Communautarisme communautaire

La communauté… c’est vraiment une notion qui me trouble. J’aurais peut-être étudier un peu de sociologie pour m’éclairer, car je tangue toujours entre optimisme et pessimisme dans ce domaine. La communauté en tant que regroupement de personnes selon un intérêt commun, ce rassemblement qui constitue une « famille qu’on se choisit » est un formidable instrument pour la société, pour la démocratie et finalement pour l’expression de chacun. L’union fait la force dit-on. Enfin, on dit aussi à juste titre : « Diviser pour régner ». Je pense que les communautés sont des outils d’expression des minorités et un vecteur de progrès social indéniable, mais aussi une voie royale pour une ghettoïsation et une stratification sociale néfaste à la société. Je pense qu’on doit tous se considérer comme, avant tout, des citoyens, ensuite viennent se greffer des appartenances à des groupes divers et variés qui expriment simplement notre richesse culturelle, et le fait ineffable que nous sommes tous des individus unique. Le challenge est donc de réussir à exprimer une différence en tant que richesse culturelle et mise en commun par un groupe d’une culture spécifique, et non une différence qui catégorise et répartit les personnes en ensembles disjoints.

Et puis c’est drôle de constater comme les communautés s’emboîtent et se segmentent. Et plus la population de base augmente, plus elle se regroupe en sous-communautés homogènes. Le régionalisme est très présent en France, et pourtant il suffit de partir à l’étranger pour voir l’instinct grégaire dominer et les français se regrouper quelle que soit leur origine géographique. On constate également pour les pédés (ah évidemment il fallait que j’en parle) qu’ils se rassemblent jusqu’à former des sous-communautés très segmentées à Paris, alors qu’en Province se côtoient souvent des genres de tapioles très différents faute d’une population gay assez nombreuse. L’avantage de Paris c’est de pouvoir trouver chaussure à son pied avec une certaine efficience en ciblant les zones de reproduction et de pâturage de l’espèce qui sied à son inclination. Ce que j’aime dans les coins gays de villes de Province, c’est que ce n’est pas une concentration carnavalesque de bars, et que l’on rencontre opportunément toute sorte de gens, des personnes moins stéréotypées et moins figées dans une attitude discriminante.

Ce midi je discutais avec ma collègue N. qui est arménienne d’origine. On discutait de cette propension des gens à vouloir se mettre avec des personnes d’une même communauté. C’est souvent l’obédience religieuse, sociale ou même ethnique qui pousse à vouloir se mettre en couple ou fréquenter (dans un objectif de toute façon copulatoire arf arf) les personnes d’une même communauté. N. n’a pas épousé un arménien car l’amour a vaincu cette propension, qui n’est d’ailleurs pas forcément l’expression d’un racisme. C’est vrai, qu’après tout, une culture identique qui est une même religion ou origine ethnique est un facteur de convergence important pour quiconque. Aussi on peut comprendre que deux arméniens qui ont une langue et une culture en commun, et cas très singulier, un génocide traumatisant dans leur histoire proche, se sentent particulièrement des accointances.

Nous avons continué à discuter et notamment de la délicate position des homos qui concilient une communauté homo et une autre qui dans un ensemble plus vaste est considérée comme globalement homophobe. D’ailleurs, le réflexe de N. est drôle, elle m’a dit « mais y’a pas d’assoce de gays juifs ou musulmans par exemple ? ». Et bien, si justement, elles sont parmi les plus actives et fréquentées. Car les communautés qui sont les plus importantes, et dont les membres se sentent le plus investis, ont des homos, et ces homos ne renient pas toujours leur appartenance première (malgré une stigmatisation parfois très difficile à supporter). De même, l’association AGLA rassemblent justement les arméniens gays de France dans ce but d’expression de leur différence et de leur attachement fervent à leur culture et leur histoire. Ce qui est « marrant », c’est de constater que certaines personnes sont tellement dans leur communauté que, même en tant que pédé, elles veulent rencontrer et se mettre avec des gens de la même appartenance. Je connaissais par exemple un pote juif, qui ne sortait qu’avec des juifs… « tu comprends… la religion… ». Ah ouai forcément ! :euh:

Heureusement que ces associations et ce communautarisme existent. En effet, un pote me parlait d’un plan cul qu’il venait de faire avec un reubeu rencontré au sport. Ce dernier ne fréquentait pas du tout le milieu, et ne draguait qu’au sport. Une racaille qui se fait sucer et encule dans le noir, et qui se barre en courrant. Le mec n’a pas voulu boire un verre, « tu comprends c’est ramadan ». Et qui profère quand on lui parle un peu d’homosexualité : « hé mais chuis pas un rataï moi ».

