We are our own devil

[Via un lien de G.]

Ce clip de Massive Attack (Heligoland – Paradise Circus) est un passionnant mixage de musique (électro bien conforme à ce qu’on connaît de ce génial groupe) et d’un témoignage stupéfiant de Georgina Spelvin, une actrice porno assez culte des seventies. Le clip alterne donc le morceau en lui-même avec des extraits du film de 1973 (The Devil in Miss Jones, considéré comme un « très bon » film) où jouait cette femme, et de courts extraits de l’interview de Georgina Spelvin aujourd’hui. Cette femme de 74 ans explique surtout, et scande régulièrement, qu’elle a fait cela uniquement parce qu’elle adorait être devant la caméra, et elle aurait fait n’importe quoi pour cela.

Le réalisateur de ce film de 1973 Gerard Damiano est aussi celui du célèbrissime Gorge profonde de 1972. On retrouve dans le témoignage de Georgina Spelvin, qui ressemble plus maintenant à une grand-mère, toute l’ambiguïté qui entoure le libre-arbitre des femmes à jouer dans ces films. Elle précise bien que ce n’était pas une partie de plaisir, et le clip bien que reprenant des scènes X, distille avec une remarquable acuité ce mélange de douleur et embarras.

C’est curieux comme je n’arrive pas à voir les femmes « libres » dans cette industrie mais uniquement manipulée et exploitée. Mais c’est aussi certainement parce que je suis pédé. Tandis que la version gay de ces productions me donne plutôt l’image de personnes consentantes et qui ont l’air d’en prendre leur parti. J’imagine que c’est simplement dû à un pur sexisme qui s’exerce là encore, en faisant que la plupart des actrices X sont considérées comme des putes dont on peut disposer, alors que les acteurs X gay ont quasiment une image de SuperMecs (à qui on aurait même envie de faire des bisous et de gros câlins). Il suffit de comparer ce clip à celui que j’avais publié il y a quelques années avec Madonna

Je n’idéalise pas non plus les productions gay, surtout quand on voit ce qui se réalise et ce qu’on fait faire à de jeunes mecs en Europe de l’Est, je pense qu’on rejoint peu à peu l’exploitation du côté hétéro. Mais disons que ça a l’air un peu plus clean et humain, je me réfère aussi pour cela à des connaissances qui ont plutôt de bons souvenirs de leurs passages chez Cadinot ou même CitéBeur.

De toute façon, tout cela reste une projection de fantasmes purement masculins et à objectifs éminemment masturbatoires, que ce soit du côté hétéro ou bien du côté gay. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher d’y voir du sexisme et une exploitation dégueulasse chez les hétéros, et un truc un petit peu plus équitable chez les mecs, malgré quelques différences de considération entre actifs et passifs, mais je crois que c’est un truc des années 80, complètement révolu aujourd’hui.

Mais si je me projette un rien, je sais que j’aurais un peu de mal avec un gars qui s’est fait prendre par quinze mecs lors d’un gang-bang, plutôt qu’un actifs qui a joué dans 135 films. D’où aussi de ma part (de con de mec) un sentiment « sexiste » assez proche des hétéros qui (et vous ne pouvez pas le nier !!) ont toujours un putain de dilemme cornélien à choisir entre la Madone et la Pute. Heureusement du côté gay, on a un peu plus d’ouverture d’esprit, et on est surtout moins gangréné par des schémas judéo-chrétiens bien normalisés et normalisant (Oui parce que dans le fond, il m’attendrirait quand même le petit gang-bangué, huhuhu, je ne suis pas si réac que ça en fait !).

Et on en revient petit à petit (je deviens moins petit – Danone Kid) à ce truc antédiluvien toujours pas résolu : les femmes qui aiment le sexe sont des salopes, et les mecs des warriors de la life. Pfff, est-ce qu’on se sortira un jour de cette inégalité là ? Aheum…

9 Commentaires

  1. et encore maintenant vu la boucherie des nouveaux pornos on se demande vraiment où est la limite entre le vrai plaisir (pour une actrice de jouer) et ce qui reste des corps après… (ahem comme tu dis)

