Sons & Lumières

Cette exposition au Centre Georges Pompidou est aussi intitulée : « Une histoire du son dans l’art du 20ème siècle ». Je savais que cette expo me plairait par son thème. En effet, si l’expressionnisme est mon mouvement pictural favori, c’est notamment dans la manière dont les sens se mêlent sur la toile. J’avais été complètement ébahi quand, adolescent, j’avais découvert les thèses de Kandinsky (en cours d’histoire). Ce dernier avait un jour peint une toile après avoir été troublé par la voix d’une jeune fille au téléphone. Il avait développé toute une théorie sur une correspondance précise entre son, couleurs et formes.

La musique est par essence même une discipline de l’abstrait. On n’a jamais mis la pression à des compositeurs ou musiciens pour qu’ils reproduisent à la perfection les sons de la nature. On a au contraire toujours joué sur des évocations et des harmonies non-figuratives. En peinture, on est pendant longtemps resté bloqué sur une copie de la réalité, la plus fidèle possible. Et les artistes se sont peu à peu évertués à ajouter leurs émotions à leurs tableaux, à transgresser la réalité pour mieux encore la représenter.

L’exposition est chronologique, elle démontre salle après salle au travers d’oeuvres extrêmement variées la manière dont peu à peu, l’art a entamé une véritable fusion des sens, à commencer par celle de l’ouie et de la vue. Les oeuvres sont réparties en trois grands thèmes et parties distinctes. On trouve d’abord les peintres du début du siècle avec Kandinsky, Klee, Picabia qui peignent rythmes, sonorités, essences musicales, jusqu’à l’émergence du Jazz qui entraîne encore plus les artistes à se dépasser (Mondrian). Il est drôle de voir que de l’autre côté du miroir, le compositeur Schonberg a lui aussi cherché des correspondances entre couleurs et sons.

La deuxième partie de l’expo est plus consacrée à la manière dont les artistes se sont appropriés les technologies dans le but de donner du rythme et du son à leurs images traditionnellement statiques. Ainsi, on découvre avec émotion des productions visuelles hallucinantes qui exploitent des propriétés optiques (comme le « flickering » ou l’effet stroboscope, ou bien des techniques qui ressemblent au kaléidoscope) et qui datent des balbutiements du cinématographe. Ce que je retiens de cette zone de l’expo, c’est surtout ces recherches incroyables d’ingénieurs/artistes qui cherchent à reproduire artificiellement les sons. Certains, notamment, dessinent directement des sinusoïdes d’amplitudes, fréquences et formes variées, puis les prennent en photo, et enfin les mettent sur un film. En jouant ce film, on entend alors une musique synthétique, et on a donc mis en évidence la corrélation entre forme graphique et sonorités.

La troisième partie est une succession d’oeuvres qui représentent des travaux liés à ces études à la fois sonores et visuelles. Alors il ne faut pas se leurrer, la plupart des installations paraissent très complexes pour uniquement produire un écran de veille Windows Média Player !! Mais à l’époque (années 60), cela représentait un travail énorme et complètement avant-gardiste. D’ailleurs, quand on voit ce qu’on peut réaliser aujourd’hui avec le moindre ordinateur, cela donne le vertige. Il y a aussi pas mal de curiosités à expérimenter, on est par exemple dans un couloir de 22 pieds soumis à un son dont la longueur d’onde est justement de 22 pieds ! On ressent alors physiquement tous les changements sonores (l’amplitude change) lorsqu’on progresse entre les deux points (entrée et sortie).

La dernière installation est superbe et m’a fait penser à la scène de « Soleil Vert » où le vieux va mourir. Il s’agit d’un élément certes plus classique et facile à appréhender que le reste, mais c’est une heureuse conclusion à l’expo. Un mini-spectacle de son, lumière et odeur qui repose et permet de s’évader pendant quelques minutes.

Un exposition à ne pas rater parce qu’il suffit d’y aller et de se laisser porter par ce qu’on voit, et on entend, et en plus il n’y avait pas grand monde. Et puis, j’y étais escorté par un charmant jeune homme, ce qui était tout autant délectable pour mes sens.

Thomas Wilfred, Untitled. Opus 161, 1965-1966. Composition de lumière évolutive (une phase) Durée totale: 1 an, 315 jours, 12 heures.

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