Shame

Shame

Je vais en choquer plus d’un mais je n’ai pas aimé ce film. Oh évidemment, formellement et même esthétiquement c’est très réussi, et je reconnais le talent de Michael Fassbender et Carey Mulligan. Mais ce scénario m’a laissé de marbre, et la représentation de scènes « sexuées » à outrance m’a simplement paru lassante et gratuite. J’aime vraiment plus le cinéma pour la suggestion et des narrations qui explorent les personnalités des comédiens. Là j’ai l’impression qu’on est resté en surface, que le film est une sorte d’émission de « Strip Tease » avec une belle photo, un joli montage, mais peu de réflexion ou d’intérêt au final.

Michael Fassbender est un yuppie new-yorkais qui bosse dans la pub et est complètement sex-addict. Sa soeur, qui a d’autres genres de soucis, vient lui rendre visite, et squatte chez lui. Sa présence va lui renvoyer une terrible image faite de misère sexuelle et d’une assuétude de plus en plus difficile à vivre.

Résultat : bah des tas d’images et de passages de Michael Fassbender à poil, les couilles et la bite à l’air, le truc bien affriolant, et une peinture bien glauque de sa dépendance au sexe. Ok on comprend rapidement… Ok aussi pour cette image à la fois léchée et morbide, et cette splendide photo. La frangine est tout aussi déboussolée, et on réalise que les deux souffrent à l’identique en l’exprimant différemment. Mais… c’est tout. Le film ne va pas plus loin. Ou alors, je n’ai rien compris (ce qui est fort possible) et la simple contemplation de saynètes de plus en plus « cul » suffit à en faire un bon film.

J’ai été frustré de ne pas bénéficier de plus de clefs de lecture et de compréhension des personnages, d’une histoire plus étoffée et éclairante qui permette d’aller plus loin que les simples faits. Ou alors c’était vraiment cela, il s’agissait peut-être simplement de décrire une situation de mal-être et de laisser les spectateurs en imaginer la raison… En tout cas, je trouve que ça manque d’une perspective de cinéaste, malgré un talent manifeste pour diriger des comédiens et les filmer.

C’est dommage car le film fait son effet, et imprime une vraie émotion par sa forme même. On ressent la solitude, la perte de soi, la spirale vers la mort (ou une certaine morbidité) et finalement aucun plaisir dans ces rapports sexuels mécaniques et sans amour. Mais où est le film une fois passé cet exercice de style qui ressemble à un effet de manche (en attendant on se rince l’oeil mais ce n’est pas suffisant) !!!? J’ai compris que le garçon avait un problème, la fille aussi, maintenant je voudrais qu’on s’en occupe !!!

Shame

11 Commentaires

  1. Salut Matoo, tu sais ô combien je t’aime mais je pense que cette fois-ci tu es passé à côté du film.

    La plupart des gens, d’après ce que j’ai lu et entendu, pense que le film est le récit de la décadence d’un homme qui tombe dans le sexe comme pour échapper au non sens de son existence. « Shame » est alors la honte de ce type dont les actions sont réprimables, et effectivement on tourne assez vite en rond si l’on ne regarde que son gros (plutot long) kiki.

    En revanche, les relations humaines m’ont terriblement marqué.

    Elles sont de deux sortes pour simplifier: les relations convenues (frère-soeur, ami-ami, patron-employé, ou faux amoureux-amoureuse) et les relations éhontées (du sexe quoi, entre une femme et un homme, deux femmes et un homme, un homme et un homme, il y en a pour tout le monde).

    une problème cependant: les relations convenues sont TOUTES avariées. La soeur ne comprend pas pourquoi son frère est distant; elle ne comprend non plus pourquoi il ne répond pas aux devoirs d’un grand frère envers sa soeur. Pour le récupurer, elle essaye de s’imposer: elle débarque, ne respecte pas l’intimité de son frère (cf. scène de l’ordinateur) elle joue du chantage sentimental (tu ne m’aimes pas alors je me tue), et parfois même dirait-on, de tentative de séduction physique (la promiscuité des corps lors de la scène sur le canapé est insupportable).

