Chérichou au pays des Matoox

Il y a quelques semaines, j’ai emmené mon chérichou en famille. Et pas le petit truc de base, non, non, mais carrément la grosse fête familiale, le genre d’événement annuel qui rassemble tout le monde, et qui a déjà nourri quelques posts savoureux et familiaux (malheureusement mis hors ligne pour cause de référencement trop opiniâtre). Il s’agissait de l’anniversaire d’une de mes tantes, la maman de mes cousines-frangines. Ces dernières étant ainsi nommées car ma mère est la soeur de leur père, et parallèlement mon père est le frère de leur maman. Ce sont des doubles-cousines quoi, comme des soeurs (d’un point de vue patrimoine génétique), et certainement parmi les femmes les plus importantes de ma vie.

Même si j’ai la famille la plus tarée et dysfonctionnelle de l’univers connu, et j’en ai déjà fourni quelques exemples saillants, j’ai aussi la chance d’avoir la famille la plus accueillante et adorable à ses heures. Aussi je ne tremblais pas le moins du monde à l’idée qu’A. vienne à cette réunion familiale. Déjà parce que vraiment ce sont des gens gentils et adorables, mais surtout parce que l’arrivée d’une nouvelle pièce rapportée suffit pour qu’ils aient un comportement exemplaire. Et je dis « ils » mais je me suis surpris à fonctionner exactement de la même manière. Lorsqu’une personne est en visite dans la famille, je suis particulièrement agréable et cool avec, juste pour faire plaisir à celui qui a invité, et pour qu’on ait une super image. Hu hu hu.

C’est vrai que je n’avais pas pensé aux chansons à table… Et il était trop tard pour brieffer A., il a entendu d’un seul coup tout le monde entonner la chansonnette et faire les gestes rituels (moi inclus, hey c’est ma tribu tout de même), et sans se dégonfler il a fait comme les autres. Sacré chérichou ! Il y a aussi le fait que ma famille adooooore danser, donc à chaque occasion, la chaîne crie tout ce qu’elle peut de tubes plus ou moins de bons goûts, et tout le monde guinche, rigole, palabre.

Du coup, je pense qu’on a bien assuré. Mes cousines l’ont adoré, et ont été papoter avec, mes oncles et tantes, cousins m’ont tous dit qu’ils étaient ravis de le connaître, et que c’était un garçon très gentil et poli (huhu). D’ailleurs chérichou était très content de la soirée, et je crois assez épaté de découvrir de tels us. En apparence, j’ai une famille vraiment chouette, mais ça je le savais déjà. Et je peux facilement faire l’impasse sur les non-dits pour passer une bonne soirée. Le fait qu’il soit là a permis aussi d’encore plus hydrater les couches supérieures de l’épiderme, et de littéralement conserver bonne figure. (Mais A. savait déjà tout de mes récits de famille, et n’est largement pas dupe non plus.)

Il n’en reste pas moins que les souffrances sont là, les « histoires » aussi, et que je n’oublie jamais les absents, les morts ou les blessés, dont la plupart n’ont et n’auront jamais conscience de cet état de fait. C’est aussi pour cela que je suis tellement fan de mon cousin Eric.

Il est l’un des seuls à avoir cherché un peu plus loin, à avoir pris conscience de son héritage, de son éducation, et un peu (mais pas assez je pense) de son libre-arbitre. Sans avoir été bien loin dans les études, il est intelligent et très fin, et puis merde il est sexy à mourir ce con. Nous avons encore pas mal discuté de notre famille, et de nos cousins notamment, mais aussi de nous.

Il y a deux choses qui sont très marquantes pour moi dans son discours. La première c’est de réaliser que sa lucidité et sa clair-voyance sont étrangement un des facteurs majeurs de sa souffrance. S’il était le con banlieusard sans éducation de base, il aurait certainement moins « conscience » et serait peut-être plus heureux. Enfin à mon avis, ce serait aussi le pire des psychopathes, mais bon difficile de savoir ce qui serait le mieux.

La seconde chose, c’est un constat que j’ai depuis longtemps à son égard. Il est tellement tellement en colère, depuis des années il est furibard en deux secondes, et n’arrive pas à s’exprimer plus de trois minutes sans s’énerver tout seul. Quiconque lui parle un quart d’heure peut sentir tout cet affect qui monte, toute cette ire qui se concentre sans jamais s’évacuer. C’est ce qui est le plus triste et le plus incompréhensible pour moi. Comment un garçon qui prend conscience, qui comprend une partie des tenants et aboutissants, qui verbalise aussi bien et simplement ses névroses, qui a réussi à finalement poser une partie de ses problèmes, peut-il continuer dans ce même schéma de souffrance ? Je me dis que tout ces efforts sur lui-même devraient au moins désamorcer quelques processus douloureux ou quelques circuits coléreux.

