• ThéâtrOpérage
“Nono” au Théâtre de la Madeleine

Publié le Dimanche 23 Janvier 2011 - 23:29
Catégorie: ThéâtrOpérage

Incroyable comme cette pièce de Sacha Guitry de 1905 n’a pas pris une ride. Et concernant ce spectacle au Théâtre de la Madeleine, tout est absolument parfait. Les comédiens, comédiennes, la mise en scène, les décors, rien à redire, et puis le texte est irrésistiblement “Guitry”, à la fois très drôle, enlevé et bien écrit. Nono (Julie Depardieu) est une jeune et jolie fille un peu écervelée (c’est un euphémisme) qui a pour amant Jacques (Xavier Gallais). Ce dernier veut la présenter à son meilleur ami, Robert (Michel Fau) qui se débat lui-même avec son amante (Brigitte Catillon), avec laquelle il veut rompre.

Finalement Robert fait la conquête de Nono, et ils s’en vont en vacances en province. Mais évidemment les amants éconduits les retrouvent (en ignorant qu’ils sont ensemble), et c’est le début des quiproquos et autres marivaudages. Oh l’intrigue n’est pas nouvelle ou follement originale, mais j’étais surpris d’un ton pareil et d’un tel contenu pour une pièce de 1905. En effet, le libertinage qu’on y trouve paraît drôlement déplacé pour l’époque (c’est aussi comme cela qu’on confirme que la libération des mœurs n’est pas une fonction strictement croissante).

On ne s’ennuie pas une seconde lors de la pièce, et elle est surtout servie par de superbes comédiens avec en tête de proue un génial et très sexy Xavier Gallais (surtout quand il part en crise…), une excellente Julie Depardieu et aussi superbe Brigitte Catillon (dont j’ai toujours particulièrement aimé le timbre de voix). La mécanique est vraiment bien huilée, et je n’ai pas vu le temps passer. On rit de bon cœur (mais sans se taper le cul par terre) et l’ambiance 1900 (du décor et des magnifiques costumes) contribue aussi à se replacer dans l’époque et ses codes. Cela m’a rappelé le “KWTZ” de Guitry qu’a joué mon cher et tendre il n’y a pas si longtemps, et m’a donné envie de voir d’autres pièces de l’auteur.

"Nono" au Théâtre de la Madeleine

  • ThéâtrOpérage
“Le repas des fauves” au Théâtre Michel

Publié le Dimanche 23 Janvier 2011 - 19:58
Catégorie: ThéâtrOpérage

Le repas des fauves est à la base un film de Christian-Jaque de 1964. Cette adaptation en pièce de théâtre narre la même histoire, il s’agit d’un repas d’amis, rassemblés pour célébrer l’anniversaire de leur hôte, Sophie. Nous sommes en plein Paris occupé dans les années 40, et cette même soirée un officier nazi est tué sous les fenêtres où se déroule la célébration. La Gestapo débarque et informe de l’exécution de 2 otages par appartement. L’officier allemand qui vient annoncer cela, rend la chose encore plus perverse : il demande aux personnes de l’assistance de décider eux-mêmes qui seront les deux condamnés. Et voilà que le repas de fête prend une tournure tragique voire sordide, et que la peur rend les hommes et les femmes à la fois plus “vrais” et impitoyables.

L’histoire est vraiment pas mal, même si un peu cousue de fil blanc, avec quelques personnalités “clichés” qui croisent les armes pendant la pièce. En tout cas, entre le libraire, le médecin, le businessman, le vétéran aveugle ou le prof de philo (obviously gay), on voit toute une galerie de protagonistes qui vivent assez bien l’occupation. Entre marché noir, débrouillardise ou commune collaboration, ils n’ont pas l’air de trop souffrir de cet état de fait. En revanche, ce choix impossible va mettre en exergue toutes les différences sociales, politiques ou les profils psychologiques non-dissimulés des hommes et des femmes. Ce sera l’occasion de veulerie, de retournement de veste, de tentative de corruption et de toutes les joyeusetés que vous pouvez imaginer dans une telle situation.

