Les chemins de la connaissance qu’y disaient

Adèle Van Reeth (France Culture)

Cela fait déjà quelques temps que j’écoute presque tous les podcasts des Nouveaux Chemins de la Connaissance de France Culture. Présentée par Adèle Van Reeth, cette émission parle de tous les sujets possibles avec un prisme philosophique qui est la plupart du temps passionnant et éclairant. Mais parfois, j’écoute tranquillement dans le métro, et en quelques phrases je suis LARGUÉ, je ne comprends plus le sens des phrases, certains mots ou expressions m’échappent, les références me sont inconnues, et je me sens STUPIDE !!!! Mais vous connaissez mon côté maso, j’adooooore ce sentiment d’incompréhension dans ce qu’il est un défi et une bonne petite claque d’humilité salvatrice. Je vous rassure parfois je laisse tomber, comme pour ce podcast qui se demandait si « La femme existe-elle ? » avec des spécialistes de Lacan qui m’ont perdu, mais vraiment perdu !! En réécoutant le soir, c’était un peu plus clair, mais vraiment je n’ai pas accroché malgré mon amour de la psychanalyse. Je vous mets au défi !!

Et puis là je finissais quelques émissions qui ont déjà un mois, et j’étais particulièrement intéressé par une série sur les sciences et notamment sur « l’homme augmenté » avec un chercheur, un certain Jean-Michel Besnier. Je me dis souvent quand je connais assez bien un thème que je vais pouvoir tout suivre très facilement, mais j’étais un matin confortablement installé dans la ligne 7, et j’ai écouté ça (c’est Adèle qui commence) :

– […] Cette volonté de perfectionnement de l’homme, qu’on entend très clairement dans ce film, ce très bon film d’ailleurs, Bienvenue à Gattaca, c’est d’arriver, d’atteindre l’homme le plus parfait possible, et en fait que ce désir de perfection viendrait d’une forme de fatigue d’être soi, de honte d’être soi-même, et Günther Anders parle de cette limite que l’homme n’arrive pas à accepter. Ça c’est passionnant.

– Oui ce que dit Günther Anders c’est également que cette volonté d’en finir avec l’humain, tel qu’il est, c’est un processus qui est dans la continuité de la métaphysique toute entière.

– C’est-à-dire ?

Un système métaphysique cherche toujours à en finir avec la passivité. Tous les systèmes métaphysiques, celui de Hegel sans doute le plus éloquemment, ou celui de Fichte, consiste toujours à se donner le donné, la nature, et à l’inscrire dans un système qui va faire prévaloir progressivement l’esprit. L’esprit qui va s’approprier la nature, et comprendre l’arbitraire du point de vue. Si vous prenez Hegel ça commence par la certitude sensible, la confiance est confrontée à une extériorité, qui la limite par conséquent, qui lui résiste, et tout le cheminement de la phénoménologie de l’esprit va consister progressivement à faire en sorte que la conscience pénètre cette extériorité, et finisse par la métaboliser, et parvienne au terme au savoir absolu, où là la conscience se reconnaîtra elle-même dans ce qui n’était pas elle au départ. Donc tous les grands systèmes métaphysiques reposent sur cette ambition d’en finir avec la passivité. Cette passivité première qui fait que nous sommes confrontés à quelque-chose que nous n’avons pas fait.

Eh bien reporté dans le monde de la technologie, ou des biotechnologies, c’est très clair ! Ce que nous ne supportons plus aujourd’hui c’est la naissance. La naissance, le hasard de la naissance, le hasard de la rencontre de gamètes, le fait de la naissance non voulue, et donc les biotechnologies cherchent à transformer la naissance en fabrication : ce que l’on va programmer comme dans Bienvenue à Gattaca, et c’est ce processus là. Et c’est ça que décrit Günther Anders, c’est le fait que nous ne pouvons pas supporter le hasard, l’aventure. Si je prends le terme d’aventure, c’est parce que vous avez cité au départ le texte de Nietzsche.

– Oui voilà j’ai ouvert l’émission avec un extrait du Gai Savoir

– « Gardons-nous de considérer le monde comme un être vivant », c’est un peu étrange pourquoi ? Nietzsche, il est quand même penseur de la vie. Parce que un être vivant c’est un être qui fonctionne métaboliquement, c’est-à-dire de manière nécessaire, de manière cyclique, de manière automatique. Et cet être vivant là appliqué à l’univers, c’est l’indice même d’une fermeture, ça n’a rien à avoir avec la volonté de puissance qui est consentement au hasard, consentement à la guerre, consentement à l’aventure, etc. Donc Günther Anders qui nomme honte prométhéenne d’être soi l’espèce de désaffection de l’humain à son propre égard, c’est ça qui est le point. Nous fabriquons des machines. Nous fabriquons des machines de plus en plus sophistiquées, de plus en plus performantes, nous ne sommes pas à la hauteur de ces machines. Pourquoi ? Eh bien parce que nous sommes des données naturelles qui n’avons en aucune façon l’initiative sur nous-mêmes. La solution c’est précisément de nous transformer nous-mêmes en machines, de nous programmer, de nous doter des attributs et des propriétés dont nous avons besoin.

C’est la partie en gras qui m’a complètement largué, j’ai dû (notamment) buter sur « système métaphysique » et « phénoménologie » mais ça m’a fait arrêté le podcast. J’ai mis le dernier album de Mylène à la place pour finir mon déplacement. Arf.

Et là en écoutant et recopiant ce que je pensais être un galimatias dont j’allais pouvoir me repaître, bah finalement c’est pas si compliqué ce qu’il dit. C’est juste qu’il le dit tellement bien, que je ne l’avais pas compris. Comme j’ai recopié en écoutant bout de phrase par bout de phrase, le sens finit par émerger. Et cela m’a rappeler l’intérêt de copier ses cours quand on est à l’école, copier et recopier et faire ses fameuses « fiches ». L’écriture est une manière de digérer parfois certaines informations ou plutôt formulations qui font jaillir le sens inopinément. Sans connaître ce Günther Anders, Fichte ou même Nietzsche, ni un système métaphysique ou la phénoménologie, j’ai compris de quoi il retournait, et j’ai pu continuer mon écoute. J’avoue que je ne me sens pas de faire le même exercice pour savoir si la femme existe dans l’univers lacanien. Arf arf.

Felix qui potuit rerum causas cognoscere.

2 Commentaires

  1. ❤️❤️❤️ Quoi !
    J’écoute un podcast tous les matins dans la salle de bain, avec ceux là j’ai parfois l’impression de flotter entre reve et réalité dans ma douche.

    Pour moi c’est soulageant. Je fais partie de ces obsessionnels pour qui l’écoute d’un podcast concentre l’attention (même si je ne comprends pas tout) sur un sujet qui fixe l’esprit. Sur les nouveaux chemins je suis servi.

  2. Il y a des passages dans ce billet, que je ne lis qu’avec moult retard, qui titillent le Ver chez moi (Pour celleux qui m’ont connu en ligne il y a douze ans).

    Décidément, cette année du Singe (mon signe) est clairement l’aboutissement d’un cycle de 12 ans. Comme si quelque chose changeait dans ma vie tout en me renvoyant vers le Ver.

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