Les trois amants de 1998

Cette année 2008, je l’avais déjà dit, est pour moi l’occasion de jeter un regard sur la dizaine d’années qui vient de s’écouler. Car 1998 fut une grande année pour moi : je suis devenu parisien, j’ai créé mon mail yahoo!, et bien d’autres choses (oui oui) que je n’ai pas racontées. J’aime toujours jeter un coup d’oeil dans mon vieil agenda pour regarder les dates exactes de tel ou tel événement de ma petite et insignifiante existence. C’est surtout marrant de se revoir à 22 ans, bécasse que j’étais et suis toujours à maints égards.

Et un des trucs assez dingue de 1998 commence pour moi sur cette page de mon agenda de l’époque. Cette soirée du 2 mai 1998, où nous étions allés àl’Imprévu avec Caro, il y avait de géniales soirées « piano-bar » au sous-sol, et on y passait toujours de très bonnes soirées. J’avais remarqué ce mec qui attendait là seul, et Caro, toujours prête à lier connaissance avec des beaux mecs (quelle rabatteuse de génie cette Caro !) avait commencé à lui adresser la parole. W. était très jeune (17 ans !!!), très grand et très FROZEN !! Glacial de chez glacial, presque mutique, et des yeux comme deux glaçons qui allaient très bien avec son air. Complètement fucked-up, évidemment j’ai tout de suite adoré. Huhuhu.

Soirée du 2 mai 1998

La soirée a encore été pimentée par l’arrivée de R., le meilleur pote, et c’est encore le cas aujourd’hui, à l’Imprévu. R. c’est un peu l’équivalent de Caro au masculin, sa présence et son charisme produisaient une énergie et un peps peu commun. Drôle, impertinent, décalé, parfois relou, mais dans le fond vraiment adorable (avec moi en tout cas), R. ne laissait personne indifférent. Et d’ailleurs, R. et Caro se connaissaient d’anciennes soirées et de potes de potes. Du coup, nous avons passé toute la soirée ensemble, ce qui me faisait très très plaisir, car W. était là aussi.

Je me rappelle qu’on est allé faire un tour au Pulp, et puis au Scorpion. Rien que de très classique pour des pédés de vingt balais dans la fin des années 90… Je n’ai jamais été très « branché », mais je sortais énormément, et j’ai tout de même traîner mes guêtres dans toutes les boites et soirées parisiennes de l’époque (de « Oh là là » à la « Scream », en passant à l’extrême par des soirées au Rach’Dingue, ou encore quelques free parties dans les bois de la banlieue parisienne…).

Comme d’habitude, j’ai mis trois plombes à me rendre compte, et à accepter, que j’avais l’air de plaire à Mister Freeze, mais à la fin de la soirée c’était assez manifeste. Nous avons donc flirté, et il est rentré avec moi dans mon tout petit appartement de la rue Saint Sabin. Je ne vais pas en raconter plus parce que W. lit potentiellement ce blog !! Huhuhu. Mais bon, nous avons commencé une relation… pendant trois bonnes semaines ! Je ne suis jamais sorti avec un mec aussi froid et distant, mais je suppose qu’il n’était vraiment pas amoureux de moi, mais alors vraiment pas.

Et pendant ce temps là, pendant cette relation polaire, W. était aussi absent que R. se faisait présent et proche. Je ne sais toujours pas à quel point cela a été une machiavélique démarche de leur part, mais mon agenda est très explicite à ce sujet. Je suis litéralement tombé dans les rets de R. !! Il était juste charmant à en mourir, et je craquais heure après heure passée avec lui. Carramaba !!

Rapidement, W. m’a fait comprendre que c’était terminé, et heureusement parce que ça avait presque déjà commencé avec R. Huhu. Et rebelote, trois semaines après, c’est R. qui me laissait tomber. Et le plus drôle, c’est que le schéma se reproduisait aussi avec un des amis de R., S., dont j’étais carrément croque, et dont la réciproque semblait avérée. Je me demandais bien si j’avais développé un drôle de syndrome, et si mon existence amoureuse se bornerait à passer de pote en pote, ou bien alors si j’étais un tel mauvais coup que je me faisais jeter après quelques semaines de test. Je pouvais aussi être un challenge pour un groupe de potes qui avaient envie de me faire tourner ? Naaaaan, pas la peine d’utiliser des subterfuges aussi habiles et distingués pour ça, il suffit de demander poliment. Arfff.

