Le Festin de Babette

Pour qui aime un petit peu le cinéma, il est un exercice impossible : celui de dire quel est le film à mettre sur la première marche du podium. Vraiment s’il ne devait en rester qu’un quel serait-il ? Eh bien, autant j’aurais du mal pour sélectionner les suivants, autant je donne les lauriers au « Festin de Babette » sans ciller. (Je suis en train de bûcher sur mon « Panthéon des films » d’ailleurs.)

Jusque là, je ne l’avais qu’en VHS, et puis je l’ai récemment trouvé en DVD pour un prix modique. Il s’agit d’un film danois de Gabriel Axel qui date de 1987, et qui a obtenu l’Oscar du meilleur film étranger en 1988. Ce réalisateur a d’ailleurs partagé sa carrière entre la France et le Danemark, ce qui explique que l’intrigue du film soit si intimement liée à notre pays (même s’il s’agit d’une nouvelle de Karen Blixen, auteur d’« Out of Africa »).

Tout commence en 1871 par la fuite d’une française, Babette Hersant (Stéphane Audran), qui craint les communards qui ont déjà tué son fils et son mari. Elle se réfugie chez deux soeurs dans un village perdu de la côte du Jutland au Danemark. Le film commence par raconter les destins particuliers de ces deux soeurs qui sont les filles d’un pasteur d’une communauté religieuse protestante danoise. Ce dernier était un homme très strict, et surtout un égoïste qui voulait garder ses filles pour lui. Elles étaient très belles, et firent chacune des rencontres amoureuses qui se soldèrent par des échecs. D’abord ce fut un jeune officier en visite, Lorenz Lowenhielm, qui tomba amoureux de Martina, avant d’y renoncer comprenant que son père ne céderait jamais. Et puis plus singulier, un chanteur lyrique parisien, Achille Papin, en séjour dans ce village paumé pour se reposer, écouta Philippa chanter à l’église. Il lui donna des cours de chant, et en tomba amoureux. Rapidement éconduit par le pasteur, il retourna en France.

Des années plus tard, alors que le pasteur est mort, et que les deux soeurs sont âgées et vieilles filles, elles recueillent Babette qui est envoyée par Achille Papin. Babette devient leur bonne, et surtout leur cuisinière. Après quatorze années à leur service, Babette gagne le gros lot à la loterie, et avec les dix milles francs qu’elle gagne, elle ne requiert qu’une faveur. Elle demande aux soeurs d’organiser un dîner pour le centenaire de la mort du pasteur, que les soeurs comptaient donner aux membres de leur congrégation (de plus en plus en discorde). Martina et Philippa acceptent, et voilà que Babette prépare un festin des plus étranges et merveilleux.

Ce film est un bijou, un bijou universel et intemporel, une fabuleuse histoire narrée à la perfection. La poésie est dans toutes les images, les péripéties, les visages et les dialogues. On y trouve de la comédie, du pathos, de la philosophie, du drame et de l’action. Les regards, les gestes, les attitudes, les paysages, les mouvements de caméra excellent à mettre en place cette curieuse et inattendue intrigue. Il s’agit à la fois d’une histoire banale et aussi d’une originalité extraordinaire. Et voilà la France qui débarque avec ce qu’elle a de plus unique et fabuleux dans un coin perdu du Danemark. Le film est tout en subtilité et en délicates touches de sentiments, de frustrations, de bouts de destinée, de spiritualité et d’ironie du sort.

On ressort de cet étrange film comme apaisé, avec le sourire et en même temps un je ne sais quoi de mélancolie. C’est une fable ou un conte, une histoire improbable à laquelle on adhère immédiatement, et qui ne peut laisser de marbre. Un tel assemblage de talents (comédiens, réalisation, scénario, dialogues) ne peut décemment pas rester dans l’ombre. Je crie au chef-d’oeuvre !

Il faut le voir ! Il le faut, c’est vital !!

