Samarcande (Amin Maalouf)

J’ai déjà évoqué plusieurs fois ma fascination pour l’âge d’or de l’Islam et du monde arabe, et notamment à travers le formidable roman de Gilbert Sinoué « Avicenne ou la route d’Ispahan ». Avicenne (980-1037) est mort une dizaine d’année avant la naissance du héros du roman d’Amin Maalouf, Omar Khayyam (1048-1131), donc ils ont à peu près vécu dans la même période, et ce sont deux savants perses. Comme beaucoup de doctes personnes de cette époque, ils multipliaient les domaines d’expertise, et l’on retient d’Omar Khayyam deux traits assez contrastés : d’une part ses découvertes en algèbre, d’autre part ses poèmes, les fameux Robaïyat. Cela me fait d’autant plus penser à Ali Ibn Sina (le vrai nom d’Avicenne), puisqu’on retient de lui son génie de la médecine et son libertinage assez éhonté pour l’époque.

Le roman d’Amin Maalouf est une vertigineuse, émouvante et époustouflante épopée qui retrace l’histoire d’un livre, du livre dans lequel Omar Khayyam a inscrit ses Robaïyat, un genre littéraire plutôt mineur et surprenant pour un homme de sa trempe. Au contraire, on voit dans le bouquin un poète qui met dans ses quatrains toute sa verve romanesque et passionnée, et de manière troublante tout son amour des femmes et du vin ! D’ailleurs, c’est aussi ce qui m’a fait immédiatement penser à Avicenne.

Amin Maalouf nous raconte non seulement l’histoire d’Omar Khayyam et de son manuscrit secret, passé de mains en mains dans des circonstances des plus étranges et merveilleuses, mais aussi celle de l’Iran à travers les pérégrinations de Benjamin O. Lesage. Ce dernier cherche le livre de Khayyam tout en vivant les tumultes de l’Iran contemporain, de l’influence russe à celle des anglais, et jusqu’aux tréfonds du Titanic. En effet, le bouquin finit sa course dans le paquebot mythique, et y repose désormais.

Les références n’ont pas arrêté de fuser pour moi, tant pour l’évocation de Khayyam et ses découvertes mathématiques, mais aussi les illustres personnages qu’il rencontre, comme Nizam al-Mulk, et surtout Hassan ibn al-Sabbah qui créa la secte des Assassins. Il y a aussi l’Iran actuel, et là Amin Maalouf en profite pour sérieusement égratigner les politiques européennes de l’époque. On comprend alors aisément la suite des événements… Je n’avais que Persépolis en tête, qui avait déjà très bien illustré ce pernicieux mécanisme de néocolonialisme. Et les Robaïyat dans le Titanic m’étaient aussi terriblement familiers… C’est normal, car il s’agissait de réminiscences adolescentes alors que je dévorais « A la recherche de Sir Malcolm », où le héros se remémorait une visite chez un vieux bibliophile sur le Titanic, et cet homme possédait l’unique exemplaire original des Robaïyat d’Omar Khayyam.

Ce bouquin est une mine de connaissances de tous genres : de sciences, d’histoire et de politique, mais aussi un roman d’aventures et qui fait la part belle aux sentiments amoureux. Bref, c’est un roman complet et parfait, qui bénéficie en plus d’une langue française d’une qualité peu courante. Il rentre sans peine au côté d’Avicenne dans mon panthéon des romans. Cela confirme encore ma fascination pour la Perse, et l’essor de la civilisation arabe (je sais, je sais, quand je dis « perse » et « arabe », je fais pas mal d’impasses… mais ce n’est pas le sujet) de cette époque, notamment celle des sciences. C’est aussi certainement lié à mes origines, et bien ancré dans mon subconscient… Hé hé hé.

Samarcande - Amin Maalouf

9 Commentaires

  1. J’avoue, un billet sur Amin Maalouf, ce n’est probablement pas l’endroit le plus approprié pour le dire, mais je viens seulement de remarquer : le badge « Oral Sex — Donations Accepted », il n’est pas cliquable ! :eek:

  2. Bravo pour ce billet passionnant.

    Mais pourquoi ne mentionnes-tu pas le Roman « Alamut » de Vladimir BARTOL quand tu nous parles de la secte des Assassins ? Simple omission ? idée de futur billet ? sujet trop vaste ?

  3. Salut Matoo,
    en tant qu’iranien vivant en France depuis plus de 20 ans, je suis content que tu t’intéresses à mon pays et à la culture persane. Cette culture a résisté à plusieurs invasions : grecque, romaine, arabe, mongole, turque, russe et anglaise. Elle a pu garder ses spécificités à tel point qu’aujourd’hui en iran nous avons notre propre calendrier (basé sur les signes zodiaques) notre propre nouvel an (le premier jour du printemps) et ce depuis des millénaires.
    bises à toi

  4. En tant qu’homosexuel, j’ai un peu du mal à voir autre chose dans l’Iran moderne que… bah, que ce qui fait que je n’y mettrai jamais un pied, tout simplement.

    Mais bon, je ne doute pas que la région ait une histoire des plus intéressantes.

  5. Samarcande m’a reconciliè avec la lecture après 10 ans de sèparation.Dans la meme lignée il faur lire (La confrérie des eveillés) de Jacques Attali :tresgene:

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