Amitiés IRréeLles ?

J’ai découvert le net en 1996 lors de mon semestre d’étude à Newcastle, puis vraiment quand j’ai installé mon premier modem à la maison (chez pôpa et môman donc) en 1997, et quant aux Social Media il ne faut pas croire que ça date d’hier… Février 1998 est un repère simple pour moi puisque c’est mon emménagement sur Paris, et cela correspond à mon inscription et mon implication grandissante dans le web, et avant tout dans Caramail. Forum, chat, profil, il y avait là-dedans déjà tout ce qu’il fallait pour communiquer et échanger, évidemment pas avec la même facilité, agilité et universalité qu’aujourd’hui (où « tout le monde » est sur Facebook).

Je me souviens bien de mes premiers pas sur Yahoo! en 1998 où je cherchais juste à trouver d’autres internautes, et d’ailleurs le simple fait d’être sur internet faisait déjà un énorme point commun, et un sentiment d’appartenance fort grisant (et aussi faussement élitiste et précurseur d’un « gros truc » à venir). A l’époque, Yahoo! permettait justement de créer des pages « profil » avec des infos basiques (photos, description, et le ASV – Âge Sexe Ville – qui a régné en maître pendant des années avant de disparaître du lexique en ligne), mais surtout on pouvait faire des recherches et contacter des gens par ce biais. Il y avait déjà ICQ qui faisait ça bien, mais qui était un peu plus rentre-dedans (on pouvait entrer en chat directement en effectuant des recherches), même si je me rappelle quelques rencontres par ce moyen. Par ces recherches de profils Yahoo!, je correspondais avec des gens dans le monde entier, notamment des pédés (évidemment), et je me souviens en particulier d’Adam à Los Angeles et Theo d’Athènes. Huhuhu.

Tout ça pour dire, que cela fait en gros 13 ans que je fraye dans le web « convivial » et le réseautage social, et qu’années après années, j’y ai rencontré une kyrielle de personnes. Cette possibilité de socialiser avec un nombre de personnes croissant, et d’autant plus aujourd’hui que « les amis d’amis », les Friends of Friends ou FoF, sont au centre même du fonctionnement de tous ces sites sociaux, peut rapidement devenir un cercle vicieux. Cette possibilité de rencontrer des gens et de nouer une relation sympathique (pire si l’on cherche une relation sentimentale ou sexuelle) devient facilement du stakhanovisme, et je pense que tous les usagers du net passent par cette période. C’est d’ailleurs un phénomène qui arrive de manière cyclique, souvent lors de l’émergence d’un nouveau site internet.

Depuis cette dizaine d’années, je me suis beaucoup éloigné de mes amis « d’avant » parce qu’ils n’étaient pas sur Internet, ce qui paraît complètement dingue. Et donc naturellement, certains amis du net sont devenus des amis de la vie réelle, tandis que cette ultra et quasi-continuelle connexion aux réseaux fait que je passe de plus en plus de temps en contact avec eux. Etrangement d’ailleurs, l’avènement des réseaux sociaux a aussi été l’occasion de me relier à des gens que je voyais moins, qui sont à présent autant « en ligne » que je peux l’être. En revanche, je n’ai jamais souffert d’une virtualisation des relations, et quand bien même, car je suis « en contact » avec des personnes que je n’ai parfois jamais rencontré de visu, cela ne m’a jamais empêché de toujours autant sortir et voir mes potes. J’ai été sensible au post d’Eric qui évoque ce même sujet :

En échangeant virtuellement avec toujours plus de monde, les opportunités d’échange dans la vie réelle sont nombreuses. Mais quand comme moi, on a besoin de vrais moments à soi, cette addition de contacts provoque des envie de week-end autistes, soirées DVD et journées en solitaire. Plus je connais de monde, moins j’en profite dans la vie réelle. Comme si un échange virtuel comptait comme un échange dans la vraie vie. Ce qui n’est évidemment pas vrai. Et se joue au détriment de moments avec mes amis. Qui continuent très logiquement à se compter sur les doigts d’une main. Une régulation personnelle s’impose, elle viendra.

C’est vrai que les jours où j’ai pas mal « contribué » en ligne, je rentre chez moi pour glander sans trop de frustration, car non seulement j’ai eu mon quota d’échange, mais en outre je sais que je serai chez moi connecté avec mes potes, et toutes les connaissances périphériques qui forment mon « écosystème personnel ». Ce qui me faisait paraître pour un extraterrestre quand je racontais cela à mes proches il y a dix ans, est aujourd’hui un constat assez largement partagé, et ça me fait bien sourire.

