Iwak #15 – Avant-poste (outpost)

Temps de lecture : 2 minutes

Sur une idée de la fée Kozlika, voilà Iwak (Inktober with a keyboard ^^ ). Un mois d’écriture sous contrainte à la manière de tous ces dessinateurs qui publient de chouettes dessins sur les Internets.

Le petit jeune avec qui je papotais avait l’air passionné par mes histoires de vieux pédé. C’était un peu comme si j’avais été en avant-poste d’une grande lutte à laquelle nous participons tout·e·s. C’était mon petit bout de vie à moi, avec un monde non-connecté à internet, sans téléphone portable, avec des lettres en papiers et des timbres-poste (pas de s à poste !), avec quelques petites incursions plus ou moins discrètes plus ou moins cryptos à la télé, au cinéma et dans la littérature, et les petites annonces sur Radio FG. Et puis l’explosion à partir du milieu des années 90, et avec en sus une déflagration démultipliée par l’incursion du web. Mais avec le recul ce boum n’était sans doute que mes 20 ans. Hu hu hu. Je crois qu’on est tous en avant-poste à 20 ans. J’avais moi-même, je m’en rappelle très bien, eu une discussion lorsque j’avais 19 ans (1995) au Tropic Café avec un type qui allait avoir 40 ans, et qui se plaignait de son âge. Il me raconta les soirées au Sept, puis au Boy, la rue Sainte Anne, les pissotières, la drague dans les parcs, les subreptices rencontres en un coup d’œil dans une rue, dans un café ou dans un supermarché, la planque obligatoire pour ne pas se faire harceler au boulot, les petites annonces dans Gaipied, mais aussi le Minitel, et le SIDA qui a tué tout le monde [sic]. Les petites nées en 1993 raconteront sans doute à une petite de 20 ans en 2033, comme elles avaient eu la chance de connaître le Mariage pour tous, RuPaul et d’avoir participé à la lutte pour le droit de nos keupines trans et non-binaires. Chacun son avant-poste au final, et c’est peut-être la beauté de la chose. C’est sans doute ce qui donne à cette lutte toute son ampleur, une lutte non pas pour une liberté sexuelle, mais bien pour émancipation globale, pour une égalité des droits, et dans une merveilleuse continuité de progrès sociétal.

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11 Commentaires

  1. Ah ben j’y suis pas :pleurs:
    Je te reconnais, Mat, je vois Caro, Thomas, j’en reconnais quelques autres dont j’oublié les prénoms…
    Ah la la, les souvenirs de la belle époque…
    Bisous bretons…

    Seb xoxox

      1. Alors là mon p’tit Matounet — joker ! S’il y a bien 2 trucs dont la 40-aine a eu raison chez moi, c’est la mémoire des années et l’ordre chronologique des évènements … :gene: :croa:

      2. Si Thomas et toi sortiez déjà ensemble à l’époque de cette photo, alors on se connaissait déjà : nous avons fait connaissance tous les 3 un même soir au Queen. C’est Caro qui nous a présentés les uns au autres. Et moi-même j’ai rencontré Caro en 1992, la première fois que je me suis pointé la bouche en coeur à la « MH » (maison des homosexualités, rue Michel Lecomte — l’ancêtre du CGL rue Keller) quand je suis devenu membre du MAG-Jeunes Gays où Caro était accueillante.
        Wouhou, la claque… c’était il y a… presque 30 ans. La vache.

        seb :bisou:

  2. Je modère un tout petit peu la notion d’avant-poste dans le sens où il me semble qu’à l’époque on n’avait quand même pas tout à fait conscience de ce que nous faisions ni du contexte dans lequel nous vivions… Je n’ai pas souvenir d’avoir été politiquement en lutte dans ces années-là pour nos droits — que ce soit dans le milieu associatif ou en Gay Pride, on ne militait pas : on faisait plutôt la fête et se rassemblait dans la convivialité… :huhu:

    Par contre, clairement, c’était parisien… « En province » (et en banlieue), les choses étaient totalement différentes.

    :clindoeil:

    :bisou:

    1. Oui je suis d’accord avec toi, mais c’était bien ce genre d’avant-poste que j’évoquais, au début c’est simplement le fait d’être là, d’être témoin d’une époque, qui est un marqueur. Ensuite, ça peut devenir plus sérieux ou pas. Les petites de 20 ans qui ont connu là le mariage pour tous :drapeau: n’y ont sans doute pas vraiment contribué. :huhuchat:

      1. C’est clair, mais ce que je voulais dire c’est que nous n’y avons pas contribué à cette époque-là… mais seulement beaucoup plus tard. Selon moi, quand on avait cet âge on ne pensait pas vraiment à toutes ces revendications… Enfin, ça n’engage que moi, remarque :sourirechat:

        Dans les années 1990, si je participais à la Gay Pride, c’était plus pour le fun que pour les revendications et la lutte pour l’égalité… Mes démarches ont été plus militantes plus tard, dans les années 2000.

    1. On a nous nos cheminements… Quand j’ai commencé à sortir vers 18-19 ans, j’ai halluciné de tous les minots de 16 ans qui étaient déjà dans le Marais à s’émanciper ! :huhuchat:

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