L’(autre) homme de ma vie (Stephen McCauley)

Déjà pour son précédent « Sexe et dépendances« , je m’étonnais de ne pas avoir plus écrit sur Stephen McCauley car j’ai lu tous ses romans (il n’y en a pas tant que cela…). Il est de ces rares écrivains dont la prose me plait au point que je pourrais le lire sans me lasser sur des centaines et centaines de pages. Ses romans ont pas mal de points communs, à commencer par l’auteur lui-même dont on reconnaît les représentations et transfigurations dans certains personnages, ainsi on retrouve des héros qui prennent de plus en plus de bouteille. Là c’est Richard Rossi qui est un DRH d’une cinquantaine d’année confortablement installé dans la vie, avec son petit-ami, un consultant foudre de travail, et son amant, un « hétérosexuel » marié qu’il « rencontre » à son club de sport.

Sorte de Woody Allen à la (auto)dérision permanente, un brin queer et grinçant, toujours couvert d’un flegme tout anglo-saxon, Stephen McCauley a souvent l’acuité et le mot juste pour narrer ses histoires de coeur et de cul. Car cela tourne souvent autour de préoccupations aussi superficielles qu’existentielles, avec des personnages aussi drôles que pathétiques pour mener la danse. Je suis très bon client de ses romans, mais pour une fois, je dois avouer une petite déception à la lecture de ce roman.

Richard Rossi gère donc une sorte de double-vie, mais sans flou car il est dans une sorte de consensus non-dit qui fait que sa relation extraconjugale est tacitement admise, tout en ayant de plus en plus un béguin prononcé pour son amant adorablement attaché à sa petite famille nucléaire. Mais il devient profondément jaloux et soupçonneux lorsqu’il comprend que son compagnon a lui-même un amant. Il remet alors en question son mode de vie, son équilibre amoureux, affectif et sexuel. Et dans le même temps, de nouveaux challenges professionnels finissent de contribuer à ce désarroi global. A 50 ans, il en a aussi ras le bol d’être le même être changeant et en construction qu’à 20, 30 et 40… Mais au bord du précipice, il ne sait toujours pas quelles décisions prendre.

Comme d’habitude, avec McCauley tout cela est raconté avec humour et finesse, et ces coupages de cheveux en quatre dont il est féru. Mais pour une fois, j’en ai eu un peu marre de cette attitude, et de cette répétition. Je ne sais pas trop à quoi cela est dû. J’ai terminé le bouquin en trouvant le procédé un peu fastidieux et peut-être moins en phase avec l’âge du protagoniste, ou bien l’ambiance globale qui est décidément très morose. Et pourtant j’ai lu avec bonheur les bons mots de l’écrivain, je suis bien rentré dans l’intrigue et les personnages, mais je n’ai pas eu le déclic qui est censé se produire au bout d’une cinquantaine de pages. Donc c’était une impression de longueur et un peu poussive qui s’est dégagée au final. Pas très positif quoi… J’ai hâte de lire pour prochain pour voir si ce n’était qu’une erreur de parcours !

L'(autre) homme de ma vie (Stephen McCauley)

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10 commentaires sur “L’(autre) homme de ma vie (Stephen McCauley)

  1. Je suis assez d’accord avec toi concernant la critique de ce livre en particulier et de l’œuvre de McCauley en général quoique pour être honnête, bien qu’ayant lu tous ses livres seuls deux se démarquent pour moi : L’objet de mon affection et La vérité ou presque.
    Son écriture est en effet particulièrement agréable, et c’est bien pour ça que je m’acharne à lire chacun de ses ouvrages malgré une certaine déception la plupart du temps. Moroses parfois, un peu vides souvent, j’oublie leur contenu 5 minutes après les avoir lus.
    Pour moi, la lecture de ses livres s’apparente plutôt aux plaisirs immédiats et faciles et je n’ai donc pas trouvé que celui-ci soit davantage une « erreur de parcours » que les précédents.
    De mon point de vue il écrit des livres globalement agréables mais sans éclat a posteriori, et il a deux fois eu des éclairs de génie avec les deux titres susnommés.

    :smile:

  2. Ah oui en effet c’est drôle… Et pourquoi ça? ;-) (Là je t’avoue qu’en fait Et qui va promener le chien c’est le premier que j’ai lu et mes souvenirs sont trèèèèèès flous)

  3. Moi je l’ai bien aimé ce bouquin! je me suis assez bien identifié au personnage principal (sauf pour la crise de la cinquantaine). L’écriture est simple, directe, fluide.
    Mais en même temps, c’était le premier de lui que je lisais, donc je n’ai pas eu cet effet de « déjà vu ».

  4. Si j’ai attendu que ce livre sorte en poche pour le lire, c’est que, depuis « l’art de la fugue », je suis régulièrement déçu par les écrits de cet auteur.
    Et cette fois-ci encore, je le suis.
    Ce n’est que la curiosité qui m’a fait lire ce livre, et la fin ne m’a pas surprise tant elle est fréquente dans les livres de cet auteur.
    J’en arrive même à me demander si je lirai le prochain…

  5. Bonjour, je suis tombée sur votre page suite à une recherche sur Mccauley, qui compte parmi mes auteurs favoris, et je me permets d’ajouter mon grain de sel (même si on ne m’a rien demandé).
    J’ai ressenti la même deception avec certains de ses ouvrages précédents: mode opératoire répétitif et impression que l’ironie est un cache misère (qui va promener le chien était particulièrement triste, ses personnages paraissant sans espoir d’aller mieux un jour), et je craignais d’être déçue avec celui là, mais en fait ça va.
    Je me suis rendue compte que mis à part pour son sens de la formule, je revenais à ses oeuvres parce que c’est un des rares écrivains que je suis qui a seulement 20 ans d’écart avec moi, et que l’évolution de son regard (sur la société, sur l’âge) m’interesse, un peu comme pour celui d’un ami avec qui on a beaucoup d’affinités.

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