Devoir filial ?

Vendredi soir, je me suis rendu chez mes parents dans le 95. En fait, j’y vais de moins en moins. Jusqu’à l’année dernière, j’y allais en gros toutes les trois semaines et j’y restais tout le week-end. J’ai peu à peu réalisé que cette obligation que je m’étais faite était plus une astreinte et de moins en moins un plaisir. Tout cela à cause de l’ambiance strange qui règne à la maison, de mon frère qui me fait halluciner de par son incommunicabilité avec mes parents, et mon père qui redouble de schizophrénie (quel fantastique jeu de mots, même pas exprès !), ma mère qui vieillit et se fige dans un immobilisme qui m’attriste beaucoup. J’ai eu d’autres habitudes. Plus de mouvements, de dynamisme, toujours des choses à faire le week-end, des gens à voir, des conversations excellentes avec mes parents, beaucoup de rires !

Et aujourd’hui, je viens et passe deux jours à regarder la télé, puis repars. J’ai un peu laissé tomber la lutte. Ces derniers mois, je n’essaie plus de leur faire entendre raison. Je ne réagis plus à leur vindicte contre Pierre, Paul ou Jacques. Je ne tente plus de les convaincre de mieux analyser la situation, de se remettre en question, d’être plus réfléchi et consensuel, moins braqué. La joute est vaine, alors je ferme ma gueule. Mais du coup, j’en bave en silence, et conséquemment, j’espace mes visites.

Je me souviens avec nostalgie de ces conversations où leur clairvoyance m’épatait, où je savais que j’étais en train de parler avec des adultes qui m’écouteraient, et me considéraient doté d’une réflexion pas moins valide que la leur. Je leur faisais partager mes folies, mes lubies, je les emmenais écouter Philip Glass ou voir une sombre expo expressionniste à Pontoise, et de cette écoute active à mon égard, je n’en étais que plus attentif à eux. Aujourd’hui, c’est vraiment pour faire plaisir que je viens, et un peu par devoir. Ma mère ne veut jamais venir sur Paris, ni vraiment bouger le week-end. Quand je propose un truc, on en est toujours rendu aux calendes grecques. Et nos conversations sont devenus stériles. Je n’ose plus la contredire sinon elle le prend mal, et fait même la gueule. On ne se parle plus comme avant, avec notre coeur, à présent on le fait avec nos conventions et notre putain de protocole mutique.

Je sais que c’est un peu l’apanage de la cinquantaine. Je comprends qu’elle soit frustrée et mal dans sa peau vue la situation. Se séparer après 30 ans, c’est un peu faire un bilan mitigée de sa vie, mais ce revirement n’arrange pas les choses. Du coup, je ne sais pas si je dois péter un plomb ou pas. Si je dois leur parler, leur sonner les cloches ou fermer ma bouche. Je reste, pour le moment, égoïste et replié sur mon environnement, mais même cela, elle ne le comprend pas. Elle m’a fait la gueule quand je lui ai dit que je repartais samedi après-midi. Je lui ai dit que tous les fils de 27 ans ne passaient certainement pas obligatoirement deux nuits chez leurs parents, mais elle a simplement dit « de toute façon, que tu sois là ou pas, ça ne change rien ». Alors qu’évidemment, elle voulait dire exactement le contraire. Auparavant, elle m’aurait dit sincèrement et franchement qu’elle comprenait que j’avais des choses à faire chez moi, mais que c’était dommage car elle avait envie de me voir. Et j’ai bien souvent annulé des choses pour passer des soirées avec mes parents. Plus aujourd’hui.

17 Commentaires

  1. gulp.
    Quelle phrase assassine: que tu sois là ou pas ça ne change rien.
    C’était probablement une façon d’exprimer l’incapacité à retrouver les petits bonheurs d’un passé insouciant, et l’impatience à en confectionner d’autres.
    C’est la vanne typique des gens amers, et meurtris, qui ont envie de gratter furieusement là où ça fait mal.
    C’est parce que c’est encore trop tôt, mais se séparer après trente ans ne signifie pas qu’on a râté les trois décennies qui précèdent. Chacun d’entre vous savent qu’elles ont été gorgées de beaux instants, de vérités énivrantes, d’éclats de rire et de secrets à l’oreille.
    Il ne faut surtout pas les renier (mais en même temps ne pas les renier pourrait laisser croire que la séparation n’a pas d’intérêt, c’est compliqué, ça n’est jamais simple)
    Tu m’as l’air le plus lucide d’entre tous. Et en cela je crois que tu as raison de sembler vouloir prendre un peu de large. Les plaies me semblent encore un peu trop vives. Fais simplement, si je puis suggérer un conseil, à ce que plus tard ils se rendent compte que tu as toujours été près d’eux malgré les apparences, et les nouvelles habitudes.

  2. Difficile d’affronter ses parents, hein ?
    Moi, ma mère me fait « la gueule » parce que je ne viens pas souvent (environ tous les deux mois) – on oublie mon père qui se passerait bien de ma présence.
    Jusqu’à il y a peu, je l’avais tous les jours au téléphone…
    Mais c’est vrai, qu’au delà des « problèmes » qu’ils rencontrent actuellement, on ne peut pas retrouver ses parents d’il y a 10 ans, ils ont autant évolué que toi. Ils sont presque redevenu un couple plutôt que père et mère de famille ; le fait que tu sois émancipé depuis quelques temps, que tu vives en couple, etc. te rends presqu’étranger par rapport au fils qu’ils ont connu et par effet miroir, tu les trouves différents…
    Je dis ça, parce que c’est ce que j’ai vécu !

