Le parfum, histoire d’un meurtrier

Adapter un roman est toujours un exercice périlleux, sauf quand le livre en question a été écrit dans ce but, ou bien est particulièrement visuel et narratif. Or « le Parfum » de Patrick Süskind est tout sauf préparé à cela. En effet l’ensemble du récit passe par la description des odeurs et l’aventure olfactive d’un héros au mutisme inquiétant, d’où le peu de dialogue existant. Le réalisateur a pourtant choisi de faire un film qui suit très fidèlement le bouquin, et le résultat est un peu en demi-teinte.

Jean-Baptiste Grenouille est né dans un marché aux poissons de Paris, dans la crasse, les déchets et les entrailles de poissons en putréfaction. Il est rapidement envoyé dans un orphelinat, et, dès nouveau-né, il développe un pouvoir extraordinaire lié à l’odorat. Il a en effet un sens olfactif surdéveloppé, et qui lui donne une acuité fabuleuse dans ce domaine. Il arrive enfin à rencontrer un parfumeur pour apprendre le secret qui le fascine le plus : comment capturer les odeurs des choses. Il est un soir ensorcelé par l’odeur d’une fille, et la tue presque par erreur. C’est à Grasse, qu’il va chercher à perfectionner ses techniques de parfumeur, et de tueur en série dans sa quête de la fragrance « suprême ».

Je me souvenais que Jean-Baptiste Grenouille était un homme extrêmement laid, et dans le film au moins il n’ont pas pris un jeune premier, mais on ne peut pas dire que le garçon soit repoussant, ce qui contraste un peu avec l’idée que j’en avais. Il n’en reste pas moins que Ben Whishaw est très bon, et qu’il porte bien l’obsession de son personnage.

Comme je disais au début, j’ai été sans cesse troublé par cette adaptation littérale qui tente de montrer ce qui « se sent et se pense ». C’est évidemment un exercice intéressant pour un cinéaste, mais là on ne peut pas dire que le résultat soit extraordinaire. Ce n’est pas mauvais, mais les méthodes employées sont juste classiques, voire éculées. Les travellings vertigineux, les zooms du nez aux choses, les images de synthèses pour mieux intégrer les visions olfactives du héros etc. La mise en scène est efficace mais sans surprise, et à l’académisme total. Un roman aussi brillant aurait certainement pu donner lieu à une meilleure adaptation, ou alors il ne fallait pas en faire, et laisser ce bouquin où il était, sur les étals des librairies.

Sinon il n’y a pas de soucis majeur, à part le fait que ce soit un poil trop long, le film est un bon divertissement, plutôt bien joué, avec de belles (et atroces) images du Paris du 18ème siècle et une histoire prenante. Mais du coup cette manière classique de montrer les choses a tendance à décrédibiliser certaines scènes qui passaient très bien dans le bouquin, notamment les moments les plus « fantastiques ». Ainsi la manière dont le héros arrive à asseoir son pouvoir sur autrui grâce aux odeurs, ou bien la scène de touze générale à Grasse, sont risibles au lieu d’être impressionnantes. C’est à mon avis l’erreur la plus flagrante ce de métrage.

Ce n’est pas un mauvais film, ce n’est pas non plus vraiment un bon film. Il manque vraiment un souffle particulier et de l’inspiration pour que le « Parfum » prenne.

L’avis des copines : Orphéus, [elle].

Article co-signé par Henri, Niklas, Oli, et moi. (Oui on a discuté de tout ça en sortant de la salle, mais je déconne on ne l’a pas écrit ensemble !)

Le parfum, histoire d'un meurtrier

22 Commentaires

  1. Il y a quelques années, alors que j’allais lire ce livre, j’ai entendu qu’on allait l’adapter. J’ai donc décidé de le lire après avoir vu le film pour ne pas être déçue. C’est pourquoi, hier, alors que les dernières scènes (la vénération et la fin) défilaient sous les yeux d’une salle attentive et TRES sérieuse, je me demandais si quelque chose clochait avec moi pendant que les larmes duent au fou rire que je retenais coulaient sur mes joues (était-ce parce que je n’avais pas lu le chef d’oeuvre que je trouvais ces acclamations risibles et trop faciles?). Je suis rassurée de voir qu’une personne ayant lu le livre et l’aillant apprécié a trouvé aussi cette manière de mettre en scène la fin (et le reste) assez décevante. Toutefois, en plus de l’excellent jeu des acteurs, il faudrait souligner aussi la beauté et la pureté de la musique.

  2. Absolument d’accord à 100% sur tout avec le Matoo! (la fin, les effets la longeur). Je rajouterai que je trouve bizarre de montrer le perso aussi souvent les yeux fermés. Il ne se couvre pa sles oreilles alors pourquoi fermerait-il les yeux pour « mieux sentir ». Si vraiment il a un odorat très developpé, alors sa vision ne le court-circuite pas.

  3. Bouuuuuuuuh je viens de « perdre » mon statut de « copine » et je ne m’en remets pas Matoo vraiment :pleure:
    Qu’ai-je donc fait pour mériter un tel sort ??!! :mur:
    Sinon, la scène d’orgie je ne l’ai pas trouvé si risible que ça. J’ai été surprise qu’il ait osé la filmer de la sorte (sachant notamment que le film doit sortir aux USA)

  4. Sans vouloir gâcher le plaisir des futurs spectateurs de ce film, la scène d’orgie était très soft. Rien à voir avec les images très brèves mais assez suggestives dans Eyes Wide Shut. Ici, il n’y a que des gens nus qui gigotent dans tous les sens pour donner l’illusion d’éventuels et assez chastes actes sexuels… Mais bon, en même temps, il ne faut pas choquer les p’tits ricains, alors…

  5. C’est étrange, comme je faisais remarquer à Orpheus, ce qui ont lu le livre occultent le côté totalement fétichiste de l’oeuvre, alors que le film ne parle au final quasiment que de ça o_O (ça donne un coté bien plus « Dracula » que « Daredevil » de fait ; le superpouvoir a clairement un but de satisfaction d’une sexualité refoulée, le fait qu’il soit laid dans le roman rend cette thèse encore plus évidente).