Je lui expliquai cela, en lui racontant que lorsque j’ai pris conscience d’un certain nombre de choses, l’effet le plus bénéfique a été une libération, une émancipation, la joie de se sentir délié d’un carcan, d’une machine infernale, d’un chemin balisé qui mène aux plus funestes contrées. Et j’aimerais tant le sentir un peu plus « cool », un peu plus en accord avec lui-même (parce que j’ai la sensation que c’est un putain de mec bien !).

En échangeant, nous en sommes aussi venus à cette extraordinaire conclusion (que j’ai déjà exprimée sous des formes diverses et variées) : j’ai eu de la chance d’être pédé, ou bien de n’être que pédé. C’est-à-dire que cela m’a permis de me concentrer sur ce « handicap » (social, moral, physique etc.), et d’évacuer tout le reste jusqu’à ce que je sois en âge et en « conscience » de faire face à mon héritage psychologique. C’est malheureusement bien plus compliqué pour mon cousin. Je ne vais pas là minimiser mon parcours, ou bien même établir une gradation dans la souffrance, car il y a tellement de jeunes gens qui ne s’en sortent pas, qui se suicident, ou qui se brûlent les ailes. Et j’avais tout le potentiel pour cela.

Et pendant ce temps-là, une banale et bien sympathique fête de famille se déroulait dans la plus grande euphorie et joviale atmosphère. Tous ensemble, pour le meilleur et pour le pire.

11 Commentaires

  1. Les cousins-frangins, j’ai exactement la même chose dans ma famille (en plus ils sont le même nombre d’enfants, le même ordre de naissance par rapport au sexe et bien sûr le même age que nous…..à croire que les parents s’amusent.)

    bref….tu sembles avoir une famille excellente, qui ressemble beaucoup à la mienne (sauf peut-être pour les chansons….) et tu as beaucoup de chance de pouvoir y emmener ton chérichou. Moi-même si j’en avais un, je ne sais pas si j’oserai…

    Bref, tes mots sont excellents, comme tous les autres.

    Au plaisir.

  2. Je peux t’éclairer sur la lucidité de ton cousin, je réfléchis depuis un certain temps à poster là-dessus (la lucidité hein, pas ton cousin). Je pense qu’une trop grande lucidité entraîne avec elle une forme de fatalisme et rend la tâche à accomplir pour se libérer tellement énorme qu’elle rend impuissant (sans connotation sexuelle). A trop voir les choses telles qu’elle sont, on ne voit que les paradoxes et l’absurdité du monde et l’on se retrouve à faire face à la vanité de l’existence, affligeante et décourageante. Le seul moyen de se libérer est de faire fi de tout les règles et conventions édictées par notre société, pour être soi à 100%. Se voiler la face permet de se contenter de ce que l’on a. La lucidité brise en morceau cette illusion et piétine les aspirations. Elle entraîne la procrastination et une colère avant tout dirigée contre soi-même en raison de sa propre inaction à se détacher de ses chaînes. Car la libération sous-entend la destruction des mirages que l’on a construit et la marginalisation de l’être libéré devenu incompréhensible pour les autres. (Je suis dans une période très « L’Etranger » de Camus, il ne faut pas prendre tout ce que je dit totalement au sérieux)

  3. Comme d’habitude pour ces posts plus personnels, plus autobiographique il est très émouvant, par ailleurs je suis heureux de lire que pédé cela peut être une chance (bien sûr que cela peut être une douleur en raison d’un environnement obtus et du points de traditions souvent religieuses inepte) mais cela peut être un moyen de s’ouvrir au monde et par là un ascenseur social dans une société où cet engin est bien en panne.

  4. Ce que tu dis de l’homosexualité, je l’ai pensé de ma fragile santé : pendant mes années de jeunesse, concentrée la plupart du temps sur le simple fait de tenir debout et de par exemple pouvoir aller en cours / passer des examens comme mes camarades mieux portants, j’ai pu ainsi passer à travers pas mal de chose que ma famille me faisait endurer (à leur insu, car j’étais tombée sur le modèle : parents toxiques à vouloir trop bien faire tout en ne s’aimant plus). Lien de cause à effet ?, à part les tout derniers développements mais que j’espère euh … conjoncturels et rapidement oubliables, j’ai une bien meilleure santé depuis que mon père est mort et que globalement je me tiens un peu éloignée (c’est très triste à constater).

    J’aime comme ton billet fait la part des choses, et que la dysfonction n’empêche pas les sentiments d’affection et la capacité d’accueil.

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