligionnaires hauts en couleur et en militantisme.

Là ce qui est drôle c’est qu’en prologue et épilogue, on rappelle que ces conseils ne sont utiles qu’à ceux qui justement manquent de cette dignité des homophiles qui ne sont pas censés draguer aux Tuileries, mater dans les vespasiennes, baiser dans les bains de vapeur etc. Mais tout de même, ça vaut le coup de connaître ses droits, et de savoir comment se comporter si on se fait arrêter. Et en cela, cela ressemble aussi aux conseils qui sont donnés à tous les militants lors des manifestations ou des actions de guérilla urbaine.

Evidemment la liste des délits donne là un vertige étourdissant. C’est tout de même une trentaine de pages pour évoquer tous les risques à envisager, et pour avoir le maximum d’armes pour se défendre et survivre dans une société répressive autant légalement que moralement. Et tout cela n’a que 60 ans…

Voilà l’épisode si vous voulez l’écouter.

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  • Lorsque j’ai lu dans ton texte l’expression «fléau social», ce qui m’est spontanément venu à l’esprit — je fais porter le blâme sur le Petit Larousse Illustré que je parcourais avidement entre les devoirs lorsqu’il me fallait attendre sagement en classe que tout le monde ait terminé un exercice — c’est ceci. Et je tentais d’imaginer ce que ça pourrait être «socialement».
    Au-delà de mon esprit tordu, je n’ai pu m’empêcher d’être frappé, à la lecture du document, des autres éléments qui avaient été considérés «fléaux sociaux» par l’Assemblée Nationale en 1960: «Tuberculose, maladies cardiaques, alcoolisme». Ce n’est pas entièrement surprenant, considérant que l’homosexualité était considérée comme «maladie mentale» par le Diagnostic and Statistical Manual (DSM), bible des psychologues et psychiatres, jusqu’en 1974, mais intéressant tout de même.
    Ce fascicule me rappelle certains documents que je me souviens d’avoir lu à la fin des années 1980, publiés dans les années 1970, à l’intention des «homophiles» québécois, à quelques détails légaux près (le code civil du Québec étant évidemment différent de celui de France) et aurait pu s’intituler Guide de survie de l’homophile débutant.
    Quant aux commentaires sur les recommandations visant à vivre une vie axée sur les codes de vie bourgeois, il n’y a là rien de bien surprenant… n’est-ce pas le but des codes de lois, rédigés par et pour l’intérêt de la bourgeoisie? Là-dessus, les personnes de la diversité de genres et de sexualités seront toujours, inévitablement et irrémédiablement, contestataires, mêmes les plus conformistes, par le simple fait d’être qui ielles sont.

    • Oh c’est marrant que tu parles littéralement du fléau, alors que moi, qui suis pourtant très athée de famille et intrinsèquement, je pense surtout aux 7 fléaux de la bible sur l’Egypte !! Et je pense que c’est plutôt ce sens qui est employé pour affirmer encore plus le côté moral de la chose. Et n’existe-t-il pas de meilleurs mœurs que celles prônées par la religion ? :gene: :rire: :mainbouche: (J’aurais pensé qu’un canadien ait aussi ce genre de rapprochement subtilement judéo-chrétien !! :huhuchat: ).

      Quant au commentaire bourgeois, il vient bien de l’auteur de ce manuel juridique, et on le retrouve dans tous les écrits militants d’Arcadie. Il s’agissait vraiment de tracer la voie d’un homophile et pas d’un homosexuel. Et cette voie était conforme, bourgeoise, discrète et (donc) parfaitement hétéronormée. Il ne s’agissait d’ailleurs en aucun cas de demander une quelconque reconnaissance de l’homosexualité, mais de considérer que ça n’existe même pas. Le fameux “vivons cachés, vivons heureux” qui est souvent un réflexe d’opprimé avec une très forte honte intériorisée et bien intégrée (mais je crois qu’on passe tous par cette première réflexion, c’est pour ça que je n’en veux pas trop à des bourgeois des années 50 :mainbouche: ). :merde:

  • pour ma part, je considère l’homosexualité comme une faute et une abomination. C’est un avis très perso, que je n’impose pas aux autres, mais plus les années passent moins je me sens en phase avec les autres gays qui me dégoûtent de plus en plus. C est très bizarre d’etre soi meme homo et de se sentir totalement étrangers aux autres pds :merde:

    • La première étape serait peut-être en effet d’arrêter d’être homophobe, en effet. Confiance en soi, estime de soi et amour de soi. C’est un triptyque essentiel selon moi. :clindoeil:

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