Paradis Turquoise

Cette petite bouffée de littérature française se poursuit par la lecture du dernier bouquin (mais qui date du début d’année) de Christophe Ferré. Il s’agit là d’un roman assez court, mais qui recèle beaucoup de qualités. Et pourtant, j’ai eu un peu peur au début car le style est un peu cahotant et le récit a du mal à décoller. Mais petit à petit, j’ai été gagné par la plume de l’auteur, et conquis par son art de la narration. A cela s’ajoute une intrigue dont la portée est plus large que la simple anecdote, et dont les échos retentissent longtemps après qu’on ait fermé le livre.

L’auteur construit son histoire et son discours (parce que le roman est aussi un véritable manifeste sociologique) sur un mythe grec, et ça évidemment, c’est une chose à laquelle je suis très sensible. J’ai ainsi appris l’histoire d’Erostrate, un jeune éphésien qui, au IVe siècle av. JC, a mis le feu au temple d’Artémis pour devenir célèbre. Il fut condamné à mort, et surtout on décida d’interdire à quiconque de prononcer son nom afin de ne pas voir son objectif se réaliser. Force est de constater que le mythe a survécu à la mise à l’index…

Christophe Ferré s’interroge dans son livre, à partir de ce mythe (ou fait historique ?), et par son personnage principal, sur cette course effrénée à la célébrité dans notre société. Alors évidemment, on pense (et il évoque) à la téléréalité dont les évolutions sont de plus en plus stupides mais dont la montée en puissance est évidente (ainsi que les ravages). Et cette envie qui sourd en chacun de nous, cette envie d’être connu et reconnu, et la frustration conséquente à l’échec de cette quête de célébrité. L’auteur va plus loin en se référant à une célébritose qui peut devenir noire lorsque comme Richard Durn (le tueur de Nanterre), on donne la mort pour se sentir important et gagner sa part de « célébrité ».

L’écrivain étaye ses dires en racontant l’histoire de Marcellin. Son héros, anti-héros par excellence, est un personnage assez commun et minable, dont le désir d’être célèbre le consume complètement. Il va alors jusqu’à fomenter des agressions de personnes connues pour se faire connaître à son tour de ce gotha dont il est tant jaloux. Avec une grinçante ironie du sort, Christophe Ferré décrit les tourments internes de Marcellin et la manière dont ses plans homicides se terminent en fiasco. On assiste alors à un Vil Coyote qui essaie de piéger Bip Bip avec la même ironique inefficacité.

Comme je l’ai dit précédemment, le style de l’écrivain se transforme au fur et à mesure du livre, et d’un récit assez convenu, il arrive à des passages d’une lucidité et d’une force fascinantes. Et on sent que ce sujet lui tient à coeur, qu’il a voulu dénoncer et mettre en perspective cette maladie d’Erostrate à l’échelle de notre société. Il y a arrive avec une manifeste habileté, et à un certain moment vient forcément cette question : « Et moi dans tout cela ? ».

Christophe Ferré - Paradis Turquoise

12 Commentaires

  1. Dis-moi, cher Matoo, se pourrait-il que tu lises un bouquin par jour ? :book:
    Si c’est le cas, tu pourrais peut-être animer la chronique littéraire de Télématin ? :blah:
    En tout cas je te tire… mon chapeau :cool: car c’est un vrai tour de force de trouver le temps :
    1) d’assumer tes obligations professionnelles
    2) de lire un bouquin par jour
    3) de tenir quotidiennement ton blog
    4) d’avoir une vie privée épanouie
    5) etc !…

    Bravo et vive Supermatoo !!! :-)

  2. Pas tous ! cf. les pavés de Jean-François Parot… :ok:

    Post scriptum : Evelyne Lever vient de publier la correspondance complète de la reine Marie-Antoinette. Il y en a plus de 1000 pages. Et du coup, je me demande combien de pages l’on pourrait imprimer en publiant l’intégrale de ton blog… :mrgreen:

  3. Concernant « le syndrome d’Erostrate », il y a aussi quelquechose (je ne souviens plus du titre exact de la nouvelle) dans le recueil « Le Mur » de Sartre (comme quoi ca n’est pas si nouveau…) A lire aussi pour comparer?

  4. Tiens, je vais faire mon pseudo historien chieur ! On ne peut pas parler de « mise à l’index » concernant le nom d’Erostrate, puisque l’Index, n’est apparu qu’à la Renaissance. On parlait alors de « mémoire condamnée » (condamnatio memoriae) :dodo: … Voila, ça fait très érudit (que je ne suis pas d’ailleurs !) qui se la pète, mais étant donné que tu sembles être quelqu’un de précis et d’exigeant, je voulais seulement en faire la remarque. Bonne continuation, car lire ton blog est vraiment un moment agréable.

  5. si les mythes grecs t’interessent, une expo phopto interessantes à PAris, du côté de la Bourse, photos noir et blancs sur le thème de la mythologie..tous les grands noms grecs sont illustrés ..pygmalion, endymion, l’aéropage, etc…on dirait des statues grecs, sauf que ce sont des personnages réels..tu imagines donc ce que cela peut donner, avec Arielle dombasle en Artémis ou Aphrodite naissant d’une coquille formées par 5 beaux athlètes nus sur une plage..je suis sûr que ca te plairait…si ca t’intereesse je te passerais l’adresse exacte, je ne l’ai pas avec moi maintenant…

  6. Erostrate n’est peut-être pas son vrai nom… Comme tout le monde l’a oublié, peut-être qu’un jour, un scribe en a inventé un nouveau et que c’est celui ci qui est passé à la postérité ?

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