    Ensuite il y a l’ami-patron (le principe d’identité est violé ici: la hierarchie est où n’est pas, mais pas les deux à la fois) terriblement jaloux de son employé-ami (cf. compétition amoureuse) qui en vient à séduire la soeur de notre Gérard-gros-paquet sous les yeux de ce dernier. Lorsque notre ami-patron réprimande son employé-ami car son ordinateur est vérolée (il est très facile d’attraper la petite vérole sur des sites interlopes), ce dernier répond qu’il ne voit pas ce qu’il y a de mal, alors que le patron-ami parle à son fils et à sa femme au bureau (vie privée/vie professionelle doublement mélées), juste après avoir visité l’appartement de son employé-ami pour jouer au cow-boy avec la soeur du-dit libertin. Tricky tricky…

    Ensuite, il y a l’employée qui cherche à se marier, qui voit en notre ami Gérard-gros-paquet un potentiel candidat. Quiproquo pour notre ami qui voit en elle une jolie pare-choc à culbuter: exposition des différences de philosophie amoureuse dans une scène au restaurant fatidique, puis renoncenement de notre ami Gerard-gros-paquet qui se dit qu’une relation c’est peut être pas si mal après avoir été rappelé à l’ordre par son ami-patron. Bien entendu, première date, pour faire du sexe dans un bel hotel, la voiture n’a même pas démarer, et l’emboutissage n’a pas eu lieu. Quand on a pas la radio reglée sur la même longuer d’onde, on n’entend que des sifflements sourds et désagréables.

    Il y a ensuite les relations de sexe pur, où les contrats sont clairs et respectés (on dirait une scène de la pièce de Koltès « Dans la solitude d’un champs de coton »). Puis la souffrance de cet homme qui pense et pleure et jouit en même temps dans une scène de trio belle comme jamais et terriblement émouvante. Il y a certainement la culpabilité d’éprouver du plaisir par des actions condamnées par l’environenement dans lequel il se trouve.

    Ce qui m’a marqué, c’est la vérité de Gérard-gros-paquet. C’est le seul personnage qui n’est pas hypocrite, sournois, mal-intentionné. Il n’impose pas ses désirs aux autres comme les personnages impliquées dans les relations convenues, il trouve des gens prêt à les satisfaire en échange d’argent ou de réciprocité.

    Tous les autres personnages vivent dans le carcans de rôles qui satisfont à la moralité sociale, tout en transgressant les rôles qui leurs sont impartis. Et notre ami Gérard, il en souffre car il ne voit pas ce qu’il fait de mal; il est très clair avec les gens qui l’entoure, il dit et vit ce qu’il pense, ses intensions ne diffèrent pas des actions qu’il prend, mais les gens ne semblent pas comprendre car Gérard évolue dans un autre système de pensé.

    Alors la honte, bah ce n’est plus tellement le sentiment qu’éprouve notre ami au long zizi, mais plutôt le villipendage de tous les gens bien pensant qui causent la souffrance de notre Gérard car ils l’aiment (en gros au départ shame, c’est un substantif, et puis après c’est une interjection « shame (on you)!). Ils aiment Gérard car c’est le frère, le meilleur employé, le meilleur ami, et le futur mari. Ils ne l’aiment pas parcequ’il est Gérard au gros zizi.

    Et il me semble que le film s’articule autour de cette terrible mascarade qui justifie une pendaison sur la place publique: « nous t’aimons Gérard pour des traits qui relèvent plus du fantasme, et c’est pour cela qu’on te cause de la peine en attendant de toi des choses que tu ne seras jamais capable de donner mais que tu es capable de sentir ». Ce sont des « vues heureuses » bien destructrices en somme.

    Au final, on montre le sexe comme il est, et souvent. Et les scènes de sexe sont toujours entrecoupées de scène ou le malaise s’installe. d’un côté le plaisir, qui devient de plus en plus désespéré, alors qu’il était « pur » (à comprendre comme dans les expériences de dillution de composants chimiques); et de l’autre côté un terrible malaise qui vient rendre insupportable les relations convenues (on peut comprendre la tentative de suicide comme l’acmé de ce malaise, ou comme la cocotte minute qui s’apprête à exploser, ou comme l’ultime tentative de séduction d’une soeur envers un frère) …

    Bref, j’ai trouvé ce film admirable parcequ’il met en lumière ce point précis des relations humaines qu’on vit et observe tous les jours et qui est raremenet montré. Des gens qui rendent malheureux d’autres gens, puis eux mêmes car ils ne comprennent pas qu’il y a une différence entre le modèle maquomoulage qu’ils ont sur la pochette et le moulage qu’ils viennent de démouler…

  2. L’analyse de Thibault m’a vraiment donné envie d’aller le voir. J’en ai l’eau à la bouche (et pas à cause du gros zizi !). Matoo, tu as vraiment failli m’en détourner.

