Vlaminck – Un instinct fauve

Les expositions du Musée du Luxembourg, au Sénat, sont toujours exceptionnelles pour la qualité des oeuvres, et catastrophiques dans leur pédagogie « gratuite ». Celle-ci ne dépare pas donc, puisque pour 11 euros vous avez accès à ces merveilleuses toiles de Vlaminck, qui couvrent une période de 1900 à 1915. Et pour comprendre de quoi il en retourne, il faut absolument un audioguide qui coûte 4,50 euros de plus, sinon vous n’aurez que les noms des oeuvres, et rien de plus. Il est HONTEUX de ne pas proposer au moins quelques commentaires écrits, qui existent déjà de toute façon (il y a bien un commissaire d’expo qui a pondu une scénographie…), plutôt que de forcer les gens à chausser des écouteurs avec des hideux protèges oreilles genre charlottes bleu-hôpital !

En plus, je vais souvent voir des expos avec des amis, et je trouve que l’on perd tout contact, convivialité et échange, si l’on doit suivre l’audioguide. Les commentaires affichés donnent la liberté de parcourir les explications, de s’y attarder quand on est intéressé, ou bien de flâner à sa guide. A BAS LES AUDIOGUIDES OBLIGATOIRES !!!! La culture c’est pour tout le monde merde ! Les musées servent aussi à répandre le savoir, à le vulgariser pour tout un chacun, à faire de la pédagogie…

Bref ! L’exposition est fantastique, et j’aimais déjà Vlaminck, mais je l’aime encore plus après avoir vu en réalité ses toiles. D’autant plus que Vlaminck est aussi un gars de 76, de 1876 !!! Mais plus sérieusement, comme ce peintre a mené une véritable révolution dans la peinture moderne du début du siècle dernier, et une révolution fondée sur son utilisation des couleurs et des textures, il est extraordinaire de se prendre en pleine gueule cette sensationnelle expression.

Il est bien connu pour ses peintures fauves, et c’est bien ce que je révère dans son oeuvre, en plus de ses gros traits épais, autant dans la largeur de son pinceau que dans l’épaisseur de ses couches de peinture. Ce qui est dingue c’est que les scènes qu’il dépeint restent assez classiques et banales en apparences, souvent des paysages de Chatou, du Pecq et de bords de Seine. Mais tout en réexprimant ce qu’il voit avec ses tripes, et en nous gratifiant de ses rouges, oranges, jaunes surhumains, il garde un trait précis et fort figuratif. On reconnaît donc toujours les personnes, les plantes, les animaux, les bâtiments, les bateaux, et Vlaminck reste un peintre de la nature. Mais il transfigure tout avec cette palette d’extraterrestre qui rend les choses si belles, choquantes, extravagantes, passionnées, gonflées ! Et on remarque ses coups de pinceaux saccadés qui maltraitent la toile, et dont les mouvements dans la peinture ont été capturés à jamais. Quelles émotions, quelle fougue et quelle beauté !

J’ai donc pris un plaisir fou à voir toutes ces toiles du début jusque 1910 en gros. C’est la période qui me fascine complètement, ce fauvisme échevelé et ces recherches formelles continuelles pour dépasser l’impressionnisme et déjà ne plus être dans le beau, mais tenter de capturer le vrai. Et ce « vrai » du peintre, ça peut être de la vulgarité, une lumière qui aveugle, un mouvement qui donne le mal de mer ou bien une laideur qui effraie.

Il est vraiment flagrant de voir des similarités de style ou de traitement avec des artistes contemporains, et selon les toiles et les années, on retrouve du Picasso, du Braque, du Delaunay, du Cézanne dans les oeuvres de Vlaminck. Il cherche sans arrêt à se renouveler, à trouver sa voie et son expression. Je dois avouer que le moment où il quitte le fauvisme marque le début de mon désintérêt pour le peintre. C’est ainsi qu’à partir de 1910, il peint un tas de paysages qui ne attirent absolument pas, et qui ne me « parlent » pas. Il y a même certains éléments que je pourrais sans hésiter appeler des croûtes tant je trouve ça moche et fadasse. Des paysages verdâtres dans un style pas vraiment réaliste mais très figuratif, sans émotion, sans « décalage » et sans intérêt pour moi.

Je retiens donc vraiment toute cette première partie qui est un festival de sentiments « hauts en couleur » qui vaut le détour. L’exposition n’est pas très grande, comme toujours au Sénat, où le lieu lui-même n’est pas énorme, mais encore une fois la qualité des oeuvres est tout à fait notable, et elles sont très bien présentées.

Vlaminck - Un instinct fauve - Musée du Luxembourg

4 Commentaires

  1. je viens lire régulierement tes « papiers » sur ta vie culturelle. Tu as un blog formidable. Continue!
    Je réagis à tes propos sur les Audioguides. je suis de Province (région du nord isere) et monte chaque année pendant mes vacances « faire les expos parisienne ». J’adore. Je vais dans ton sens completement: les audioguides , j’essaie de les éviter mais au Luxembourg les explications sont souvent minimaliste au bas des tableaux et tu es obligé de les prendres, et souvent pas toute les oeuvres sont expliqués. Moi j’essaie parfois d’écouter un guide de groupe qui donne souvent de trés bonne explication. Les expos du grand Palais sont mieux faites.
    Bonne continuation.

  2. Euh… moi j’adore les audioguides. Indépendamment du fait que je souffre d’un trouble oculaire qui fait que les néons dans les musées sont pour moi un vrai cauchemar (rendant, de ce fait, la lecture difficile), j’aime bien qu’on me raconte une histoire dans le creux de l’oreille, surtout si elle est bien racontée. C’est ainsi qu’au Pergamon museum (Berlin), tout en contemplant un bas relief richement sculpté dans un sarcophage en pierre, j’ai appris l’histoire de Médée. C’était chic. Depuis ce jour-là, j’aime bien les narvals… euh, pardon, les audioguides.:-)

  3. Bonjour, je tombe par un absolu hasard sur ton site et suis amusée par ton commentaire. J’aime beaucoup ta manière t’assumer ton goût sur les peinture de Vlaminck. Je suis aller voir l’expo il y a quelques semaines, ta façon de décrire ses tableaux « paysages verdâtres » pour parler de sa rupture avec le fauvisme est preuve du désintérêt total qu’elle génère en toi. Why not, on aime ou on aime pas et c’est ainsi. Personnellement je suis comme toi je n’ai pas « adhéré », déçue du fadasse dont tu parles, mais néanmoins je dois admettre que si cela ne me parle pas il reste que certaines ont une force incroyable qui sublime de manière délicate en soi la peur et l’idée du vie, du rien, de l’ennui sans doute. Je me suis demandée ce que Vlaminck pouvait vouloir nous montrer (ou se montrer) !?
    Et pour partager avec toi, en ce qui concerne sa période Fauve, et il sûre qu’elle entraine en moi un vertige digne des pires angoisses face au grand tobogan à mes 8 ans !

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