Repères et repaires

Il y a quelques jours, j’ai passé une bonne heure au téléphone avec un pote que je connaissais au collège, et que j’ai suivi jusqu’à aujourd’hui. Nous ne nous voyons pas très souvent mais on se mail et se téléphone assez régulièrement pour nous tenir au courant de nos petites vies.

Nous discutions à bâtons rompus (tiens elle vient d’où cette expression ?) et à un moment nous avions besoin de nous souvenir d’une année précise. C’est alors que je n’ai eu aucune difficulté à me rappeler de l’année grâce à des événements clefs ou bien les années d’études. Et là c’était simple, l’année où nous sommes partis en vacances ensemble ? 1996 ! Car : deuxième année d’IUT, séjour à NewCastle, petit-copinage et douloureux cassage avec David, fermeture du Palace, une kyrielle de soirées AbFab (avant les OverKitsch pour les jeunettes, mais on suçait aussi à 3h) au Queen etc.

Jusqu’à ce que je bosse c’est comme si je pouvais avoir des repères fixes très efficaces liés à des gens que j’ai fréquentés, à mes études, à mes premiers jobs (stages, alternance puis CDI). Les études sont pratiques pour cela car elles rythment l’année avec un début et une fin sur des périodes qui sont uniques (sauf si on redouble évidemment). Et l’année suivante, on étudie autre chose, ou bien on est sanctionné par un diplôme, on change d’endroit, parfois de ville, et souvent de connaissances. Je me rends compte que depuis quelques années la donne a changé. En effet, le boulot ne devient plus un repère fiable dès lors qu’on en change pas. Or cela fait presque cinq ans que je suis dans la même boite, et entre 2000 et 2005 en effet, j’ai plus tendance à prendre mes relations amoureuses pour jalons, mais c’est chiant ça ne tombe jamais sur une durée ronde et ça ne commence par forcément au même moment de l’année. :mrgreen:

On parlait de cela avec mon pote, et lui qui bosse dans la même boite depuis 7 ans, y était encore plus sensible, d’autant plus qu’il est avec la même fille depuis 4 ans. Quand on étudie et que tout change tous les ans, on ne se préoccupe pas trop de soi, de son avenir, de ses aspirations. On essaie de tenir la route, on voit pas après pas… alors tiens, si je faisais telles études, tiens si je complétais avec ça… ah tiens, je pourrais aussi faire ça comme taf si ensuite je faisais un stage dans ça. On passe ainsi de repaires en repaires, en prenant le moins de risque, sur un chemin le plus rassurant et balisé possible. Et c’est normal, car sélectionner ses études apparaît toujours comme le plus cornélien des choix, on a l’impression d’être à des moments de sa vie où l’on prend des directions cruciales pour son avenir.

Et puis trouver un boulot se résume souvent à continuer dans le secteur où le premier stage vous aura par le plus grand des hasards balancé. Mais un premier job c’est sacré, et on n’est pas trop difficile. Un peu plus dans le second, beaucoup plus dans le troisième, le quatrième nous faisant bénéficier d’un peu plus de confiance en soi et de maturité.

Et nous étions donc au même point de notre réflexion avec mon pote : nous allons avoir trente ans, et nous avons enfin le temps de nous poser. Ouf, ça y est ! Les études sont derrière nous, un job dans lequel on s’épanouit et on ne se sent pas trop mal. Mais à présent, on peut un peu plus visualiser ce qu’on sera dans vingt ans. Eh oui, si on en reste là, voilà l’exacte copie des prochaines années, les rides en plus. Et donc, pour la première fois depuis trente ans, nous nous posons la véritable question : est-ce que je suis heureux ? Est-ce que ce job est ma voie ? Est-ce que je vais continuer comme ça pendant toute ma vie ?