Le Festin de Babette

24 Commentaires

  1. J’adore ce film. Je suis surpris que tu le cites et en parle aussi bien… j’avais l’impression de l’avoir rêvé celui là.
    (Je précise : je ne suis pas surpris que tu écrives aussi bien… sinon je ne viendrais pas :gene:)

  2. Et surtout, il y a Stéphane Audran, qui est… je préfère m’abstenir de tout qualificatif, ce serait réducteur, forcément réducteur :love:

  3. C’est incroyable comme le monde est petit. J’ai aussi trouvé par hasard ce DVD la semaine dernière. C’est un peu comme une petite madeleine, ce film m’ayant enthousiasmé lors de sa sortie (ce qui déjà en dit beaucoupo trop sur mon âge). Je l’ai revu avec autant de plaisir (Ah, organiser un dîner de 10 000 Frs or, avec un potage à la tortue !!!).

  4. Oui, il y a Stéphane Audran, actrice Chabrolienne inoubliable (Le boucher, la femme infidèle, les biches, Les noces rouges, La rupture, les bonnes femmes, Violette Niozère…) dont le festin de Babette demeure être son avant dernier grand rôle avant Betty de Chabrol, autre film de mon panthéon à moi !

  5. le plus dificile dans la caille en sarcophage,c’est de desosser la caille peut etre aussi de trouver de la truffe fraiche.
    ma recette( pour un soir de st valentin par exemple) 2vol au vent acommander chez sonbulanger,2 cailles videes desosses,(le vollailler peut te lefaire)une petite truffe(tuber melanosporum)15grammes environs et un petit morceau de foie gras.Farcir la cailles avec unenoix de foie gras mettreune lamelle de truffe de chaques cotes sel poivrepuis mettre la caille ainsi farcis dans le vol au vent puis dans uu four a 180°c 10mn environs.
    mettre le reste de la truffe dans untupperware avec des oeufs tres frais pour se faire des oeufs ala coque le lendemain.deux plats delicieux même si la truffe n’est pas donné!

  6. “Les cailles en sarcophage »… Que de souvenirs là tout d’un coup. J’étais minot quand je l’ai vu, à l’époque où je me gavais de deux VHS par jour. Le repli sur soi de l’adolescence a parfois du bon… :book:

  7. Oui bien d’accord avec toi, mais il y a aussi les autres dont la thématique principale est le festin. Quelques réalisateurs s’y sont collés et pour ne citer que mes préférés il faut se souvenir  » des gens de Dublin » sur le repas de Noël et du « déclin de l’empire américain  » sur le repas entre amis. Sans oublier « la grande bouffe », bien entendu… Je trouve ces trois films sublimes…

  8. Là,(comme souvent) j’applaudis.
    Pour moi aussi, ce film est un pur chef-d’oeuvre !
    Et je ne me lasse pas de le regarder…
    Les gros plans sur les visages fermés qui, peu à peu, s’ouvrent à la vie, sont de pures merveilles.
    Merci d’avoir évoqué ce film que je mets aussi parmi les plus beaux, les plus réussis, de l’histoire du cinéma.
    De plus, si on lit la nouvelle de Karen Blixen, on n’est pas déçu par l’adaptation cinéma. Chose rare pour être soulignée !

  9. Pour rebondir sur le propos de Ben, c’est un film qui donne envi de lire K. BLIXEN. En tout cas, pour moi, il m’a permis de découvrir un de mes écrivains préférés (Ah, les « Lettres d’afriques » !)

  10. C’est aussi, à mon avis, LE plus beau film qu’il m’a été donné de voir. Et c’est avec précipitation que je l’ai acheté en DVD voici quelques mois. mais attention, c’est un film à voir uniquement repu, sinon, votre salive fera de vilaines taches sur t-shirt, et votre frigo vous semblera bien triste… ;-)

