Déboires

J’avais déjà évoqué le sublime roman d’Augusten Burroughs : « Courir avec des ciseaux », un incroyable roman autobiographique. L’auteur y racontait une singulière existence, entre un père alcoolique, une mère sous l’emprise d’un charismatique (et un peu fou) psychiatre à qui elle confie l’éducation de son fils. On suivait donc l’enfance et l’adolescence d’Augusten, sa vie dans la famille du psy, ses relations sexuelles plus ou moins consenties avec le frère aîné de cette famille (d’une trentaine d’années), jusqu’à ce qu’il quitte tout cela à 18 ans, pour aller faire sa vie à New York.

Donc on lisait déjà un bout de vie plutôt extraordinaire, au sens propre comme au figuré. Voilà donc la suite avec « Déboires », qui raconte comment Augusten est devenu un créatif publicitaire à succès mais aussi un alcoolique invétéré. Son assuétude lui posant des problèmes professionnels, il est contraint par son employeur, à 20 ans donc, à entrer en cure, avant de fréquenter les AA.

Encore quelques morceaux d’anthologie donc pour ce garçon qui a l’air d’avoir vécu trente vies en un balbutiement, et dont on s’étonne même parfois qu’il soit carrément en vie (il doit avoir un putain d’ange gardien). Mais j’avoue que le phénomène JT Leroy me fait maintenant douter de ces écrivains qui mettent en scène leurs vies hors norme. Je serais plus enclin à faire confiance à Augusten Burroughs, car le personnage a manifestement l’air moins fabriqué et extrême que JT Leroy ne l’était, et son histoire est aussi, malgré tout, moins « écorchée ».

Le roman est aussi bien écrit que le premier, donc une écriture efficace et un style enlevé, un humour noir et parfois sarcastique, une introspection d’une terrifiante acuité, et surtout une mise en scène de sa vie fascinante. Augusten raconte cette première cure de sevrage d’un mois dans un centre « gay » (il n’y a qu’aux US qu’on trouve ça !) où il rencontre donc des lesbiennes et pédales alcoolos comme lui, et une galerie de personnages évidemment croustillante. Et puis, il y a son univers new-yorkais, les amis abandonnés par l’alcoolique qu’il est devenu, sa collègue hystérique, son appartement truffé de bouteilles vides, et ce passé (qu’on connaît en lecteur du premier opus, et qui est évoqué de temps en temps) qui revient forcément expliquer une partie de sa situation.

Auguste revient sevré, et reprend difficilement son travail ainsi que les séances de AA qui semblent être des piliers du bon alcoolique repenti. Il s’amourache d’un ténébreux alcoolique et accroc au crack aux bras poilus (rencontré à une séance), et essaie de ne pas replonger…

L’auteur décrit avec beaucoup de talent et d’authenticité son calvaire de tous les jours, et avec des premières cuites à 8 ans, en plus d’anti-histaminiques à hautes doses (parce qu’il est allergique à l’alcool en fait), et d’autres drogues fréquemment consommées, on visualise très bien le cauchemar du héros/narrateur. Le bouquin est dans la droite lignée de ces auteurs américains que j’aime beaucoup. Ainsi le récit n’est jamais lénifiant, et même les discours les plus assertifs, ou introspectifs, de l’écrivain sont aussi inspirés que des dialogues. Malgré toutes ces qualités, je ne trouve pas cela aussi bon que « Courir avec des ciseaux », et du coup je me demande si l’on n’atteint pas là les limites de cette fiction biographique. A voir dans le prochain bouquin, et de toute façon, il y a des chances que le film tiré du premier bouquin fonctionne bien (beau casting en tout cas…).

Déboires - Augusten Burroughs

9 Commentaires

  1. à vérifier mon matto, mon ton allusion à JT Leroy me fait craindre que le fameux roman « déboires » a été justement mis en parallèle avec le canular de la décénie: Augusten Burroughs serait lui aussi un autofioctionneur de première… je fais des recherches archéo et je te redis ça…

  2. « Il n’y a qu’aux US qu’on trouve ça » Ben non, il y a des groupes « alcooliques anonymes pédés » dans pas mal de grandes villes europénnes. Ca n’existe pas à Paris ?

  3. Génial mossieur matoo! j’avais déjà acheté le premier après le post que tu avais fait, et j’avais beaucoup aimé. Il me reste donc à lire le second!

  4. Une info (vérifiée) qui pourrait alimenter la « polémique » : Augusten Burroughs est un pseudo. Mais en fait, si le bouquin est bon et qu’on y a pris plaisir, qu’importe que ce qui veut se faire passer pour de l’auto fiction n’est en fait qu’un bon roman, non ?

  5. Oui oui, excellent livre, tout comme ‘…les ciseaux’ (inspiré je suis ce matin)

    A part ça: oui, les alcooliques anonymes gays existent à Paris (c’est rue St Antoine je crois).

  6. Oui le bouquin reste bon, mais le mensonge pour alimenter le marketing est réellement et éthiquement condamnable pour moi. Il gâche aussi le sentiment d’authenticité et donc la « puissance » des mots.

    Parce que ce que j’aime aussi dans ces auteurs c’est le fait que l’on puisse écrire si bien presque sans éducation. Mais s’il y a supercherie, bah la magie s’éteint. C’est triste quoi. :pleure:

  7. beh oui mon matto, c’est l’éternel dilemme proustien: notre moi artiste est-il oui ou non compatible avec notre social? sur ta « tristesse » quant à l’identité du narrateur avec son auteur, encore faut il que la lecture se fasse avec une biographie en main…

  8. moi j’ai adoré « courir avec des ciseaux » et j’ai adoré « déboire »!mais c’est sur que si tout n’est qu’une fiction ça tue tout le charme!…Par contre dans le livre il y a écrit qu’il ya un autre livre publié: »magical thinking » et je ne trouve rien dessus:pleure:Alors je ne sais pas ,peut-être n’est -il pas encore traduit en français…
    Si vous avez des infos sur ça et aussi sur le film je suis preneuse!merci.:kiss:

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