  3. on t’aime quand même. L’autre éventualité, c’est que je m’émerveille de la banalité et du vide de sens :) dans quel cas je ne peux être qu’heureux, youpiiiiii

  4. Oooh, j’ai appris un mot, « assuétude ». Rien que pour ça, merci ! J’ai découvert ce blog il y a peu et le style à la fois haut niveau et enlevé est très appréciable.

    A propos de Shame, je me range plutôt du côté de Matoo mais sans trouver faute au film : chercher à expliquer le comportement des personnages (parents abusifs, peut-être ? mais que n’avons-nous pas déjà vu ?) aurait dilué la force glauque qui émane de ce portrait sans fard. Donc oui, un film nihiliste et qui s’assume comme tel : il n’y a pas de salut pour les protagonistes.

    Et s’il n’y a pas de plaisir, comme nous l’entendons, dans le sexe, il y a le relâchement d’une tension, une évasion temporaire.
    Ce n’est pas un film dont on ressort souriant, pour sûr.

  5. ce film m’a énervé en fait
    je suis peut-être resté ras des paquerettes
    mais l’équation : tu baises trop = t’es mal, c pas possible !
    et surtout le pompon : « qd t’en peux vraiment plus, si tu veux tomber encore plus bas, tu vas te faire sucer par un mec, les pds sont encore plus bestiaux que toi, mais surtout tu restes actif, hein, mec »
    Et la désagréable impression que le réalisateur n’a tourné le film que pour un seul plan, celui on on le voit piser de dos et où l’on voit son sexe dépasser de son entrejambe(c’est assez insistant pour qu’on le remarque…
    « Regardez bande de petits vicieux pervers que vous êtes »
    « vous jouissez bande de voyeurs lubriques »
    ASSEZ, JE NE VAIS PAS AU CINEMA POUR QU’ON ME FASSE LA MORALE – SURTOUT QUAND ON GACHE SON TALENT A CELA )

  6. oh non, on ne l appelle pas Gérard, Thibault !
    l histoire d une incapacité à aimer..
    (il y a des Gérard comme ça.. )-: si si , j en ai connu un ..).
    donc celui ci, au long zizi, est un sex addict, mais dès qu un sentiment peut affleurer il décampe..
    surtout ne pas aimer, sa belle collegue, sa soeur, ses amis..
    Film troublant, perturbant ..

    Sinon, Bovines, beaucoup moins troublant !

  7. Salut Gilles,

    je ne pense pas qu’il s’agisse quelqu’un qui soit incapable d’aimer et qu’il cherche à fuire dès qu’on lui fait une marque d’attention. Il aime la musique :) (et vu la larme, lors du concert, sa soeur probablement, la j’invente un peu). D’un autre côté, essayer de lui prêter une psychologie, ou d’expliquer par la psychologie son comportment ne nous conduirait qu’à des spéculations un peu hasardeuses (alors qu’il y a ce qui est dit pendant le film, qui nous en dit assez d’ailleurs).

    (Pour moi), ce n’est pas qu’il n’aime pas, il refuse juste les relations convenues, celles qui sont des obligations sociales (il faut aimer sa soeur, il faut aimer une femme, il faut aimer son ami…). Il le dit pendant la scène du restaurant et sur la scène du canapé à sa soeur.

  8. Et est-ce que je choque si je dis que je n’ai pas compris ce qu’on appelle « la dépendance au sexe » du héros (ou personnage principal)?

    J’ai eu l’impression de voir un type normal d’un point de vue sexuel, c’est-à-dire ne pensant qu’à ça, en ayant énormément besoin dans une société pas forcément prévue pour et qui nie l’intensité de ce besoin.

    Pour moi, la douleur du héros, c’est plutôt l’incapacité d’associer une relation sexuelle à une relation affective. J’ai pensé à ce blog (fermé maintenant) d’une call-girl londonienne qui disait « les hommes ne paient pas les putes pour qu’elles baisent, mais pour qu’elles partent ensuite. »

    J’ai aimé le silence du héros, son incapacité à communiquer, la tristesse de cet homme. Je n’y ai pas vu de déchéance, mais plutôt une douleur à guérir.

    >La frangine est tout aussi déboussolée, et on réalise que les deux souffrent à l’identique en l’exprimant différemment. Mais… c’est tout.

    Je crois que c’est tout le film, en effet. C’est exactement ça, juste ça.

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