  11. Bien d’accord avec vous; je l’ai découvert cet année, par hasard sur Arte. J’ai été éblouie. Savez-vous si le réalisateur (son prénom est-peut-être un indice) a goûté aux deux cultures (la protestante-puritaine et rigoriste et la catholique quasi..hédoniste et sensuelle par contrecoup) pour en avoir aussi bien saisi les ressorts profonds, historiquement du moins, et nous les servir avec autant de raffinement. Je ne sais plus quel sociologue (Poulain?) a écrit sur les différentes conceptions des arts de la table entre cultures historiquement protestante et catholique. La tortue et les cailles vivantes , par exemple, tout un symbole… Ce film est pour moi une magnifique leçon d’hédonisme, un ‘hymne’ à la jouissance de l’instant, à la dépense, la prodigalité modulées par le raffinement, l’art…

  12. Quel plaisir de te lire, ce film tient aussi la première place dans mon panthéon du 7ème Art et quelle joie de l’avoir trouvé en DVD car la cassette commençait à rendre l’âme (bon c’est vrai il faut prévoir un frigo bien rempli quand on prévoit de revoir le film de Gabriel Axel.

  13. Une merveille s’il en est. L’éloge du don de soi ultime. Une parabole quasi biblique. Je ne me lasse pas de le regarder, me le remmémorer. Cinématographiquement parlant c’est une prefection de l’image, du jeu, décors, costumes (Lagefeld pour Stéphane Audran magistrale). l’amour, la sincérité, la bonté, la simplicité, l’évidence… Nous avons des livres de chevet, j’ai aussi un film de chevet. Je le déguste, le découvre à chaque fois. Je le recommande à tous. Un ami ne voulais pas le voir « une bonne femme qui fait la cuisine à quoi bon…! » je l’ai presque forcé. Il m’est revenu des larmes dans les yeux, bouleversé, heureux et m’en parle souvent. Un film, une histoire que l’on garde comme une pièce d’or dans son coeur.

  14. Je n’appelle pas ça un panthéon mais un top five comme dans high low de Frears mais à te lire, je me sens l’envie indéfectible de trouver ce film au plus vite que, honte, je ne connais pas encore…
    Je reviendrai tiens.

  15. Depuis le temps qu’on m’en parle de ce film et que, toi, Matoo, en chantes les louanges… J’ai trouvé le DVD il y a environ trois mois mais je n’avais pas eu l’occasion de le regarder encore. Ce fut chose faite lundi soir, un peu par hasard. Nous sommes ressortis bouleversés et je n’arrête pas de penser à ce film.
    Par rapport à tous les commentaires ici postés, j’ajouterais que le rôle des deux soeurs est très intéressant et complètement à l’opposé de Babette. Babette leur montre sa gratitude (et se fait plaisir également) en organisant le festin. En revanche, elles, depuis le début, la font manger seule à la cuisine et profitent de son savoir faire pour administrer leurs revenus. En 14 ans, elles semblent n’avoir jamais remis en question leur comportement envers Babette alors que celle-ci a introduit des changements importants dans leur vie (cuisine plus saine et appétissante, économies, etc.). Le « Mais tu resteras donc pauvre tout le reste de ta vie! » final fait un peu froid dans le dos. Ce film tire donc à boulets rouges sur la morale religieuse, complètement contredite par les attitudes et les actions des membres de la congrégation (égoïsme incroyable du père, hypocrisie genre « ok on va à ce repas démoniaque mais on fera comme si de rien n’était »).
    Bravo au réalisateur et à toute l’équipe.

  16. J’ai vu ce film à sa sortie et ai été complétement boulversé. Je m’en rappelle encore très vivement et je ne l’ai jamais revu. J’aimerais également relever que cette perle doit être vue en VO. En effet, comment doubler les scènes de Babette apprenant le danois mot après mot et faisant des progrès durant ces 14 années au service de la comunauté (pas seulement des soeur – repas pour les pauvres…) De plus, le danois pour un francophone sonne aussi arride que l’atmosphère pesante de ce village engoncé dans des principes luthériens rigides à outrance. Ainsi, la VO donne une dimention supplémentaire aux cadres émontonnel et esthétique de cette oeuvre discrète mais essentielle au Cinéma (avec un grand C).
    En quelques mots: la perfection peut tirer des leçons d’un chef d’oeuvre tel que celui-ci.

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