La pièce possède aussi cette originalité d’avoir une fenêtre sur l’extérieur, concrètement un écran avec vidéoprojection. Ainsi certaines séquences intermédiaires viennent ponctuer le fil de l’histoire, et on y vit les quelques évènements extérieurs notables, notamment l’assassinat de l’officier allemand ou l’escapade d’un des invités. Les vidéos sont des animations dont le style se rapproche de celui de “Valse avec Bachir“, plutôt réussies et très bien intégrées à l’ambiance de la pièce.

Je n’ai pas grand-chose à reprocher aux costumes, décors ou même aux comédiens et comédiennes, l’ensemble est d’une facture tout à fait correcte et sympathique. En revanche, j’ai trouvé qu’on avait rapidement compris le pourquoi du comment et après une passionnante mise en place, on finit par attendre avec un peu trop d’impatience le dénouement. Ensuite, je reproche aussi un peu les débordements hystériques qui m’ont paru surjoués et qui ne servent pas du tout la crédibilité de certaines scènes “en tension”. On attend un retournement de situation, et il arrive, on se doute de qui est qui et leurs réactions : c’est ce qui arrive. Tout cela fait que la pièce perd un peu du souffle premier très excitant et intrigant.

Aussi malgré un bon moment passé au global, je me suis un brin ennuyé, et je n’ai pas compris certains partis pris dans la direction des comédiens. Mais ce n’est pas mauvais du tout, je suis un peu dur je crois. Huhuhu.

"Le repas des fauves" au Théâtre Michel

  • Boukinage
Naissance d’un pont (Maylis de Kerangal)

Publié le Vendredi 21 Janvier 2011 - 19:43
Catégorie: Boukinage

C’est bien simple, je n’ai entendu que des louanges de ce bouquin. D’abord à la radio et puis dans tous les médias, et Maylis de Kerangal en a récolté le prix Médicis (qui n’est pas du pipi de chat tout de même). On a parlé de l’écriture, du style très “américain”, de cette originale localisation dans une ville imaginaire du sud des USA, et de ce thème tout à fait singulier : la construction d’un pont. “Naissance d’un pont” est bien tout cela, et plus encore, mais je n’ai pas vraiment aimé, malgré les diverses qualités que je reconnais au roman et sa romancière.

L”intrigue se déroule donc à Coca, ville factice de Californie, et son maire, John Johnson alias le Boa, décide que la construction d’un immense pont au-delà du fleuve va permettre à sa modeste municipalité d’accéder à la popularité et la grandeur qu’elle mérite. A partir de là, l’auteur nous accompagne dans tout ce complexe processus de construction du pont, autant d’un point de vue financier, politique et mafieux, que dans le cœur même de l’ingénierie, jusqu’aux grutiers et ouvriers les moins qualifiés, aux indiens autochtones dont la terre sera désormais accessible par la route. On y trouve donc une histoire ample, riche, dense et vertigineuse parfois, qui mêle tous les milieux sociaux, et fait entrevoir du plus stratégique et politique au plus terre à terre et humain. Le récit prendre la forme concrète d’une immense fresque de personnages. Tous ces acteurs qui vont contribuer à la naissance du pont, sont les protagonistes, et leurs vies sont égrenées chapitre après chapitre.

On y trouve à la tête du chantier, le personnage central du roman, Diderot, un français donc, qui va tenir d’une main de fer les équipes, les financiers et les éléments qui jouent parfois contre les hommes. Sinon c’est aussi Katherine Thoreau qui s’impose sur le chantier et dont la vie personnel n’a rien à envier aux pires intrigues de Zola, et aussi un mineur chinois, Mo Yun, Sache Cameron le grutier, Diamontis qui est une femme ultraspécialisée dans le béton, et d’autres américains, indiens, russes etc. On retrouve donc l’ambiance de ces projets de BTP titanesques qui requièrent des compétences et des équipes internationales. Ce qui est très étonnant dans ce roman de Maylis de Kerangal, c’est qu’elle mélange avec une fluidité dans pareille, les histoires mafieuse du Boa, aux problèmes de construction très “Ponts et Chaussée”, aux histoires personnelles et trajets initiatiques des uns et des autres, à une réflexion de fond assez philosophique, sociologique et éthique.

