Une séparation

Une séparation

Ce film est en train de vivre une belle histoire grâce à un fantastique bouche à oreille sur Paris, et c’est grandement mérité. Ce qui est étonnant c’est que j’entends à son propos déjà toutes les bonnes choses que j’avais colportées à l’époque de cet autre film de Asghar Farhadi : A propos d’Elly. Mais il est vrai que ce dernier effleurait quelques thèmes, tandis qu’Une séparation a l’incroyable faculté d’offrir un éventail d’intrigues, de portraits et de « filigranes narratifs » qui dépassent l’entendement. Et le tout est monté et construit avec grâce, intelligence, subtilité ; donnant en cela un film à l’étonnante universalité (pour un film iranien quoi !!).

Asghar Farhadi avait déjà obtenu l’Ours d’Argent à Berlin pour A propos d’Elly, mais là c’est une belle consécration avec l’Ours d’Or ! Là où le film précédent évoquait déjà la classe moyenne iranienne avec une certaine mixité sociale et des femmes relativement émancipées, et où on avait une rupture extraordinaire de ton, passant d’une comédie à un presque thriller, le réalisateur a usé des mêmes ficelles mais en allant plus loin, et en rajoutant encore plus de richesse à son histoire, et d’épaisseur psychologique à ses personnages.

Cela commence par un incursion dans l’intrigue principale, c’est même le titre du film : une séparation. Nous sommes dans la classe moyenne supérieure iranienne, à Téhéran, et un couple se déchire, la femme (indépendante, forte tête et décidée, jouée par Leila Hatami) quitte son mari (Peyman Moadi) et retourne chez ses parents, leur fille indécise (et triste) reste pour le moment chez son père. Le mari s’occupe de son père qui a la maladie d’Alzheimer, qui habite avec eux, et qui doit être surveillé de près. Pour que son père soit gardé la journée, et sur les conseils d’une amie de sa femme, il emploie une jeune femme plutôt traditionnelle et discrète (Sareh Bayat). Elle est très pieuse (elle appelle un conseiller spirituel pour vérifier qu’il n’y a pas de péché dans le moindre de ses agissements) et vient avec sa petite fille en faisant pour cela une très longue distance en bus. Peyman Moadi ignore qu’elle est enceinte, et surtout que son mari (Shahab Hosseini) ignore tout de ce petit job. Ce dernier est assez colérique et frustré par sa condition de chômeur qui ne peut proprement subvenir aux besoins de sa famille. Un jour que Sareh Bayat est censée s’occupe du père malade, Peyman Moadi rentre et trouve son père seul et attaché au lit, il entre alors dans une colère folle lorsque Sareh Bayat rentre quelques minutes plus tard. Il décide de la congédier, et comme elle refuse, il la jette de chez lui manu militari. S’en suit une série d’évènement tous plus inattendus les uns que les autres, et un retournement de situation digne d’un film américain !!

Le film bénéficie déjà d’une sublime manière de filmer, d’un excellent montage et de très bons comédiens (surtout les trois Sareh Bayat, Peyman Moadi et Leila Hatami), mais surtout d’une écriture d’une rare efficacité. Et comme pour A propos d’Elly, on se surprend à ne pas s’emmerder une seconde pendant ce film, à s’identifier sans problème aux personnages, et à trouver d’incroyables mais évidentes résonances avec nos propres problèmes de société !! Je sais que l’Iran est (très très) loin d’être un pays parfait, mais au moins le film évite les clichés de base, et a le mérite de nous ôter une vision trop sombre et uniformément négative. En effet, le personnage de la femme qui se sépare n’est pas incriminée pour son geste, et son mari non plus pour les siens, chacun en prend plutôt pour son grade, et on finit par compatir et en vouloir également aux deux !!

Alors que la séparation ne devient qu’une toute mince intrigue, le film nous parle plutôt du rapport à la religion et l’émancipation des femmes, des statuts des nantis et des indigents de la société iranienne, d’un fils qui a pris son père chez lui pour s’en occuper, du système judiciaire et légal, de la vérité, du mensonge, de la fin et des moyens (!!), etc. Bref le film se révèle d’une densité insoupçonnée, et d’une richesse qui fait qu’on ne s’embête pas une minute. On trouve également une modernité dans le cinéma de Asghar Farhadi qui aide je pense (ses films ont une facture malgré tout très occidentale). En filigrane c’est aussi la culture persane (en contraste à une culture purement arabisante) qui est mise en exergue.

Ce film va permettre de mieux faire connaître de cinéma de cet auteur, et donner certainement un peu plus d’aura au cinéma iranien. En tout cas, ce petit chef d’oeuvre est à découvrir et apprécier sans modération !!

L’avis des copines : Julien, Nicolinux, Neil, Ananas Biloba.

Une séparation

3 Commentaires

  1. Complexe et tellement « vrai », le personnage du bourgeois (le père, banquier) qui encourage sa fille à réclamer son dû aux hommes à la station essence, mais qui est prêt à payer un homme plus qu’une femme pour travailler chez lui!

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