Je crois que R. s’était simplement rapidement lassé, qu’il avait vu là un défi, parce que je lui avais plu au premier abord, parce que c’est W. qui avait d’abord remporté la mise, et qu’il avait fallu déployer tout son arsenal orphique pour me sauter (grande midinette que j’étais). Avec S., l’histoire fut encore plus surréaliste, et en terme de « fucked-up boyfriend », je passai simplement de Charibde en Scylla !

C’était un grand mec (1m92) métisse qui me plaisait, un truc de ouf. Et puis, il était complètement taré, et c’est souvent un facteur important pour que je craque. Huhu. Mais là, il était un peu trop barré le mec. J’étais tombé sur cette fameuse typologie de tapiole que vous connaissez certainement : les mythomanes. Oui, nous sommes apparemment bien achalandés dans cette caste, et j’ai nombre d’amis (dont un tout récemment) qui ont été touchés par ce fléau. Mais quand un mytho sort avec un candide comme moi (du moins à l’époque), ça donne vraiment un cocktail savoureux. Car, voyez-vous, je crois (encore aujourd’hui) à peu près tout ce qu’on me raconte, et ne met que très rarement en doute les propos d’autrui.

Donc un peu étonné tout de même, je pensais que S. s’appelait bien « Sean » que ses seconds prénoms étaient bien Fabrice et Roméo, qu’il avait un an de moins que moi, que son frère jumeau était mort d’un cancer de la peau quand ils avaient douze ans, que son frère ainé faisait le tapin à porte Dauphine, qu’il n’était pas vraiment métisse mais plutôt « chabin » et plein d’autres détails du même acabit. Je passe sur les baiser volé à Leonardo DiCaprio. Le truc c’est que cette somme de mensonges avait la particularité, pour moi en tout cas, de n’être pas énormes ou complètement impossibles. Souvent même ces mystifications n’étaient que de légers ajustements de la réalité, dont on se demande même l’intérêt.

Là où le bât a sérieusement blessé, c’est quand j’ai rencontré sa cousine, suis devenu très pote avec elle, et ai décidé un jour (après notre rupture) de confronter ce que je savais, avec la réalité. Ca a commencé de la manière la plus simple, le prénom ! Lorsqu’elle m’a appris que c’était un pseudo qu’il utilisait depuis qu’il avait 15 ans, mais qu’en fait il s’appelait uniquement Fabrice, j’ai eu la puce à l’oreille (enfin !!!). Ce jour là, j’ai évoqué tous ces détails incongrus, et elle m’a donné la version réelle, aussi abasourdie que moi par ce que je débitais.

Par exemple, le coup de l’âge, pourquoi dire qu’il avait un an de moins, alors qu’en fait c’était six mois de plus que moi ? Et pourquoi se dire chabin, alors que son père était espagnol (même si on peut le comprendre pour des raisons familiales et psychologiques) ? De même que certains mensonges ne faisaient que mettre en exergue un mal-être et des névroses bien banales.

Heureusement, je n’ai pas rencontré le meilleur ami de S., ou du moins je ne m’en suis pas amouraché. Par contre, c’est aussi cette même année, ce même été, que j’ai fréquenté une amie à lui, et le pote de cette dernière. Pendant quelques semaines, nous sommes beaucoup sortis ensemble au Scorp’. Elle était complètement fille à pédé hystérique et folle à lier, et son pote assez dépressif et « spécial », mais évidemment très drôles et idéaux pour passer de bonnes soirées de vingtenaires parigots. J’ai découvert un peu plus tard, que ce mec avait des problèmes, car il avait déserté l’armée. Eh oui, le service militaire n’était pas encore un souvenir, et pas mal de gens avaient encore à le subir. Il m’en avait parlé un soir de détresse, en disant qu’il se cachait mais qu’il avait peur des gendarmes, et d’y retourner.

