Bon j’en parle parce que je crois que tout le monde a compris ici que « j’aimais les narvals ». J’ai reçu un monceau de messages adorables pour me prévenir qu’il y avait des narvals dans la bande-annonce de ce prochain film-documentaire sur la faune de l’Arctique.
J’ai vu cela lors d’une de mes récentes pérégrinations dans une salle sombre (non pas une backroom !) et j’ai sursauté quand j’ai reconnu mes chers petits Monodon monoceros pendant quelques secondes. Quelles superbes images ! Donc oui j’irai voir ce film, ne serait-ce que pour apercevoir ces animaux que je porte en si haute estime et dont le rostre torsadé s’auréole toujours des plus brumeux mystères de la Nature.
Voilà les quelques secondes de la bande-annonce, ralenties pour mieux profiter du mouvement et des images… n’hésitez pas à vous la passer et repasser. Cliquez pour lire la suite »
Pendant des siècles, la défense de narval a fasciné et déconcerté.
Les défenses de narvals, mesurant jusqu’à 3 mètres de long, étaient vendues comme cornes de licorne dans le passé, et souvent pour beaucoup de fois plus leurs poids en or puisqu’elle étaient censées posséder des pouvoirs magiques. Au 16ème siècle, la Reine Elizabeth reçut une défense d’une valeur de 10 000 livres – le coût d’un château. La tradition autrichienne dit que Charles Quint remboursa une grande dette nationale avec deux défenses. A Vienne, les Habsbourg en ont transformé une en un imposant sceptre sertis de diamants, rubis, saphirs et émeraudes.
Les scientifiques ont longtemps essayé d’expliquer pourquoi ce cétacé trapu qui vit dans les eaux arctiques, se nourrissant de morues et d’autres créatures qui prospèrent parmi la banquise, devait porter une si longue défense. Les théories à propos de l’usage que le narval fait de sa défense ont inclus le fait de briser la glace, de harponner des poissons, de percer des coques de navires, de transmettre du son, d’évacuer un excès de chaleur corporelle, de fouiller le fond de mer en quête de nourriture, faire la cour aux femelles, défendre les bébés narvals et établir des relations hiérarchiques dans le groupe.
Mais une équipe d’Harvard et du « National Institute of Standards and Technology » a fait une surprenante découverte : la défense, apparemment, serait un organe sensoriel d’une taille et sensibilité exceptionnelles, il s’agirait d’un des appendices les plus remarquables de la planète, et qui, d’une certaine manière, surpasse sa propre mythologie.
La découverte fut la conséquence de l’étude au microscope électronique de la matière dont est faite la défense, et de nouvelles particularités dans l’anatomie dentaire de l’animal. Le gros plan a montré que 10 millions de terminaisons nerveuses creusent un tunnel du centre de la défense à sa surface, établissant ainsi une communication avec le monde extérieur. Les scientifiques disent que les nerfs peuvent détecter de subtiles modifications de températures, pressions, concentrations et probablement plus, donnant à l’animal une acuité unique.
Comment ai-je pu oublier cela lorsque j’ai évoqué l’expo du Grand Palais sur la Mélancolie.
Car dans cette salle que j’ai évoquée, parmi les objets liés à Saturne (à un moment de l’histoire associé à la bile noire) et donc à Cronos et donc au temps, on trouvait aussi des grigris moyenâgeux tels une corne de rhinocéros ou une corne de Licorne. Il était évidemment précisé que cette dernière était en fait une défense de narval.
Donc il faut aller voir cette expo au moins pour ça. En outre, la longueur de l’objet est tout à fait impressionnante, on se demande la taille de la bestiole qui peut se balader avec une ratiche pareille ! Il devait être très troublant pour les gens de l’époque de voir cela car on voit bien que ce n’est pas un truc fabriqué, mais un véritable attribut naturel. Or comment imaginer que ce soit autre chose qu’une corne de licorne tant cela y ressemble en comparaison à l’imagerie mythique.
Oui aujourd’hui, je l’avoue. Je le dis haut et fort : j’aime les narvals !
Or, une personne que j’aimais et que j’admirais, en qui j’avais toute confiance : Oli, pour ne pas le citer, est allé au Spitzberg pendant quelques jours. Quand il m’a demandé ce qu’il pouvait me ramener du grand nord, je lui ai dit que j’aimais les narvals, et que je voulais une photo d’un narval rien que pour moi !!!! Un chouette narval avec une chouette corne !
