Moïse en Egypte

S’il y a bien un personnage biblique qui m’a toujours impressionné c’est Moïse, et je dois reconnaître que c’est à 100% lié au film de Cecil B. De Mille, « Les Dix Commandements » (un des incontestables chefs d’oeuvre hollywoodiens). Entre l’abandon au Nil et l’adoption par la soeur de Pharaon d’un esclave hébreu, son devenir en tant que Prince d’ Egypte, puis sa lutte pour la libération de son peuple après être revenu changé par la « rencontre » avec Dieu. En plus, en tant que môme, ajoutez à cela les plaies d’Egypte et l’ouverture de la mer Rouge, et hop j’étais « converti ».

Donc j’ai lu avec beaucoup de curiosité et de fascination ce numéro des « Cahiers de Sciences et Vie » consacré au prophète, et à son ancrage dans la réalité scientifique. C’est-à-dire qu’entre le mythe et les ressources historiques actuelles, qu’est-ce qui est avéré, qu’est-ce qui est infirmé et qu’est-ce qui reste plausible ? Evidemment, j’ai perdu beaucoup de mes illusions puériles en lisant cela, on découvre que le récit est loin de trouver des échos, mêmes lointains, dans l’Histoire. On voit aussi qu’il a été mille fois remanié, et rédigé bien après, traduit et retraduit, déformé et adapté donc, qu’on y a mis des bouts de mythes et légendes connus à l’époque etc. Bref, le petit Moïse même dans sa forme actuelle n’apparaît pas très crédible aux historiens.

L’intérêt vient donc d’en apprendre beaucoup sur le mythe et sa réalité, mais aussi sur la société égyptienne, et au-delà sur ce qu’on sait de l’histoire du peuple juif dans la région à différentes époques (du Ve siècle avant JC, au IIIe siècle après). Et là le numéro est véritablement passionnant. On apprend plus précisément que des communautés judéennes s’étaient établies à Eléphantine et Alexandrie, à l’époque même où l’Egypte est sous domination perse (ouh là ça se complique). Et à priori, il n’y avait pas de problèmes de coexistences des différentes communautés, même si d’un point de vue cultuel les sacrifices d’animaux sacrés pour les égyptiens, comme le mouton, pouvaient être très mal perçus. Il y a même quelques hypothèses qui montrent que les juifs étaient en fait les douaniers de l’empire de part leur situation géographique et attributions.

Sur le mythe lui-même, on démonte très facilement le côté très éloigné d’une vision égyptienne (ne parlons pas de la présence de chameaux, alors qu’ils n’existent pas à l’époque), comme pour l’épisode des noyades dans le Nil (un fleuve sacré, on y noie pas des esclaves…) ou bien le fait qu’on ne baigne pas non plus au bord d’un fleuve où pullulent les crocodiles. Et puis bêtement, il y a une absence des stèles et murs gravés de cette histoire ou de la mention du prophète, ou même du peuple d’Israël (à part la stèle de Merenptah, sujette à toutes les polémiques). Moi je reste par contre sous le charme du synchronisme avec l’éruption du Santorin, qui aurait pu provoquer des manifestations analogues aux fameuses plaies. Il y a aussi les explications liées à la magie qui sont passionnantes, et qui donnent un autre angle de vue (égyptien).

Le rapprochement de Moïse à Akhénaton est aussi surprenant que probant selon certains auteurs. Mais il y a surtout ce récit de Manéthon (du IIIe siècle après JC, la période ptolémaïque), dont je n’avais jamais entendu parler, qui raconte une version pro-égyptienne de l’histoire de Moïse. Manéthon rédige en grec une anthologie historique de l’Egypte, et, d’après le magazine, les érudits égyptiens ayant eu connaissance de la version grecque du Pentateuque, cet auteur en a réinterprété le sens.