14 Commentaires

  1. Je connaissais par exemple un pote juif, qui ne sortait qu’avec des juifs… « tu comprends… la religion… ». Ah ouai forcément !

    Faut quand même « avouer » que c’est plus simple d’être avec quelqu’un du même milieu/religion/tout ce que tu veux

    Ne sortir QUE avec des juifs (pour l’exemple) c’est un manque d’ouverture certains, mais préférer sortir avec des juifs quand on est juif (toujours pour l’exemple hein, qu’on me dise pas antisémite en plus !) c’est pas risible, tout au plus un manque de courage et d’affirmation de soi même

    (encore un commentaire qui va enflammer le blog)

  2. Peut-on ne se retrouver dans aucune communauté, bien que les faits « obligent » une personne à y appartenir malgré elle-même et ses choix. Exemple: un gay qui ne se reconnait pas dans la communauté gay, à laquelle il appartient sociologiquement, en fait-il automatiquement partie malgré son choix? Ou qualifie t-on cela comme un déni de ses pairs? Est-ce qu’une personne n’ayant aucune conviction religieuse est ex-communié ou ex-communnauté? Cette personne doté de la nationalité française, alors que ce n’est pas un choix mais un résultat de fait, appartient-elle à la communauté française, si ce concept existe sociologiquement, même si les valeurs du pays ne lui conviennent pas? Plusieurs composants de la vie de chacun rangent-ils automatiquement une personne dans une communauté? Ou cette personne est-elle volontairement marginalisée, et devient du coup membre de la communauté des marginaux? Et si cette communauté des marginaux, qui est connotée socialement ne correspond pas aux valeurs de la personne, peut-elle s’en extraire?

    Bref, est-on membre d’une communauté par choix ou par obligation? Y a-t-il une alternative au communautarisme, ou est-on par essence classé dans une communnauté?

    Le cumul d’individus individualistes crée-t-il une communauté qui devient par définition caduque?

  3. Non seulement on ne se reconnaît pas toujours dans une communauté vers laquelle, apparemment, tout devrait nous porter, mais dans les mots qui servent à désigner cette communauté et ceux qui la constituent non plus.
    Moi par exemple, qui ne suis pourtant attiré que par des garçons (ou presque), je ne me sens absolument pas gay, tout simplement parce que je trouve qu’un anglicisme, ou un américanisme ne peut pas me désigner. Et parce que je n’aime pas la dimension festive, joyeuse, du mot « gay ».
    Je ne me sens pas non plus « homo », à cause du côté hétéro-sympa de cette abréviation(je ne supporte pas tous ces gens ouverts d’esprit qui disent : « j’ai plein d’amis homos ».) Je ne me sens pas homosexuel non plus, parce que j’ai l’impression que ce mot m’interdit d’être attiré par des filles. Et évidemment, je ne suis pas bi(sexuel), parce que je trouve le concept de bisexualité plus que douteux, (à mon avis, il ne sert à rien d’autre que classer des gens initialement inclassables).
    Comment pourrais-je me sentir membre de la communauté gay ou homo(sexuelle) si je ne me sens ni gay, ni homo(sexuel)? En plus je sais pas danser, j’ai horreur des défilés et je déteste la foule et les endroits confinés.

  4. L’àquoibonniste a raison. La communauté est une force. En abusé un danger. L’enfermement à tout pris me parraît très dangereux. Le fait que quelqu’un ne sorte (au sens sexuel, c’est bien ça) qu’avec des gens de sa communauté, pourquoi pas. Par contre, si on s’enferme dnas le monde communautaire, on devient dasn un sens un extrêmiste, même sans s’en rendre compte, et on a alors une vision déformée de la société.
    Les gamins des banlieux qu’on décrit si souvent, dans un sens, ne sont que des victimes (parfois consentantes, mais pas forcément) d’un enfermement dans leur milieu socio-économique.
    Nous qui pratiquons ce que Matoo appelle la pédésexualité, nous sortons la plupart du temps avec d’autres personnes « out of the placard », dans le milieu, ie le marais, où on retrouve ses amis, etc. Mais reste-t-on confiné à ce milieu ? Si c’est la cas, c’est dommage.

