Berlin, souviens-toi !

Je sais que c’est très cliché, mais pour un béotien comme moi, Berlin est la ville du mur, et Berlin est la ville de l’holocauste. Avec Diego, nous avons donc choisi de porter notre dévolu sur deux musées qui nous tenaient à coeur : Le musée du Mur « Check-Point Charlie » et le Musée Juif. On avait pas spécialement envie de visiter les traditionnels « Louvre-like » grands musées européens, je regrette par contre d’être pas allé faire un tour au Moma. Enfin, je n’avais pas non plus pour objectif d’en faire le plus possible, mais de faire ce que nous voulions tous les deux. Et clairement, nous avons fait un choix qui est plus basé sur notre émotion face à certains événements politiques qui nous ont marqués, ainsi qu’à des drames dont le devoir de mémoire est encore plus marquant dans ce pays et cette ville.

En fait, la chute du Mur de Berlin en 1989 est un événement dont le souvenir est encore complètement prégnant dans mon esprit (j’avais 13 ans), je me souviens de cette vague d’émotion et de l’importance politique, idéologique et philosophique de cela. D’ailleurs je me souviens l’avoir déjà évoqué lorsque je m’interrogeais sur la date clef du XXe siècle.

Nous sommes donc allés voir certains restes du mur, dont on peut encore percevoir les stigmates à plusieurs endroits. Diego a d’ailleurs fort habilement dégoté un morceau de mur très long qui fait à présent partie d’une oeuvre d’art vraiment magnifique. Et puis, à certains endroits, le vide de l’ancien no man’s land n’a pas encore été conquis par l’immobilier luxuriant de cette ville, et une vraie limite divise encore les deux anciens mondes de la guerre froide.

Restes du Mur de Berlin

Le musée du Mur se tient au lieu mythique de Check Point Charlie où se situait la limite entre l’est et l’ouest et la seule voie de communication officielle entre les deux pays. C’est un petit musée, dans le genre associatif en fait, mais qui du coup a beaucoup de charme. L’immeuble est assez vieillot, et on a vraiment l’impression de parcourir les pièces d’un gigantesque appartement qu’on aurait recyclé à cet effet. L’histoire est simple, et le musée expose de manière chronologique et explique avec beaucoup de détails et d’anecdotes cette funeste période berlinoise de 1961 à 1989 où l’Allemagne était divisée en deux. Nous connaissions pas mal la partie historique qui est vraiment contemporaine et proche de nous, mais ça change de voir tout cela avec le point de vue allemand.

La partie la plus émouvante de l’expo est sans conteste le récit circonstancié des évasions réussies ou pas qui se sont succédées pendant toutes ses années. Certaines histoires peuvent mettre les larmes aux yeux d’émotions lorsque l’évasion réussit, de tristesse quand il y a la mort à (ou avant) l’arrivée, et puis aussi un tas de machineries et de stratagèmes comiques pour déjouer les surveillances militaires draconiennes. Et la fin apporte une vraie émotion, à avoir été plongé pendant deux heures dans cette ambiance, on peut ressentir le soulagement et la joie que ce peuple a pu ressentir lorsque le mur est tombé.

Le musée Juif de Berlin est un bâtiment d’un autre genre, et une réussite totale en la matière. Je n’ai jamais vu endroit qui puisse ainsi concilier le fond et la forme avec une telle maîtrise, sensibilité et sens artistique. Le bâtiment est composé de deux bâtisses complètement différentes puisque l’une est un ancien tribunal de Frédéric Guillaume I (1735), tandis que l’autre partie est une prouesse de l’architecte Daniel Libeskind. Il s’agit d’un très grand ensemble recouvert de métal avec des ouvertures pratiquées de manière assez aléatoire, comme des balafres sur toute la surface métallique. Le tout forme un bâtiment qui de haut a la forme d’une étoile de David complètement destructurée. Cette forme et les scarifications de métal symbolisent avec beaucoup de force et d’émotion les souffrances du peuple juif. Pour une description du musée : made in Arte.