Mais comme d’habitude, et Eric le souligne aussi, le danger est dans l’extrême et dans l’assuétude. Si l’on devient un otaku, ou bien si l’on ne recherche que plus de verdeur dans le pré amical/affectif/sexuel voisin, on finit forcément par se cramer les ailes. Donc il est important pour moi de tempérer mes ardeurs dans tous ces domaines, et de réussir à être « raisonnable ». Je n’y arrive clairement pas toujours, mais je trouve que je m’améliore petit à petit. En revanche, je plains les jeunes gens qui sont tombés dedans enfants et qui doivent avoir encore plus de mal à trouver discernement et raison pour trouver leur équilibre. Cela reste plus facile pour des briscards comme moi qui ont connu « le monde d’avant » (sans web, sans mobile etc. bref le monde d’avant 1997 me concernant, donc 21 ans) et qui ont certains repères. Je me dis régulièrement que j’ai une grande estime pour ces jeunes gens qui étudient aujourd’hui et arrivent à s’accrocher à leurs études sans passer leurs nuits sur des chats et des réseaux, vu que c’est ce que je faisais dans mes dernières années d’étude moi-même, puisque j’ai été en école jusque 1999. Et encore, à cette époque j’étais coincé par le prix des communications téléphoniques puisque l’accès internet était gratuit mais la facture France Telecom bien salée…

En tout cas, globalement mon bilan est plus que positif si je jette un regard en arrière. Le web me procure énormément de bonheur et d’épanouissement, et je le considère comme un catalyseur, comme un facilitateur. Et comme tel, il met en exergue autant les qualités que les défauts, les vertus que les vices, et peut autant apporter que nuire. Il ne faut ni le porter aux nues, ni le conspuer, mais l’intégrer comme un média, comme un outil, et toujours en rester le maître (ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas).

9 Commentaires

  1. Très juste et totalement d’actualité pour moi. Aussi je me permets d’apporter de l’eau à ton moulin.

    Je vis une certaine overdose de part les nombreuses rencontres faites depuis 6 mois :

    – par le biais des réseaux sociaux (de gens que je lisais depuis des années, de ma province),
    – puis de Green Paradise,
    – puis de mon nouveau job,
    – puis de deux autres associations dans lesquelles j’ai commencé à m’impliquer sérieusement.

    Ce qui pourrait être un bilan fort sympathique a en réalité contribué à un malêtre très profond. Et tu en décris parfaitement les mécanismes.

    J’ai encore fait connaissance au réveillon et samedi soir avec des gens adorables, mais j’ai parfois cette impression de me bruler les ailes. Ça va trop vite, je prends même pas le temps de discuter avec les gens qui m’intéressent.

    Le problème étant que ces amitiés furtives sont excitantes, voire grisantes lorsqu’on rencontre des gens brillants. On serait tenté d’en vouloir toujours plus (et internet est un réservoir inépuisable) mais elles laissent finalement dans une certaine solitude… D’avoir « effleuré », mais pas réellement « rencontré ». Effet gueule de bois garanti.

    Et dans ces moments là, je me rends compte que ce qui me manque ce sont mes vieux potes pour rééquilibrer tout ça (Bien que je commence à avoir des amitiés de 2 ans sur Paris auxquelles je commence à tenir beaucoup).

    Depuis 6 mois j’ai croisé des gens drôles, passionnants, pour certains ayant des centaines d’amis. Mais un bon nombre m’ont paru au fond bien seuls (malgré eux). Ça fait réfléchir.

    Tout cela pour rejoindre ta conclusion très positive (eh oui tout de même !). Le net apporte le bonheur de côtoyer de nouveaux visages et de s’ouvrir à autant de personnalités (même si la diversité des gens qu’on rencontre est à relativiser). Du bonheur donc, à condition de ne pas s’emballer : sourire ne vaut pas amitié. J’ai envie d’employer un vocabulaire physiologique pour dire que les flots de rencontres demandent un temps de digestion. Et les amitiés un temps de gestation (vous plaignez pas, des métaphores plus crades me sont venues à l’esprit).

    Évidemment, en y réfléchissant suffisamment je pourrais vous affirmer tout à fait l’inverse :ghost:

  2. « …ces jeunes gens qui étudient aujourd’hui et arrivent à s’accrocher à leurs études sans passer leurs nuits sur des chats et des réseaux »

    Haha, pas de risques de passer mes nuits sur des chats. J’ai déjà trop de travail pour dormir toutes les nuits de la semaine, alors sacrifier une nuit de repos potentiel… c’est du suicide! :D

  3. Ah caramail c’est vrai !! C’est là que j’ai connu mon premier mec…
    Moi j’ai eu Internet en 2000. Je me souviens que je suis allé me renseigner (sur les offres et le modem) juste après le bac blanc de philo… un mercredi !
    Et j’avoue que j’avais peur que Wanadoo envoie la liste des sites visités avec la facture… Un peu comme la facture de téléphone détaillée….

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