La Douleur (Marguerite Duras) au théâtre de l’Atelier

La Douleur (Marguerite Duras) au théâtre de l'Atelier

C’était un sacré pari pour moi d’aller voir cette pièce puisque la dernière fois, on ne peut pas dire que ce fut un succès… Je redoutais surtout la mise en scène de Chéreau/Thieû Niang qui m’avait franchement déçue, tandis que Romain Duris était bien mais son texte beaucoup moins. La Douleur fait aussi partie de ces spectacles mis en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang dans le même théâtre, et avec une unique personne en scène.

Seulement là, la différence énorme réside dans la comédienne, Dominique Blanc, et dans ce texte extraordinaire de Marguerite Duras. Et voilà une pièce qui m’a plus que convaincu, et on a vu tout le public se lever comme un seul homme à la fin de la représentation, et on a applaudi pendant 10 minutes à tout rompre pour remercier cette comédienne d’exception de ce moment parfait qu’elle nous avait si généreusement offert.

Je suis un énorme ignare de l’oeuvre de Marguerite Duras, dont je n’ai simplement rien lu (ouuuuh la honte). Mais je n’imagine plus meilleure manière de découvrir ce texte, un de ceux qui composent La Douleur, que par la magistrale interprétation de Dominique Blanc. Elle a simplement été fantastique et merveilleuse, d’une absolue justesse et émotion. Malgré cette diction précise qui la caractérise, et qui pourrait la rendre bonne tragédienne à la Comédie Française plutôt que dans un texte aussi « réel » et « vivant », cela sert à la fois la bonne compréhension orale du texte, mais c’est aussi un formidable vecteur d’émotions et d’une sensibilité extrême. Tout cela évidemment porté par le texte de Duras qui est très beau, mais qui raconte surtout une histoire passionnante, malgré un début un peu lent et poussif.

L’auteur raconte une partie de sa propre histoire, cette dure période où elle a attendu le retour hypothétique de son mari à la fin de la guerre, alors qu’il avait été déporté en camp de concentration (elle et son mari étaient résistants, et notamment liés à François Mitterrand). La première partie de la pièce se concentre sur cette attente et son inextricable douleur. Est-il vivant ? Où est-il ? Reviendra-t-il ? Dans la seconde partie son ami (en fait amant), D., et François Mitterrand ramènent son mari de Dachau. Toute son attention est portée sur son mari, tout son amour, sa compassion et son dévouement n’ont qu’un seul but : le sauver.

Le texte est jouissif dans son écriture même, qui passe incroyablement bien à l’oral malgré ses qualités formelles. Mais surtout la manière donc la comédienne véhicule les sentiments exacerbés de Duras en alternance avec son analyse intime et philosophique de la situation est au-dessus de tout ce que je pouvais imaginer. Autant dans la crudité de certaines descriptions que la passion pour son mari, la profondeur de ses réflexions, Dominique Blanc/Marguerite Duras est parfaite… Les spectateurs étaient suspendus à ses lèvres, et la fin spectaculaire dans un fondu au noir a d’abord été suivi par une bonne minute de silence, et puis un éclair et un tonnerre d’applaudissements.

En revanche, la mise en scène est toujours aussi minimaliste et… mauvaise selon moi. Enfin pas intéressante, pas construite ou élaborée tant elle est inexistante et dépouillée. Il y a bien une certaine étude dans la circulation ou les mouvements de Dominique Blanc, mais ça ne m’a pas inspiré grand chose. Heureusement que la qualité du spectacle résidait dans tout le reste ! Je n’avais je pense jamais assisté à une telle démonstration de talent dans ce domaine. Voilà c’est juste bluffant, et ça me donne envie d’y retourner tant j’ai aimé. Quelle chance d’avoir pu assister à cela !!!

La Douleur (Marguerite Duras) au théâtre de l'Atelier

5 Commentaires

  1. Je suis ravi d’avoir pu assister à cette pièce avec vous. :)
    (Mais t’as oublié de parler du vieux qui ronflait à mes côtés !!)
    PS : De plus en plus dures tes calculs pour l’antispam !

  2. Je rame pour que les responsables culturels locaux la fassent venir à la Réunion (en plus, ça ne coûterait pas trop cher!). La Douleur est le plus beau texte de Duras et Dominique Blanc une fabuleuse actrice. Je suis content de l’avoir rencontrée un jour dans le TGV et de le lui avoir dit (même si elle ne s’en souvient peut-être plus…???).

  3. Oui, quelle chance d’avoir assisté à cela ! Dominique Blanc est stupéfiante, tu as raison : nous avons aussi mis cela en avant dans notre article ! Et le texte de Duras ! Quelle force ! Quel témoignage ! Quelle humanité ! Pour un sceptique de la souffrance du peuple juif et de la famille des déportés juifs, il faut voir ce témoignage de Duras, qui a vécu la même souffrance (et je peux te dire qu’on en a des sceptiques sur cette question : le nombre de commentaires sur notre article sur le dernier spectacle de Dieudonné, qu’on ne peut pas publier à cause des propos…)
    Nous en sommes ressortis bouleversés : Ce soir-là aussi, le public a applaudi avec énergie : une partie de la salle était débout en effet : les applaudissements ont duré longtemps !
    Nous sommes heureux d’avoir vu cela…Et heureux de vivre notre époque, quoiqu’on en dise…
    Rick Panegy

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