Ce qu’aimer veut dire (Mathieu Lindon)

Ce qu’aimer veut dire (Mathieu Lindon)

Je connais vaguement Mathieu Lindon, et j’ai bien aimé ce bouquin qui m’a permis de mieux cerner son auteur puisqu’il s’agit d’un texte parfaitement autobiographique. J’avais lu « Le procès de Jean-Marie Le Pen » il y a plus de dix ans maintenant (quinze sans doute !), et j’avais beaucoup aimé cela, mais sans plus m’attacher à l’écrivain. Je lui reconnaissais déjà une plume que là j’ai trouvé particulièrement sagace et alerte. Le bouquin est superbement écrit, et je me suis facilement pris à son récit.

Il faut dire que c’est une sorte de méditation un peu décousue qui rassemble des souvenirs de l’auteur, et en particulier sa relation amicale et intime avec Michel Foucault. On trouve aussi des gens comme Hervé Guibert ou Rachid O dans les amants de Mathieu Lindon à cette même époque, donc tout cela ne pouvait qu’énormément me parler !! Il y a aussi le grand éditeur Jérôme Lindon, père de l’auteur, qui est une figure aussi emblématique pour la littérature de son époque qu’un truc très/trop difficile à gérer pour son fils.

Le bouquin se lit facilement, et encore une fois comme j’en connaissais les protagonistes, j’ai été drôlement intrigué par le récit de ses péripéties de jeune homme dans les années 80. Après il y a quelques soupirs et gémissements de fils de bourge du boulevard St Germain, mais il arrive à ne pas passer du côté obscur de manière très délicate et subtile. Donc on peut sentir poindre le pire, mais son homosexualité sans doute, et une intelligence et sensibilité bien à part, lui donnent ce petit côté « outsider » qui le rend attachant.

L’homosexualité a transformé les règles. L’intimité a changé de camp. Il n’a pas pu y avoir solidarité familiale au sens le plus strict, de mon ascendance à ma descendance : de ce point de vue, le seul enfant qu’il y a eu entre mes parents et moi, c’est demeuré moi. Alors l’affection est restée mais l’intimité entre nous est devenue obscène, égarée entre l’enfance et la sexualité, ayant perdu le contact avec la réalité, plus fausse que les choses survenant à Hervé. Elle s’est à la fois circonscrite et élargie à ma famille amicale, cette famille fictive qui est devenue la vraie, à croire que j’avais enfin découvert, après une longue quête, mes amis biologiques. Et aucune malédiction de cet ordre n’a frappé cette intimité-là, elle se transmet à travers les générations si bien que notre relation à Daniel et moi, nous l’avons chacun héritée de Michel.

Je n’ai aucune place dans le monde, alors, comme l’esprit de combativité de mon père, cette évidence s’applique à chaque élément de ma vie : je suis le seul à vouloir avoir des amis, faire l’amour, la réciprocité n’est pas envisageable. A croire que chaque relation serait une conquête, une prise faite sur un ennemi, qu’il faut arracher un consentement par force ou habileté, compromission avec le réel. Je n’ai aucune stratégie, aucun manuel de guérilla sociale pour apprendre comment me dépêtrer de cette jungle, alors je renonce, laissant s’en mêler un hasard que je prends soin de ne pas provoquer. Pour mon bonheur et mon malheur, j’adore lire, la solitude m’est une amie qui me délivre de la peine d’en chercher d’autres.

Ce qu’aimer veut dire (Mathieu Lindon)

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