  3. Je me demande si, après avoir appris à leurs enfants à vivre leur vie, les parents ne devraient pas, à leur tour, apprendre à vivre la leur … Après tout, un cordon ombilical a deux extrémités. Mes parents ressemblent aux vôtres. Elever quelqu’un, n’est-ce pas le libérer? Elevons nos parents.

  4. c’est dur .. je suis sur le point de partir de chez moi et deja la relation avec ma mere n’est plus comme « avant ».
    On ne se connait pas mais si tu aimes tes parents: dit leur.

  5. Pareio ke kiddik, j’ai eu droit a psychodrame kan j’ai annoncé à ma mère ke je partais de l’alsace pour venir m’installer à Strasbourg.
    En faite, les parents redoutent de voire partir leur enfants car ils ont oublié comment vivre sans eux

  6. les parents ont le droit de changer. je comprends que ça fasse mal ou bizarre de les voir devenir différents, surtout quand c’était fantastique ou juste bien jusque là.

    Mais ils ont le droit de devenir ce qu’ils veulent, y compris des vieux cons (je parle des miens, là, même si je les adore, du coup on se voit 2 x / an).

    Le seul souci serait une espèce de ré-infantilisation psycho-pathologique. Ce que je comprends de ton texte, Matoo, c’est que ça te fait du mal à toi, à eux aussi bien sur, qui finalement ne font que vivre leur séparation comme ils peuvent / veulent.

    Mais ton texte est aussi un beau texte d’amour filial.

  7. L’humain est le seul mammifère qui met ses petits au monde sans avoir apparemment conscience qu’ils devront tôt ou tard devenir des êtres à part entière, indépendants… Qui a dit que « l’homme est un animal inférieur ? »

  8. Pas glop tout ça…
    J’avais 24 ans lorsque mes parents ont connu une séparation définitive et non voulue. Aujourd’hui, après une période sans vigueur, ma maman a retrouvé son rythme de vie incroyablement actif pour ses 58 ans, son meilleur moteur étant l’amour… de ses enfants, de son nouvel ami, de ses petits enfants, etc…
    Si j’ai un conseil à te donner, c’est bien de partager l’amour que tu as pour tes parents pour leur insuffler la joie de vivre. Ils t’ont donné la vie, c’est peut être ta chance de les remercier avant d’avoir des regrets tardifs et inutiles.
    Une rupture positive dans le train-train est sans doute la meilleure chose qui puisse arriver à ce moment.
    Si tu as la place, elle, le temps, et M. l’envie, essaie d’inviter ta maman chez toi en semaine pour la sortir et changer d’horizon.

  9. un peu tristounet cette histoire ouinnn :-(

    je crois qu’il y a un moment où il faut inverser les choses

    les parents sont vigilants auprès de leurs enfants lorskils sont petiots, afin qu’ils ne se gâtent pas , et de cete vigilance les petiots leurs sont reconaissants plus tard

    les grands enfants doive,t une fois devenus adultes et matures ce qu’on est largement à 27ans , etre vigilants auprès de leurs darons afin qu’ils ne déperissent pas et que la sénilité (mélange de vieillerie et d’infantilisme) ne les emporte pas précocement

    nourris les de ta frâicheur juvénile et de ta maturité virile (lol)

    invite les à des trucs vivants, tiens leur des discours révolutionnaires, ravice la flamme critique en eux

    bref

    soit un homme à ton tour

  10. salut,
    ton histoire me rappelle un peu celle que j’ai vécue pendant mon adolescence- incommunicabilité- quel vilain mot mais si reel et pesant- Si ta mere n’est plus heureuse avec ton père alors qu’elle tente une séparation – c’est une étape difficile à vivre pour les parents mais aussi pour les enfants meme eloignés !!
    sinon qu’elle reste dans son mutisme… c’est leur vie de couple.
    @+

  11. Nan mais ça, la séparation c’est entériné depuis des lustres, et ça ne pose pas de problèmes à grand monde (mes parents gagnent chacun leur vie et mon frère et moi nous sommes aussi indépendants).

    Je suis plus inquiet sur une modification de comportement qui m’apparait comme inexorable, et me navre, même si je ne m’autorise pas à juger autrui ou à donner des lignes de conduites à mes parents.

  12. Je crois que 50 ans est une étape assez particulière dans la vie, or tes parents semblent traverser plusieurs changements à la fois, ce n’est pas nécéssairement évident. Même si ça leur/te paraît difficile pour le moment, et même si ça crée un vide pendant quelques mois/années, ils vont bien finir par se créer une nouvelle vie, et là il faut espèrer qu’ils rechangeront en bien… Je connais des gens pour qui ça s’est passé comme ça en tout cas, et comme tu sembles dire que vous aviez de bonnes relations avant, j’ai espoir que vous en ayez à nouveau plus tard ;)

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