Apocalypse bébé (Virginie Despentes)

J’ai toujours eu un faible pour Virginie Despentes, mais comme je le racontais déjà quand je chroniquais King King Théorie, c’est plus pour la traductrice, l’auteure de chansons ou l’essayiste que pour la romancière. Ce livre ayant eu le Renaudot, j’ai l’impression qu’elle y a gagné ses lettres de noblesse, et je suis au moins certain que son bouquin va être largement lu.

Je n’y vois pas d’extraordinaires qualités littéraires ou même narratives, mais on ne peut pas nier que Virginie Despentes a un putain de style, et qu’elle manie la plume avec une vigueur et une pugnacité qui ne laissent pas indifférent. Il s’agit aussi d’un roman ouvertement, délibérément et outrageusement lesbien, et ça il faut avouer que ça fait un bien fou !! Et pas de la fausse goudou de pacotille, vague succédané de fantasme masculin comme on peut parfois le lire, non de la vraie méchante lesbienne charismatique et brutale, et de la fille perdue et de la bande de gouines en furie… Bref un roman qui décape largement sur cette facette sexuelle que l’auteure revendique avec intelligence et un chouette militantisme (son bouquin tourne un peu en manifeste pro-goudou, mais j’aime bien).

Le roman est une sorte de road-movie avec deux filles, Lucie, une enquêtrice privée un peu larguée qui fait appelle à une seconde, la Hyène, qui est une pointure en la matière. Mais la Hyène est une goudou de la mort incontrôlable et aussi douée qu’elle est tarée. Lucie doit en effet retrouver Valentine Galtan, une « fille de » qui a fugué et qui frôlait un peu la catastrophe, et ne sait pas du tout comment procéder. Les deux femmes vont donc mener l’enquête et partir à la rechercher de Valentine, en même temps qu’elles vont essayer de la comprendre, et de découvrir ce qui se cache sous cette immense couche de secrets familiaux et autres sympathiques non-dits.

L’histoire n’est pas ultra-passionnante mais elle pourrait être adaptée en film, puisque le déroulé et les actions sont assez « scénaristiques ». On rentre assez facilement dans le livre, mais encore une fois j’ai été plus marqué par le style et les propos « hors-texte » que par l’intrigue en elle-même.

On est bloquées par un camion livraison qui crée un petit embouteillage. Je me renfrogne et regarde par la fenêtre. Des crétins klaxonnent, derrière nous. Trois jeunes filles traversent. Parisiennes cheap. Minces, longues jambes, petites bottes plates fourrées, à la mode, fortes poitrines et de grosses besaces à franges. Copies au rabais de l’authentique pétasse du Marais, celle qui quand elle joue son look totale pute fait penser aux pubs pour parfums, pas à la travailleuse des forêts du périf.

Page 58.

Apocalypse bébé (Virginie Despentes)

4 Commentaires

  1. Ah bah comme l’indique clairement la 4ème couverture, on s’en fout un peu de l’histoire puisqu’on s’en fout de Valentine. Moi ce que j’ai adoré dans ce bouquin c’est la mise en avant d’un personnage à chaque chapitre dans le but de décrire une couche sociale (la nonne faisant également partie d’une couche sociale à part si on considère le clergé comme on a longtemps pu le considérer). Mais bon je dis ça, mais je ne sais pas si Virginie Despentes approuverait l’utilisation d’une telle expression, « couche sociale ». Dans tous les cas, je trouve que ce bouquin est également un bonne critique des années Sarkozy. On en reparlera !

  2. Je trouve également qu’elle décrit très bien des individus paumés dans une société ultra violente. Et la fin propose une extrapolation de ce que devient cette société.
    Bref un polar qui lui sert juste de prétexte pour décrire la saloperie de monde qu’elle observe. Mais elle ne prétend pas avoir mieux à proposer et au fond elle aime tous ses personnages qui se débatent comme ils peuvent.
    J’ai bien aimé.

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