Je connais un gars qui a renoncé ainsi à son job de directeur qualité très bien rémunéré, pour devenir comédien. Et hop ! Moi j’ai toujours pensé que j’avais un job qui me convenait et dans lequel je ne m’ennuyais pas du tout, qui me permettait de mener une vie assez confortable, et qu’à côté je ménageais du temps pour des activités personnelles dans lesquelles je pouvais m’exprimer et faire ce que je voulais. Mais forcément, je remets régulièrement en question ce « satisfecit » personnel.

Allez je dis la vérité, je n’ai pas eu cette discussion avec un pote, en fait j’ai inventé ce mec pour me sentir moins seul dans mon discours. Cela montre d’ailleurs à quel point je suis fragile sur le sujet en ce moment pour aller jusqu’à mettre en scène un compagnon imaginaire sur mon blog (oui oui, ça ne m’arrive jamais sinon). Mais c’est tout moi ça, même quand je monte un bateau, je n’arrive pas à tenir plus de quinze minutes. D’ailleurs, je suis nul au Loup-Garou parce qu’il suffit de me demander qui je suis, et je réponds toujours la vérité. Hein Jeff ? Hu huhu.

Et là c’est le volet professionnel, mais le personnel (lire : affectif, amical, amoureux) est tout autant décisif et délicat. Quand trouver le bon ? Y a-t-il un quand (ou un « bon ») ? Comment sait-on quand on doit s’accrocher, et quand on doit lâcher prise ? Ces couples qui se séparent quasi-irrémédiablement, est-ce que cela veut dire que c’est inexorable pour moi aussi ? Pourquoi je me fâche avec des amis que j’aime ? C’est ma faute ? Que doit-on accepter d’un ami et à quel moment dit-on stop ? Jusqu’où je dois aller pour me faire aimer ? Faut-il toujours être franc et sans tact comme je suis parfois ?

Une seule chose qui me rassure pas mal dans tout cela, avec le petit recul que j’ai sur les décisions et péripéties de ma petite vie personnelle et professionnelle, c’est que finalement ça ne va pas mal, et je ne suis pas une tête brûlée, sans non plus vivre dans l’ascèse. Je crois que je suis heureux. Pourvu que ça dure. Putain, en attendant, comment je me prends la tête moi de temps en temps… pfff. :mrgreen:

17 Commentaires

  1. Pour la remise en question… rien à rajouter, on y passe tous. C’est une étape que j’ai eu, que j’aurais surement encore. Je ne la renie pas, elle aide à mieux « sentir » sa vie.

    Pour ce qui est de l’expression « à bâtons rompus », elle est d’origine militaire. Une batterie de tambour à bâton rompus… C’est quand le roulement habituel du tambour est rompus par l’exécution de deux coups brefs de suite avec chaque baguette. Beaucoup d’expression viennent de la musique, comme « au temps pour moi » par exemple. :blah:

  2. Il y en a beaucoup qui se remettent en question,… et puis il y a les quelques rares qui se remettent en question avec classe, élégance et en rendant leurs écrits intéressants à lire. Devinez où se place le matoo… 😉

  3. J’ai l’impression que certains confondent « se poser des questions » et « se remettre en question ».
    Ce que fait M. me paraît plus intéressant : il réfléchit ! What a surprise, dear !

  4. « que doit on accepter d’un ami et à quel moment dit on stop » , quelle grande question… certains diraient qu’il ne faut jamais dire stop mais je serais tout à fait contre. on ne gagne pas le droit de faire plus de mal a quelqu’un parce qu’on est son ami, on a même le devoir d’en faire moins …
    il me vient pas mal de pensées que j’aurais du mal a détailler, mais ce qui en ressortirait ce serait:  » non, ce n’est pas de ta faute « .