Musée Juif vu d'en haut facade du musée Juif de Berlin

Et s’il en impose déjà de l’extérieur, l’intérieur est un concept encore plus abouti et fabuleux. La visite commence en sous-sol, on trouve alors trois axes qui sont trois couloirs rectilignes qui se coupent en deux points. Il y a l’axe de l’Exil qui mène aux jardins de l’Exil et symbolise la continuelle diaspora juive. Il y a l’axe de l’Holocauste qui mène à la Tour de L’Holocauste, et représente le massacre de la seconde guerre mondiale. Enfin l’axe de la continuité nous mène vers les étages supérieurs et le musée plus traditionnel qui explore et rassemble l’histoire juive sur plusieurs millénaires. Ces « couloirs » narrent des histoires personnelles à travers un choix de photos, témoignages, objets qui rappellent certains événements avec pudeur et beaucoup d’émoi.

Le jardin de l’Exil est un jardin de 49 colonnes carrées de béton pleines de terre et avec des arbres au sommet, terre d’Israël pour celui du centre, terre d’Allemagne pour les autres. La Tour de l’Holocauste est un gigantesque puit silencieux en béton avec un interstice de lumière qui figure l’isolement et la désolation. Il y a aussi un truc dingue qui nous a énormément « choqué » avec Diego, c’est à un étage supérieur, il s’agit d’une pièce sombre en béton encore, mais recouverte de centaines de morceaux de métaux en forme de visage qui crie. On marche sur ces visages, et le bruit du métal qui s’entrechoque et crisse est insupportable, on entend comme des hommes qui marchent avec des chaînes aux pieds, on se croit revenu aux temps médiévaux de la question.

Le jardin de l'exil

Enfin, nous avons visité le musée (qui remplit l’ancien tribunal du 18e) en tant que tel. Du coup, on a bien du rester deux heures dans la place. J’ai beaucoup appris sur l’histoire du judaïsme qui ne m’est pas particulièrement familière. L’endroit est extrêmement bien documenté et pédagogique. C’est peut-être un peu long pour un non-initié, mais je comprends que ce soit un must pour un juif qui n’a pas vraiment eu d’éducation religieuse. En tout cas, à part quelques parties un tantinet sionistes, j’ai été enchanté par ce que j’ai découvert ici.

Et puis en nous baladant, on est aussi tombé sur ce projet de mémorial européen pour les juifs victimes de l’holocauste. Un projet incroyable un « champ » de 2700 stèles de béton qui disposées à différentes hauteur sont la manifestation du deuil officiel de l’Allemagne à ces personnes injustement disparues.

Memorial Holocauste Berlin Memorial Holocauste Berlin

Tout ça pour montrer que l’Allemagne assume son passé et part d’un bon pied. Enfin j’ai envie d’être optimiste à ce propos. On doit continuer à aller de l’avant, se souvenir de ses fautes, les assumer, et progresser.

[And Wooooooooorld peaaaace !!! Arf je sais, je suis trop gnan-gnan sur la fin, mais j’assume mes émotions]

20 Commentaires

  1. 1) Mais oui on progresse. Mais oui on apprend de ses erreurs.
    C’est pas vraiment comme si on avait le choix de toute façon. :doute:
    C’est ce qu’on appelle learning life the hard way.

    2) Pour ce qui est de Berlin, moi j’y suis passé pour la dernière fois en 87 je crois. Alors en plus de pas m’en souvenir bien, je crois que c’était vraiment une autre ville que j’ai dû voir. Enfin en tout cas, le Mur avait une autre présence que celle, touristique, symbolique et historique, qu’il a maintenant j’imagine.

  2. j’ai découvert Berlin en décembre dernier… gros coup de coeur et d’émotion pour le musée juif qui ne peut laisser personne insensible à mon avis

    par contre je n’ai vraiment, vraiment pas aimé le musée du mur (check point charlie), complètement anodin et sans intérêt à mon humble avis, en plus c’est privé et ils essaient de se faire du fric de façon lamentable

    sinon le pergamon museum ça vaut le coup !

  3. Matoo, le truc à voir (j’espère que tu l’as vu) c’est la différence architecturale entre berlin est et berlin ouest, c’est impressionnant (enfin moins que il y a encore 4/5 ans.

  4. Je me souviens du musée de mur de Berlin comme une batisse totalement perdu au milieu d’un quartier un peu zarbe mais en pleine reconstruction… et devant le musée un bout du mur peint d’une belle rose. A l’intérieur… une maison modifié en musée dont je n’ai gardé aucun souvenir… hum les années passent mais certains souvenirs ne restent pas 🙂

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages