Les Contes de Terremer

J’avais envie de voir ce que pouvait donner cet opus du fils de Hayao Miyazaki. Et comme la réalisation de cet anime est toujours confié au Studio Ghibli, on n’est pas vraiment dépaysé. On retrouve la stupéfiante beauté des décors, la musique et la poésie des images du père de Goro Miyazaki. Mais l’auteur se démarque là par de sensibles différences dans le traitement de l’histoire, les personnages et un « ton » un peu plus « adulte » et fantastique.

Le jeune prince Arren s’enfuit de son royaume après avoir assassiné son père, et subtilisé son sabre, sur un étrange coup de folie. Il fait la rencontre inopiné d’Epervier, un puissant sorcier, qu’il accompagne dans un périple sans but précis. Arren défend une jeune fille, Therru, et il la retrouve plus tard chez une amie d’Epervier. En fait, le monde souffre d’un déséquilibre qui risque de le détruire. Ainsi la magie recule, la peur et l’angoisse s’installent, des maladies surgissent, et des sbires à la solde d’une mystérieuse sorcière organisent un trafic d’esclaves.

Je résume ce que j’ai compris, car le scénario est très complexe, et parfois un peu opaque. On sent que beaucoup de choses ont été résumées au mieux (l’histoire est issue d’un cycle de Fantasy américain), mais que certaines paraboles restent des mystères insondables pour le spectateur lambda. Malgré tout j’ai été enchanté par l’univers décrit, et surtout par ce style inimitable et fascinant qui est développé par le Studio Ghibli. On retrouve ce mélange surprenant entre dédale urbain et nature luxuriante, importance essentielle des éléments, imagerie hybride entre traditions nippones (les dragons, dire son Vrai Nom etc.) et univers complètement médiéval. Et même la surprise des noms des héros dont on se demande la raison de l’origine francophone des patronymes : Arren/Air et Therru/Terre ?

Tout de même, je reproche beaucoup de longueurs, et quelques moments un peu trop verbeux et obscurs. Cela finit par entamer la curiosité première et la montée en puissance de l’intrigue. A force de trop vouloir en dire et de mélanger les histoires, on se demande bien ce qui va se passer, et on arrive un rien déçu par la conclusion. Car je suis habitué et j’aime malgré tout les côtés contemplatifs de ces animes. Une des différences avec les autres Miyazaki réside aussi dans un ton beaucoup plus SF pour moi, et beaucoup plus noir et effrayant. On n’est moins dans les codes traditionnels d’esprits, de revenants et de monstres qui ne sont jamais vraiment « mauvais », même s’ils sont maléfiques. Là on a affaire à une sacrée méchante, waaaaah sa mère, comment elle est flippante la meuf !*

Je reste grand fan de ces productions japonaises qui ont le mérite de pousser à son paroxysme l’imagination et la création, tout en fournissant des personnages complexes et intéressants. Là on a droit à un Arren qui nous expose sa schizophrénie pendant deux heures, et qui conclut le film par une bonne catharsis.

Le film souffre tout de même de pas mal de maladresses, mais pour une première oeuvre cela donne beaucoup d’espoir pour la suite. C’est certes un peu longuet et cryptique à certains moments, mais c’est un très beau long-métrage. Je ne me lasse pas de ces visions de métropoles aussi médiévales que modernes, de ces inventions sorties d’une imagination débordante, de ces décors magnifiques, de ces symboles japonais qu’on commence à appréhender et de ces récits de magie, d’espoir et d’amour.

Les Contes de Terremer

*Edit : Sa mère, sa race, elle est tellement flippante la sorcière que c’est un sorcier !!! Merci à mes aimables commentateurs de m’avoir éclairé. ;-) J’étais aussi assez surpris des erreurs de genre pour les sous-titres, mais vraiment vraiment c’est difficile de la prendre pour un sorcier. Ah là là, il est tellement DEF lui aussi !! (voir le post suivant pour la définition).

19 Commentaires

  1. Dépucelage de com’ :o))

    Voilà ça fait un moment que je te lis, et je tenais à te dire que plus je parcours et plus je suis fan…
    Voilà c’est dit, au revoir et à bientôt… ;o)

  2. J’hésite vraiment à aller le voir… cependant j’ai adoré la série de livres Terremer d’Ursula LeGuin, et peut-être que ce dessin animé sera plus passionnant pour ceux qui connaissent déjà le monde de Terremer ?

  3. Un petit commentaire pour préciser que le personnage qui t’a fait si peur, Aracnéide, a une apparence féminine, mais c’est UN sorcier, à l’apparence féminine certes… Un personnage effectivement très très mauvais comme on en voit peu chez ghibli…

  4. C’est vrai qu’il est mauvais ce sorcier. Cela dit, comme Matoo, j’ai d’abord pensé à une femme, me disant qu’il y avait peut être une erreur de traduction… Mais j’ai du me résigner, c’est bien un homme-sorcière

  5. Quel plaisir de te découvrir fan de la Totoro’s Team ! Je ne savais pas ! Quel plaisir, quel plaisir ! Pour ma part, j’avoue avoir donner un gros point bien négatif à cette animation « nouvelle génération » : scénario bien trop complexe ! Heureusement que je suis allé le voir accompagné sinon je n’aurais pas compris le fin mot de l’histoire que mon pote m’a expliqué ! Une version très adulte d’un univers habituellement plus symbolique, plus mythologique, plus symbolique de l’univers Ghiblien que je venère a genou ! Une version peut-être trop adulte, trop complexe ! Comme cette tendance de certains a vouloir expliquer certains rêves alors que certains rêves sont beaux car ils restent inexpliqués … :redface:

  6. Je confirme : la sorcière est bien UN sorcier à l’allure et la voix féminines. Ayant lu le cycle de Terremer d’Ursula Le Guin, j’avais doublement peur : première oeuvre de Goro et adaptation d’un très bon roman. J’ai été agréablement surpris par l’adaptation. Les personnages et l’ambiance du monde de terremer sont bien retranscrits (même s’il manque un peu de passages en mer).
    Par contre, je ne me rappelle pas de ce personnage de « grand méchant » qui m’a un peu déçu, comme certains passages du film.
    Néanmoins, ça reste quand même une hymne à la vie d’une grande intensité et rien que pour ça, il vaut le coup d’être vu.

  7. Si je ne me trompe pas, il y a une version televisée qui avait été proposée sur m6 aussi, en plusieurs partie.. je me trompe peut etre mais tout ces noms me sont vaguemnt familier, ainsi que le synopsis.. so…:book:

  8. C’était un sorcier alors… dingueuuuu ! Merciiii ! :mrgreen:
    Jarod_> Ca te saoule d’avoir à chaque fois des avatars de 300 pixels de large dans les commentaires ??? MOuahahaah. :langue: :love:

  9. Matoo > Ah ! Bah je pensais que y’avait que moi qui le voyait gros… genre il sait que c’est moi et m’affiche en gros pour que je me vois …. Mais pourquoi mon avatar est aussi gros ?? :eek:

  10. Fan des productions du studio Ghibli, je suis globalement de ton avis, c’est encourageant malgré quelques maladresses… Ce n’est pas vraiment que le scénario est complexe, c’est qu’il y a plein de pistes qui ne sont jamais explorées, si bien qu’on reste sur sa faim, J’aurais par ex voulu en savoir plus sur Therru et Epervier.
    En revanche, j’ai aimé les personnages noirs : Arren qui flirte avec le suicide est un héros atypique chez Miyazaki père, et j’aime ce côté sombre, ça change.
    :-)

    Avec un peu plus d’expérience, je crois que Goro a les capacités de nous livrer de bons anime.

  11. Et personne n’a d’idée pour le côté français de Arren/Air et Therru/Terre ?? C’est délibéré ??

    Jarod_> Bah je sais pas, mystère, mais c’est plutôt marrant !!! :mrgreen:

  12. sisi j’ai plus qu’une idée en fait…

    la consonnance latine est totalement involontaire, puisque c’est dit dans le film pour Arren : nom qui signifie épée et dans le livre pour Therru : nom qui signifie flamboyant. (dans les dilectes inventés par l’auteur)

  13. Oui, il existe bien une version en téléfilm avec l’acteur qui joue Iceberg dans X-men et celle qui joue Lana Lang dans Smallville (je me rappelle plus leur nom :gene:). Mais ce téléflm est adapté des 2 premiers romans du cycle, « le sorcier de Terremer » (pas fidèle au bouquin mais le thème est bien retranscrit) et « les tombeaux d’Atuan » (là, ça n’a carrément rien à voir avec le livre).
    Ce téléfilm était une très mauvaise adaptation.

  14. (c’est pas le même Jarod_ que celui à la grande photo, hein)

    > Asbel : je n’ai pas du tout la même interprétation que toi, je n’ai pas trouvé trace d’homophobie dans ce film. Ainsi, la transmission de l’épée (ou plutôt, son vol) = résolution oedipienne classique (meurtre du père, vol du phallus, mais celui-ci ne fonctionne pas, jusqu’au « pour la vie » final, qui est la revendication de Arren en tant que personne « entière », cad acceptant qui il est – il ne fuit plus -, ayant la volonté de vivre – il fait une promesse pour le futur – et dès lors capable d’acquérir le phallus). Ca n’a rien à voir avec un discours normatif sur ce que doit être la vie, et encore moins sur une quelconque forme d’homophobie.
    Ou alors, il faut y noter une incitation à la zoophilie, aussi, non (cf. la fin) ? :petard:

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