  5. Tu es joueur de Loups garou de Tiercellieux….  » même sans mentir, on peut etre le pire des prédateurs avec ce jeu……..Villageois de Tiercellieux, fermez les yeux ….la nuit tombe sur le village …. (sourires) cette petite histoire me replonge dans mon été ou j’ai passé  » presque  » tout mon temps à jouer à ce jeu avec les enfants … (…)

  6. Hé oui… Je pense que ce sont des situations auxquelles nous sommes amenés tôt ou tard. Notamment les questions que tu poses dans ton post.
    Moi aussi, je me suis posé les questions quant à ma situation professionnelle et je dois dire: « oui, je continuerai. » Pour la nature de mon métier, tu la connaîs, Matoo. 🙂

  7. Bienvenue au club, Matoo…le jour où mon inconscient s’est rendu compte que je tutoyais ce qu’on appelle communément « le bonheur » (1 mari, 1 travail stable, fini les études…rien que l’avenir s’ouvrant grand -trrrrés grand- devant toi), j’en ai fait une dépression !!! La soudaine peur du vide et de l’inconnu, certainement, de nouveaux repères à se faire, eh ben ça m’a foutu les méga boules. Qui suis je ? Où vais je ? Dans quel état j’erre ? (ok elle était facile :gene:) alors puisque j’avais rien d’autre à foutre, voilà que mon cerveau malade s’est dit : pourquoi ne pas ressortir toutes tes angoisses irraisonnées, tes peurs ancestrales, la vraie nature de ta relation avec tes parents, ton compagnons, les gens que tu aimes et tutti quanti. En gros le doute MAOUSSE COSTAUD s’est emparé de moi à l’issu de mon plein gré…
    Conclusion: continue de te masturber le cerveau avant que cela ne soit lui qui te masturbe…enfin j’me comprends !!!

  8. Ben quand on en est à se poser la question et à douter de la réponse, c’est aussi que les choses ne vont pas si mal : le bonheur est moins discernable que le malheur qui souvent nous frappe d’un bloc.
    On oublie, en rythme de croisière, qu’on n’est jamais à l’abri d’une crise, d’une catastrophe, d’un truc qui vous brise. On oublie, on se croit préservé, infini, immuable.
    La santé, la liberté, un confort matériel et existentiel, pas de catastrophe naturelle en vue, une vie sexuelle et émotionnelle qui tourne (avec ses hauts et ses bas)… on oublie vite les avantages que ça nous donne.
    Alors certes, l’absence de malheur ne garantit pas une joie incommensurable et une euphorie permanente. Mais c’est déjà la base pour « plus ».
    Après, faut savoir dans tous les cas rester à l’écoute de ce qu’on ressent, remettre en question ce que l’on vit à l’aune de ce que l’on éprouve…
    Mais pouvoir se poser la question, avoir le luxe de douter qu’on n’est heureux ou pas, c’est déjà répondre, indirectement, qu’on n’a évité le poids terrible et bien certain du malheur.
    Cheer up !:-)

  9. la voie de la sagesse : être un être qui a de la bonté et qui aide les autres. cela mène à la compréhension de ce qu’on est. Le reste est illusion…

  10. Et oui, on prend parfois le temps de réfléchir sur soi-même : cette réflexion m’a fait quitter un job de marketing mgr dans une grande multinationale informatique pour passer un diplome de sommelier et ouvrir une cave à vins! 2 ans après, le magasin a malheureusement fermé, mais je ne regrette rien : c’était mon choix et j’en suis encore aujourd’hui ravi. Ca ne veut pas dire pour autant qu’on ne peut pas se plaire dans sa vie et y trouver tout ce qui nous fait vibrer. Le plus important, c’est d’être honnête envers soi-même!

  11. Bon allez matoo puisque nous sommes des jumeaux cosmiques (quelques jours d’écart apparemment) je vais te reveler la réponse à tes questions. Elle m’a été délivrée aprés deux ans d’analyse (3 fois par semaines 30 euros la seance, c’est donc un vrai cadeau!!)
    Attention:

    « Il ne faut pas ceder sur ses désirs ».

    Et ben comme ca t’es bien plus avancé maintenant…:petard:

    yann

    Ps Pour les lettrés je sais que cette phrase n’est pas de moi mais de lacan…

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