Eh bien, voilà la carte postale que ce félon m’a envoyée :
Siiiiiiiii, je vous jure madame !! (Aaaaah non, ne jurez pas Marie-Thérèse !!!) Il m’a envoyé un vulgaire morse, et n’a même pas pu faire montre d’un peu plus d’amitié et de considération. En outre, il veut me faire croire qu’il n’a pas vu de narval au Spitzberg. Alors moi je dis : ça craint ce voyage !!!!
C’est marrant ce truc des narvals, mais ils me passionnent depuis que je suis tout môme (oui j’étais un gamin bizarre, et alors ? Huhuhu). En fait, c’est un truc avec les animaux mythiques tels les dragons ou griffons qui m’ont toujours fascinés, et le moment où j’ai réalisé que certaines bestioles bizarres, elles, étaient bien réelles. Il y a eu aussi la découverte des espèces rares ou éteintes dont on ne trouve que des fossiles (comme les dinosaures) ou bien celles dont on a une trace historique presque récente.
Mes parents m’avaient alors donné un plaisir qu’ils ne pouvaient même pas imaginer en m’offrant un livre, je devais avoir 8 ans, qui évoquait justement à la fois les animaux mythiques et d’autres bien réels. J’avais alors eu la confirmation que les dragons n’avaient jamais existé (ce qui m’a rendu très triste sur le moment) mais qu’on trouvait un curieux lézard géant, un « dragon » sur l’île de Komodo. Il y avait quelques informations passionnantes sur des espèces étranges mais assez connues comme l’ornithorynque, ce curieux animal qui est un mammifère mais pond des oeufs, drôle de syncrétisme entre canard, loutre et castor.
J’avais été aussi particulièrement intrigué par la disparition de bêtes bien stupéfiantes comme le Dodo de l’île Maurice (merveilleusement illustré dans une truculente nouvelle d’Asimov) ou bien l’Aepyornis, cette autruche géante de l’île de Madagascar qui mesurait 3 mètres de haut et pesait une demi-tonne !
Encore plus curieux, un animal que certains pensaient mythique, d’autres pensaient éteint, a été retrouvé il y a peu de temps. Il s’agissait du babiroussa, une sorte de porc sauvage au corps glabre et aux énormes défenses recourbées.
La licorne, je savais bien que ça n’était qu’un animal mythique, mais j’ignorais alors qu’il existait un animal bien réel qui possédait un attribut similaire. Le narval, un cétacé de 4 à 5 mètres de long, jusqu’à 1 tonne et demi et une défense en spirale, longue et droite comme une corne de licorne, qui peut atteindre 3 mètres de long. Le bouquin expliquait que le narval était un animal peu connu du fait de sa rareté, se son emplacement sur le globe (sous la banquise de l’Océan Arctique) et que beaucoup de gens ignoraient l’existence d’un tel animal ou le pensaient un simple mythe.
J’ai alors été pris d’un amour ineffable pour les narvals, les licornes de la mer, étranges animaux dont on ne sait finalement que peu de choses, et qui continuent à intriguer. Les premières cornes de narvals qui vinrent de Scandinavie au Moyen-Âge étaient vendues comme des cornes de licorne authentiques, ce qui a permis d’entretenir un mythe vivace jusque très tard.
A priori, seuls les mâles possèdent cette corne, mais certaines femelles en ont aussi. Les narvals n’ont que deux dents, et l’une des deux (la gauche) poussent énormément à partir de un an, jusqu’à percer la lèvre supérieure et donner une défense en ivoire torsadée et très innervée.
Pour plus d’infos (et des images) sur ces étonnants cétacés : ici c’est carrément pas mal (d’ailleurs ça mériterait presque d’être recopié pour compléter wikipédia, je le ferais si j’étais un mec bien).
Bon bah voilà, maintenant vous savez tout : j’aime les narvals.
PS: Non, on ne dit pas “un narval, des narvaux”.
Ecoutez-moi ça : c’est ti pas meugnon un narval qui dit bonjour ? Pfff, enflure d’Oli va !!! (:mrgreen:)