Cela m’avait fait réagir, et je lui avais conseillé de sortir la tête des soirées sous ecsta pour régler ses affaires. Il fallait au moins qu’il demande de l’aide aux bonnes personnes. Une semaine plus tard, nous étions à l’orée de l’automne, la fête était sur le point de finir, il m’appelle pour me dire que ses parents (à qui il avait fini par raconter où il se trouvait) l’avaient plus ou moins dénoncé aux gendarmes. Ces derniers allaient venir le choper dans cette pièce mansardée du 6ème étage où il vivait avec cette copine, et tous les bébés rats qu’ils élevaient amoureusement (hum hummm). Il me disait qu’il voulait penser à autre chose, et que pour le moment il allait prendre deux ecstas et partir en boite.

Le lendemain, c’est elle qui m’a appelé. En rentrant de boite, son pote était encore complètement défoncé. Il a commencé à paniquer, et badtriper sur sa situation. Et en quelques secondes, il ouvrait la fenêtre, et se jetait sur le trottoir asphalté devant le 49 boulevard Voltaire. J’ai souvent une pensée pour lui lorsque je passe devant. Et cela va faire dix ans…

S. m’a donc quitté comme les deux autres larrons. Mais j’étais content d’avoir brisé cette chaîne infernale, huhuhu. Non, en fait, j’étais très très malheureux, car j’étais très très amoureux. Mais je m’en suis remis, et j’ai revu S. dans le marais, et je l’ai vu de plus en plus fucked-up avec les années.

La dernière fois que je l’ai vu, c’est à la télévision. J’ai reconnu sa bite dans un porno, que c’est romanesque de ma part. Et plus barré que jamais, voilà qu’il sodomise à présent des tintinophiles (tintinofolles ?).

W. vient se célébrer ses 28 ans, R. ses 30 ans, ils sont toujours copains comme cochon. Et même si nous ne sommes pas amis, je gardent pour eux une place dans mon petit coeur de midinette. Je sais que cela ne représente rien à l’échelle de nos vécus affectifs, nous avons d’autres relations, plus durables, plus fortes, plus signifiantes. Mais je suis comme ça, j’aime un jour, j’aime toujours.

12 Commentaires

  1. Très joli post! J’ai connu l’expérience assez similaire (quoique pas chargée du même sens) de sortir avec deux potes, l’un juste après l’autre. Aucune des deux « idylles » n’a tenu plus de deux semaines. Mais bizarrement, c’est moi qui ai rompu dans les deux cas, fucked-up ou juste trop fier pour avoir été le jouet d’une rivalité… Avec le recul, je considère ce petit épisode avec la même bienveillance que toi, même si effectivement, c’est peu de chose dans une vie affective.

    Mais après tout, les expériences de jeunesse sont fondatrices, non?? :lol:

  2. Reconnaissant S. (de dialh, je ne l’ai jamais rencontré, il était trop bizarre-mais-mauvais-bizarre pour moi :)), ça rend curieux de savoir qui sont les deux autres :o)

  3. Ah, jeunesse…
    « Naaaaan, pas la peine d’utiliser des subterfuges aussi habiles et distingués pour ça, il suffit de demander poliment. » > J’adore ! Tellement Polnareff. C’est une poupée, qui dit Oui Ouii Ouiii.

  4. Wow, je peux t’assurer que c’était vraiment un plaisir à lire, ce n’est pas souvent que je termine des billets aussi long.

    Pour ce qui est du passage sur l’armée, je comprend tout à fait le type. Drogué ou non, l’armée pour un homo c’est pas du tout facile à vivre. J’ai eu la chance d’y échapper mais je crois que j’aurais été capable de tout si on m’avait forcé.

    :salut:

  5. ah, les mister freeze… souvent ça me fait ça aussi, ils m’attirent à mort et après, je me plains qu’ils ne soient pas assez volcaniques (enfin pas toujours je me plains, mais un truc me manque :mrgreen: )

  6. grâce à toi, j’ai découvert les « huhu ». Grâce à toi, j’ai aimé les « huhu ». Grâce à toi j’ai moi aussi fait sourire mes amis avec les « huhu ». Grâce à toi je suis écoeuré par les « huhu ». Quel gachis…

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