  2. Mouais, je te trouve un peu naïf sur ce coup-là. Bien sûr, on trouvera toujours des acteurs satisfaits – et sans doute même une majorité à Paris -, qui ne regrettent rien (surtout pas d’avoir « baisé utile » et de pouvoir jouer les stars au R-E-D) et je ne doute pas que Cadinot « dorlotait » ses acteurs (ce qui est déjà, en soit, une perspective assez flippante !). Mais – et tu l’évoques toi-même -, à côté des Sagat et des kadors des pornos estampillés cailleras, il y a une kyrielle de porno-stars au destin bien glauque (pour le passé) et une production qui profite aussi de la détresse des gens : je me souviens de la façon dont certaines boîtes de prod’ racolaient dans les boîtes et les bars, et des questions que les mecs nous posaient… Par ailleurs, la tendance à la délocalisation dans les pays de l’Est (comme c’était le cas dans le Maghreb à une époque) est en soi un aveu : il ne s’agit pas tant de trouver des blondinet de 18 (!) ans que de les trouver pas cher et de leur imposer beaucoup plus facilement certaines pratiques à risque…
    Enfin, je crois qu’il n’y a pas trop lieu de fantasmer sur l’ouverture des gays… L’avantage, c’est que comme il ne sont pas de notre famille, on peut au moins se les choisir pas trop réac. Mais je t’assure qu’il y en a (des réac’)…
    Qui a dit « à l’UMP » ? :tirelangue:

  3. Engerrand> Peut-être oui, mais même si je ne suis pas bi, il se trouve que j’aime bien les femmes et que coucher avec ne me dégoûte pas du tout (heuuu sauf leur bouffer la chatte, ça j’ai vraiment eu du mal lol). :protection:

  4. Qu’entendez-vous par des « différences de considération entre actifs et passifs » propres aux années 80 ?

  5. Garçon> (J’avais entre 4 et 14 ans dans les années 80 donc pas spécialement un grand spécialiste pornophile de l’époque… lol) En fait, j’exprimais par là une certaine hétéronormalisation des rapports homos dans les pornos de cette époque. C’est-à-dire que les stars n’étaient que des actifs, et que les passifs n’avaient aucune « importance ». Je trouve que les choses ont en effet beaucoup changé, et surtout depuis le fameux Joey Stefano, le premier passif à avoir acquis la stature de « porn star ». En revanche, il a eu une destinée plus que tragique…

  6. Moi j’aime bien faire une analogie entre le Porno et la Mode.

    Dans les années 80-90 il y a eu l’apogée des Top Model. Evangelista, Crawford, Naomi Campbell, Claudia Shiffer… Connues et reconnues. De vrais stars. Encore aujourd’hui leur nom est connu, elles font encore vendre et rêver.

    Puis ce monde-là est devenu une atrocité. La course à la maigreur, la durée de plus en plus courte des carrières, des mannequins-mouchoirs, essorées, épuisées. Les années 2000 n’ont plus d’icônes valables mais le métier attire quand même et les morts récentes dues aux risques pris par les filles pour percer n’empêchent rien. L’Anorexie c’est leur bareback.

    Le Porno gay je le vois de la même façon. Il y a les grands noms. Ces acteurs pornos qui ont marqué les esprits. Il y a les risques de plus en plus courants pris par les acteurs et les morts devenues banales. Et il y a cet abattage des corps, cette multiplication du nombre de prétendants. Ces boites qui se font du fric sur les fantasmes sans forcément se renouveler, utilisant les mêmes recettes éculées, en investissant de moins en moins.

    Personnellement je ne le vois pas meilleur et plus protégé que l’hétéro.

    Le passif est et restera une « pute », comme la femme dans les films hétéros. Comme tu le dis le mec (ou l’actif chez les gays) est un warrior, et le passif ou la fille sont des salopes.

    Ce qu’il faudrait au X Hétéro c’est des réalisatrices. On nous dit partout que l’univers des fantasmes féminins est différent de l’imaginaire masculin très visuel. On nous dit que les filles ne sont pas très portées sur le X. Je pense surtout qu’on leur a pas beaucoup laissé le choix ni réellement offert de quoi les exciter.

    Alors à quand des réalisatrices de films X ? A quand de nouveaux films bouleversant les rôles femme soumise/femme salope ? A quand des films X dans lesquels la femme serait valorisée et l’homme un objet de fantasme pour elle ?

    Je suis pas très clair ce soir mais je dirai juste qu’on est toujours dans un monde d’Hommes. Et ceci explique cela.

  7. Les pornos d’Europe de l’Est, on s’en passe assez bien : ils n’ont rien à voir avec les films qui me faisaient rêver il y a quelques années…
    Sinon, je suis à fait d’accord avec Beur-Boy: il y a un marché pour le porno « hétéro pour femmes », avec des réalisatrices à la tête des films. C’est dommage que cela ne soit pas plus exploité et qu’on préfère s’orienter par exemple vers la 3D même pour ce genre.

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