J’ouvre un magazine comme ça, et hop je pars en voyage dans l’espace et le temps… C’est une sensation que j’adore. ;-)

Moïse en Egypte - Les cahiers de Sciences et Vie N°95

9 Commentaires

  1. « Sur le mythe lui-même, on démonte très facilement le côté très éloigné d’une vision égyptienne (ne parlons pas de la présence de chameaux, alors qu’ils n’existent pas à l’époque), comme pour l’épisode des noyades dans le Nil (un fleuve sacré, on y noie pas des esclaves…) ou bien le fait qu’on ne baigne pas non plus au bord d’un fleuve où pullulent les crocodiles. »

    C’est dans la Bible tout ça ? faudrait que je relise… parce que je ne me souviens de rien de tout ça.
    ou alors, c’est en référence au film uniquement ???:shock:

  2. Ce film dont tu parles au début, je l’ai vu et revu et re-revu un nombre incalculable de fois plus jeune. c’était le rituel de la pré-Noël sur France 3 (FR3 à l’époque ?) Et je comprends donc le plaisir que tu y trouvais ! pour le magazine, Science et vie ou un autre avait dit il y a 3-4 ans que la théorie de la Mer coupée en deux pourrait être expliquée par une éclipse extraordinaire, dans des théories exposées comme farfelues mais…pourquoi pas rêver un peu après tout:lol: ?
    Bref, il y a de belles histoires… et il y a l’Histoire (et ce qu’on a réussi à retrouver ou décrypter !)

  3. L’Histoire, avec un grand H, je la connais un peu : je suis même chargé de l’enseigner ! ;-) Ce qu’il faut rappeler – et j’en profite pour commenter ton billet sur l’Arménie – c’est que le christianisme est une variante du judaïsme, c’est à dire une religion orientale, influencée par des rites et des idées babyloniennes, sumériennes, égyptiennes, etc…

    L’immense majorité des dogmes du christianisme actuel ont beau être des notions gréco-romaines précisées au Moyen-Âge, le fond de cette religion vient sans doute d’une région du « croissant fertile ».

    Je n’ai pas encore acheté ce numéro (celui sur l’islam en Espagne est génial !) mais je suppose qu’on y « révèle » les sources profondément orientales du judaïsme et du christianisme : importance du désert (le jeûne, le sermon sur la montagne), symbolique de l’eau (le baptême), etc…

    PS : pardon d’avoir été si pédant et ennuyeux ! :dodo:

  4. En théologie ce regard « scientifique » (hum !) sur les mythes s’appelle « l’historico-critique ». C’est important pour comprendre le sens d’un texte, mais pas vraiment pour nettoyer un décor de cinoche. En ce sens je rejoins ton premier commentateur.

  5. « Si Moise avait été une femme, elle aurait demandé son chemin, ils seraient arrivés en Israel en dix jours… » Je ne sais plus dans quel film j’ai entendu ça…

  6. Intéressant, je vais acheter ce numéro. J’ai toujours été personnellement très intéressé par les miens entre l’Egypte ancienne et le christianisme primitif. Que ce soit la notion de trinité (toutes les capitales d’Egypte étaient gouvernées par une « triade » divine, type Isis-Osiris-Horus), le monachisme, qui est né en Egypte, les troublantes similitudes entre les statues d’Isis nourrissant Horus et les Vierges à l’enfant etc . Quant au film de C. B. De Mil, je dois dire que maintenant il me fait plutôt hurler de rire. Yul Brinner et Charlton Heston (le pire des extrémistes, du reste) « jeunes » avec la natte sur le côté qui était réservée en fait aux enfants, ou encore Moïse redescendant de la montagne avec les Tables de la loi, l’air halluciné de bon aloi et surtout avec un brushing nickel et une barbe bouclée impeccable qui montre que non seulement l’Eternel écrit vite dans le marbre, mais frise aussi les barbes en prime! Hollywood dans toute sa splendeur, kitschissime!

  7. Flattée par la remarque de Jonas de Dieppe dont j’ai tjs apprécié les commentaires ici ou là. :-)
    (alors que mon commentaire est bcp – intéressant que le sien !!!!)

  8. moise est réel, l’Histoire est réelle. c’est parce qu’on y croit qu’au mythe,
    la séparation de la mer est la plus improbable.
    pour des raisons plus chrétiennes que judaiques, on s’est amusé à modifier l’Histoire.
    ca personne ne peut le démontrer, parce qu’il est l’oeuvre des hommes (:dodo:).
    un conseil!!!!. suivez le chemin d’israel fils d’isac fils d’ibraham …..

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