    Point intéressant, d’ailleurs, que cette histoire de partouze soft ; parce que ce n’est clairement pas le côté le plus lubrique du film (c’est bien plus enfoui et subtil), et en même temps, autant le public est très présent pour « le parfum », autant il est absent pour nombre de films « gores » du moment, n’hésitant pas à se barrer en plein milieu dès que ça devient trop éprouvant. Et après ça se plaint, aahhhh…

  6. J’ai plutôt été séduit par le film. Ce n’est pas le film du siècle, mais je m’attendais à pire après avoir lu de nombreuses critiques toutes pourries. J’ai lu le roman il y a de nombreuses années et l’adaptation semble fidèle. Et oui, la touze, c’est pas top.

  7. « Un roman aussi brillant aurait certainement pu donner lieu à une meilleure adaptation, ou alors il ne fallait pas en faire, et laisser ce bouquin où il était, sur les étals des librairies. » -> C’est ce qu’à fait Stanley Kubrick! En effet, entre 1987 et 1997, Stanley a développé plusieurs scénarios (A.I. et Aryan Papers, entre autre), cherchant dans le dédale de sa créativité, un sujet, un livre qui pourrait être l’objet de son prochain film. Il lit « Le parfum » et contact immédiatement l’agent de Süskind. Ce dernier est honoré de collaborer avec le Maître! Mais ce dernier déchante rapidement, Kubrick ne veut pas retomber dans des images à la « Barry Lindon ». Il veut transposer l’histoire, la tordre pour qu’elle devienne un film, un vrai! Après de multiples rencontres en Angleterre chez le « Maître » et d’échanges de courrier, Kubrick met fin à l’entreprise. Il dira plu tard que chacun avait une idée très différente du film, rendant l’entreprise impossible! Süskind nous a privé d’un petit chef d’oeuvre ? Non, je ne crois pas. « Le parfum » est s’en doute une oeuvre casse gueule pour le cinéma et c’est doute pas ça que Kubrick à laissé tombé l’affaire (Autrement je suis fan de ton site malgré ton « ton » un peu parisien parfois :lol:)

  8. J’ai bien aimé la scène de touze, ça a un côté un peu onirique, il faut aller au-delà du ridicule que peut inspirer la scène, pour moi elle traduit vraiment bien la béatitude des personnes envoutées par le parfum.

  9. Bonjour. Faudra qu’on m’explique un jour parce que je crois n’avoir pas tout compris, ni dans le bouquin que je n’avais pas trop aimé, ni dans le film. Il aurait un super pouvoir, celui de l’odorat. Est-ce que cet atout permet aussi d’entrer dans les maisons et d’enjamber un molosse sans réveiller qui que ce soit ? Rien n’est crédible du début à la fin. Même quand il découvre la formule du fameux parfum, il attrape les fioles comme si le verre était poreux et laisse passer l’odeur. Il en connaissait également les noms, on ne sait pas trop comment d’ailleurs. Même au nom du conte ou de la fable, ça ne passe pas pour moi.

  10. Olivier > Il sent effectivement à travers le verre qui n’est pas poreux mais a souvent un bouchon qui l’est lui.
    Quant au molosse, le film montre bien que le héros n’a pas d’odeur…

  11. Plusieurs cinéastes s’étaient penchés sur la réalisation de ce film mais avaient abandonner, en disant que c’était irréalisable.

    J’ai tellement aimé ce livre… donc comme d’habitude je n’irais pas voir l’adaptation d’un livre dans une salle obscure, (tout comme je ne suis pas allé voir le Da vinci Code, les rivières pourpres, creance de sang… Hum… je comprend mieux pourquoi je ne vais jms au ciné!):roll:

  12. Wanou/RomainB> Hey ça va les mauvaises lààà !! Un peu d’indulgence siouplé !! :lol:
    [moi]> Meuuuh nan, c’est juste que je ne me souviens pas toujours de qui a posté ou pas sur le sujet !! Je ne suis pas une machineuuuuh ! :mrgreen:

  13. je n’ai pas lu le livre et je ne sais pas si j’irai voir le film ( m’etonnerait, parce que je préfère lire les livres d’abord :) ) , mais je dois dire que je trouve l’affiche très belle pour une fois :love: . ( je me comprends : pour une fois, parce que d’ordinaire je trouve les affiches de ciné assez ennuyeuses graphiquement )

  14. Krysalia> Là tout à fait d’accord, l’affiche est une belle réussite. Cela m’avait frappé justement, surtout en grande taille, car j’ai trouvé qu’avec l’effet visuel seul, l’affiche exprime beaucoup de tous les sens en éveil du film… (bon ok je vais apprendre à parler la France un jour !)

  15. D’apres ce que j’ai vu de la bande-annonce, ils ont pres certains libertés avec le personnage de la jeune fille aussi– celle de la chevelure rousse. Il parait qu’ils ont beaucoup élargi son role, alors qu’elle n’apparasse [correct conjugation??] qu’une ou deux fois dans le roman… mais je me tais faute de ne pas avoir vu le fim!

  16. maitresse> Elle n’apparaît pas beaucoup mais elle est à la base de la fascination du tueur pour cette odeur « parfaite »… donc il fantasme beaucoup sur elle tout au long du film, et sur le souvenir de son odeur. (« alors qu’elle n’apparaît » il faut l’indicatif tout bête je crois…)

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