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Pectus est quod disertos facit. ∼ Pédéblogueur depuis 2003 (178 av LLM).

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne (Jean-Luc Lagarce) au théatre du Cyclope

C’était la pièce du chéri de cette année (la pièce, pas le chéri) avec sa toute nouvelle troupe amateur, et c’était une sacrée prouesse et réussite. Cinq comédiennes qui interprètent cinq femmes (on devine la mère, la tante, deux filles ainées et une plus jeune) dans une maison avec un gros rappel à “Huit femmes”. Elles attendent depuis des années le jeune frère/fils/neveu qui s’est fait virer manu militari par le père (depuis mort) pour une cause inconnue (mais qu’on peut conjecturer).

Le fils prodigue est de retour, mais il s’écroule à son arrivée, mal en point. On ne le verra jamais en fait. Et les cinq femmes témoignent du choc de cette incursion dans leur attente, ce qu’a été leur attente, ce qu’elle sera ensuite, une sorte de bilan de leurs vies, et comment cela a structuré incidemment leurs existences.

C’est un texte superbe et très poétique1, plutôt une succession de (plus ou moins) longs monologues, parfois virant même plus vers le dialogue intérieur ou la digression d’un subconscient qui s’égare. Mais il y a bien des échanges et des algarades ou passations, des invitations parfois à partager leurs expériences ou ressentis, entre les comédiennes. J’avais adoré cette langue hésitante et répétitive de Jean-Luc Lagarce qu’on trouvait dans le film Juste la fin du monde de Xavier Dolan, adapté de la pièce éponyme (et qui fait partie d’un même ensemble de textes avec celui-ci).

Cette prosodie si particulière, cette scansion itérative qui consiste en des reformulations successives qui précisent des pensées, ou parfois les enfouissent, produit un effet assez remarquable. On suit parfaitement bien les comédiennes, et on n’est pas du tout ennuyé par ce procédé, il apparaît naturel alors qu’il paraît à contre-emploi d’une communication efficace. Mais au contraire, ces phrases construisent tout un univers d’émotions, c’est l’exposition même d’une construction mentale qui donne justement plus à voir qu’un simple exposé précis et prosaïque, mais parfois juste poudre aux yeux.

Les comédiennes ont été particulièrement talentueuses, et vraiment pour un spectacle amateur c’était assez dingue de voir un boulot pareil, et un tel dévouement à l’œuvre. La mise en scène de chérichou était aussi vraiment excellente, et je reconnais bien là sa patte avec ce qu’il faut de mouvements, de jeux avec le placement des comédiennes, de musiques et d’effets de lumière pour habiller le tout, mais aussi pour raconter, pour souligner, pour relever certains liens ténus ou révéler de possibles secrets.

  1. D’ailleurs c’est marrant la page Wikipédia parle de “vers libres”. ↩︎

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