Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

Voilà une exposition tout à fait dans la lignée des grandes expos du Centre Georges Pompidou, didactique, pédagogique et richement dotée !

Le titre est à la fois très explicite et pourtant porteur d’une certaine confusion. En effet, on pourrait croire que le mouvement « De Stjil » (aaaah ces néerlandais) est le mouvement créé par Mondrian ou bien auquel il est complètement assimilé, mais ce n’est pas tout à fait ça. Disons que les deux sont clairement en résonance, et relativement indissociables lorsqu’on doit évoquer l’un ou l’autre. En revanche, Mondrian était peintre avant, et a gardé sa propre autonomie créative et théorique, tandis qu’il a été un des grands contributeurs du mouvement néoplasticien, et qu’il s’est ensuite clairement détaché de « De Stijl ».

L’exposition traite des deux sujets de manière relativement distincte, à tel point qu’il y a même deux commissaires d’expo, chacun sur un des deux thèmes. On commence par l’explication très pédagogique de ce qu’est le mouvement « De Stjil », et puis on passe à Mondrian (ses débuts, ses expérimentations cubistes, abstraites, ses vitraux, et son apothéose bien connue avec ses quadrillages). On conclut par des applications du style « De Stijl » (gros pléonasme puisque « De Stijl » veut dire « Le Style » en néerlandais) avec des incroyables pièces d’architecture, des projets décoiffants et des visions concrètes de ces théories qui sont bien bluffantes.

Le parcours est vraiment bien pensé et fluide, il est ponctué d’explications par salle, mais aussi sur certaines œuvres emblématiques ou majeures. Exactement ce qu’il faut pour apprécier la scénographie et bien comprendre la mécanique en jeu, de quoi se passer d’un audioguide tout en se disant que ce serait le complément idéal pour « aller plus loin ». La scénographie est assez « facile » mais plutôt réussie avec une chouette mise en abîme, puisque les cloisons font penser à ces célèbres quadrillages de Mondrian avec des grands pans blancs et des lignes noires épaisses qui délimitent des espaces d’expression ou de vide. Sympa, sans être trop prise de tête, encore une fois j’ai bien aimé.

Il y a aussi cette gentille reconstitution de l’atelier de Mondrian qui permet de se mettre dans la peau de l’artiste, et d’imaginer aussi l’application de ses théories jusque dans l’agencement de son lieu de travail. Mais la grande découverte, et j’ai honte de n’avoir pas su cela avant, est celle du véritable instigateur et fondateur de « De Stijl » en la personne de Theo van Doesburg. La très grande partie des œuvres hors Mondrian sont de cet autre artiste néoplasticien, et il est fascinant de constater son anonymat relatif (à mon incurie) alors qu’il était doté d’une créativité tout aussi féconde et intéressante. Ses vitraux sont notamment des pièces magnifiques et des motifs qui sont aujourd’hui des bien manufacturés qu’on peut couramment voir chez des particuliers.

La focalisation sur Mondrian présente une passionnante rétrospective de l’artiste qui permet de facilement comprendre et appréhender son cheminement artistique. A la manière d’un Malevitch dont on comprend très bien l’ultime « Carré Noir » lorsqu’on a suivi toute l’approche suprématiste, Mondrian et son néoplasticisme deviennent limpides dès qu’on voit concrètement la succession de tableaux qui le mène de la figuration à l’abstraction. Le plus évident est la transformation de la forêt en lignes puis quadrillage, et l’effacement des couleurs composées jusque la quintessence des aplats monochromes. Evidemment, j’ai pensé à la merveilleuse Aurélie Nemours, ou au fascinant Jean Hélion.

La fin de l’exposition démontre l’apport très pragmatique des artistes « De Stijl » à l’architecture et l’urbanisme, intérieur, extérieur, tout est pensé, repensé et traduit en concepts cohérents. On peut y voir des plans ambitieux de maisons, d’immeubles ou de quartiers entiers, qui sont entièrement conçus dans cet état d’esprit d’avant-garde. C’est étonnant d’ailleurs de constater comme ces projets ont gardé leur facette futuriste et moderniste, alors même qu’ils sont complètement désuets à bien des égards, comme une vision uchronique, un de ces avenirs alternatifs que nous ne connaîtrons jamais.

J’ai aussi eu une pensée pour le 124 rue Saint Maur que j’ai évoqué l’année dernière, ce qui prouve que l’œuvre de Mondrian n’a pas cessé d’inspirer même les architectes d’aujourd’hui.

(Ah ouai donc j’ai bien aimé hein, en fait, c’était ça que je voulais dire… en gros.)

Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

5 Commentaires

  1. Pas tout à fait d’accord. Bien que j’aie beaucoup apprécié cette exposition, le découpage en trois parties d’une exposition artificiellement reconstituée à partir de deux expositions bien distinctes (d’où les deux commissaires) ne m’a pas convaincu.

    Et puis, pédagogique le Centre Pompidou, c’est un peux exagéré, quid de la théosophie, concept central des débuts de De Stijl et de l’art de Mondrian, évoqué dès les premières explications et dont le sens n’est donné que partiellement au fin fond du 15ème cartel ? Ah! J’oubliais qu’un visiteur du Centre devait nécessairement connaitre le concept avant même d’aller à l’exposition.

    Ensuite, tu oublies de parler de la longueur de cette expo. Parce que faire deux expo en une ça a l’inconvénient de provoquer une certaine saturation chez le spectateur -j’ai survolé les deux dernières salles, ma tête bourdonnait- alors que la dernière partie, soit l’application de De Stijl/ du néoplasticisme à l’architecture, est probablement la plus fascinante.

    Pour le reste, je te suis, avec en plus une mention spéciale pour Jacoba Van Heemskerck, dont les Arbres m’ont impressionné/ému/bouleversé.

  2. C’est drôle, ce billet et celui sur l’or des incas se répondent. Je suis allée voir cette expo avec un ami qui a bavé d’admiration devant l’expo Arman et du coup ça m’a gâché mon plaisir car il n’a pas du tout aimé Mondrian trop rigoureux sans doute et manquant de fantaisie pour lui. J’ai bien aimé les deux expos pour ma part. Je te félicite de ta rigueur dans tes visites, cela ne m’étonne pas que tu aies aimé Mondrian. La ville est une oeuvre dans laquelle nous nous déplaçons avec ses harmonies et est en perpétuelle mutation.
    Tu m’as donné très envie d’aller voir l’expo peu explicite de l’or des incas je peux me faire moi-même mon cinoche et de plus je peux retourner voir des expos deux fois la première amenant des interrogations qui m’obligent à me documenter et d’ailleurs à ne pas voir deux ou trois fois la même chose à croire que les oeuvres bougent durant la nuit…

  3. Dommage, il manquait quelques œuvres de jeunesse, notamment la série des moulins, ainsi que quelques-unes de ses plus belles toiles, restées sans doute à La Haye. Mais c’est quand-même une exposition très intéressante.

  4. Pour approfondir le cheminement & humaniste de Mondrian, tout en replaçant le mouvement De Stjil dans le contexte artistique, j’organise une conférence le jeudi 10 février à 19H30 à Paris XV, animée par une historienne de l’art passionnée et passionnante !
    Toutes les infos sur http://www.arty-buzz.fr

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