    On a tendance à se refermer sur soi même surtout par un réflexe de peur d’autrui. Justemetn pour casser le cycle de la peur, il faut faire un pas en dorection de l’autre… même si c’est difficile, et quitte à s’en prendre plein la figure (au sens figuratif, parce qu’il vaut mieux éviter les affrontements physiques ;) j’ai déjà donné)

  5. d’où l’intérêt de changer de papillonner sérieusement d’une communauté à l’autre. comme on lit toute sorte de bouquins, il y a toute sorte de « clans » avec lesquels on se sent bien, mais pas tout le temps.

    par ailleurs, ça me semble typique des grandes villes, because dès que la ville fait moins de 70 000 habitants, genre Chalon / Saone au hasard, il n’y a plus qu’une seule communauté organisée : les cathos. [Epernay (51) se révélant une « extraordnaire » exception]

    et là, bien que baptisé, communié etc … je ne m’y retrouve pas. il reste les amis qu’on choisit.

  6. moi je suis de la kosmic communauté, mais notre gourou s’est fait licencier, ça craint.

    bref, ça me fait marrer l’histoire du rebeu qui se fait niker et qui part en courant. ça me fait penser que cet été j’ai découvert les joies de la drague en voiture dans mon patelin natal. j’ai « levé » un mec (on m’avait dit qu’il suivait jamais personne alors forcément ça m’a excité lol). on va dans un coin sombre de la ville. et là je me rend compte que le mec ne suce pas, ne touche pas, n’embrasse pas… je lui demande alors ce qu’il fait et il me répond « je me fais enculer » (j’aime toujours autant la poésie). alors je l’ai enculé direct lol et ben il était tellement honteux qu’il s’est retenu de jouir. c’était horrible, il était trop heureux de se faire bourrer, mais malgrés tout (il devait penser à sa femme lol) il se refusait inconsciemment ou pas de jouir.
    c triste d’être homo dans un coin paumé :(

  7. McM> Mais c’est ce que je dis justement !! :-) Je comprends tout à fait qu’un juif veuille sortir avec un juif, ou un musulman avec un musulman, pour la connivence socioculturelle qu’elle engendre. Mais là le mec disait « tu comprends… la religion » comme s’il plaquait les règles hétéros sur son propre cas. Les hétéros subissent souvent cette pression, les gens doivent faire leur vie avec des personnes de même confession. Or certains homos se contraignent de la même manière, même si à la base l’homosexualité est déjà une hérésie en soi dans l’exercice religieux.

    Yann> J’adore ta réflexion… elle me donne envie de dire 1000 choses !!

  8. Ça me rappelle ce copain musulman qui me classait dans le chrétiens (alors que je suis un horrible mécréant) car le choix de ne pas croire en dieu était pour lui un concept chrétien^^
    Pour ma part j’ai eu dans ma jeunesse beaucoup moins de mal à être pédé chez les punks que punk dans la communauté gay de ma ville! Depuis je n’ai plus jamais fréquenté de gays sous l’unique prétexte qu’ils « en » sont. Si nous voyons des copains ou copines homos ce n’est pas cela qui nous relie. Mon fiancé, lui, n’a *jamais* voulu aller dans une boite ou même un bar gay (on est coming-outés depuis longtemps, cependant) Quant à moi, j’ai eu quelques amours filles dans ma vie, mais si j’y fais allusion, l’hétéro me regarde en biais car la bisexualité doit avoir un sens cochon qui m’échappe; et l’homo me rétorque que je prétends cela pour asseoir ma virilité (ya de ces pétasses!)
    De toutes façons fréquenter le même cercle d’amis est déjà une attitude communautaire, le tout est peut-être de veiller à ce que ce cercle demeure riche et varié.

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