Et le tout est servi par une langue, j’insiste là-dessus, admirable. Ah oui là il faut avouer qu’elle écrit diablement bien, et que l’on boit ses mots. Son style est aussi précis que fleuri, avec énormément de métaphores poétiques et lyriques ou au contraire des descriptions très prosaïques et sombres.

Bon là, on a l’impression que je n’ai que de bonnes choses à dire sur ce bouquin. Mais non… Parce que je n’ai eu aucune difficulté à rentrer dedans, et j’y ai nagé avec une certaine aisance et plaisir, mais je me suis noyé avant la fin. Il se passe à la fois énormément de chose dans le livre, et à la fois rien du tout. L’auteur développe mille intrigues et histoires secondaires, mais rien ne se conclut vraiment ou proprement, et le style “américain” qu’on m’avait fait miroiter ne m’a pas du tout convaincu. Elle en use de quelques ressorts et gimmicks, mais recouvre le tout d’une littérature française complètement en décalage avec ses propos. Du coup, au bout d’un moment, j’avais l’impression de trop voir les ficelles du roman, d’en trop deviner la mécanique, et certaines superpositions ou juxtapositions ne me paraissaient juste pas “coller”. Le propos social et la dénonciation politicarde, avec les envolées lyriques et descriptions de la nature, les indications techniques (au demeurant fort intéressantes, puisque j’ai découvert beaucoup de choses sur les techniques de construction d’un pont) qui ne riment pas vraiment avec les histoires personnelles des employés, et moins encore avec les métaphores filées ultra-françaises, et presque empreintes d’une préciosité décalée.

Donc pris bout par bout, il y a d’indéniables qualités d’écriture (vraiment vraiment), de documentation, de peinture sociale, de réflexion philosophique même, et d’une belle fibre romanesque. Mais l’ensemble ne m’a pas convaincu… Bon il faut dire que je suis bien le seul à la lecture de la palanquée d’articles qui professent tout le contraire. Alors c’est peut-être moi qui manque un brin de culture ou de jugeote sur le coup…

Naissance d'un pont (Maylis de Kerangal)

  • Linkage
  • Matooyage
The Next Gay Thing

Publié le Mercredi 19 Janvier 2011 - 0:34
Catégorie: Linkage, Matooyage

C’est étonnant comme j’ai assisté aujourd’hui à un télescopage des plus hétéroclites de nouvelles du (merveilleux) monde pédé. Il y en a pour tous les goûts, à boire et à manger, à gerber et à pleurer de bonheur, à se révolter et à se congratuler…

D’abord je tombe sur le discours de Chris Colfer aka Kurt dans “Glee”, et je le trouve adorable. Il obtient un Golden Globe, et il évoque la situation difficile des minorités dans le milieu scolaire… Il y a aussi cette news du co-fondateur de Facebook qui est pédé !! Un truc que j’ignorais, d’ailleurs je ne connaissais pas ce Chris Hughes en fait. Il annonce carrément ses futures épousailles !! Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, voilà que c’est Jim Parsons aka Sheldon Cooper de “The Big Bang Theory” qui est gay !!!! Il va lui aussi épouser son keum.

C’est bien gentil de nous balancer toutes ces jolies unions officielles, mais nous avons aussi eu aujourd’hui le reflet de la société française actuelle… Oh évidemment, il y a beaucoup de gens qui sont pour le mariage gay, ou que ça indiffère gentiment. Mais on a surtout vu les kyrielles de commentaires terribles sur tous les journaux (surtout ceux de droite bien sûr) qui évoquaient cette possibilité. Eh bien, j’ai hâte de voir ce que va donner cette réflexion du conseil constitutionnel sur le mariage gay en France. Je suis de plus en plus déçu par les attitudes de tout bord politique concernant le mariage et l’adoption, cela me paraît tellement inepte de refuser cela et d’être tellement en retard et presque rétrograde aujourd’hui.

Et on lit encore des articles où des propos parfois candides sont stupéfiants. Comment peut-on encore parler de religion liée au mariage ou de procréation, ou encore d’égalité fiscale ou de bons conseils hétéros qui préconisent de ne surtout pas mettre le doigt dedans ? Non mais ça n’a rien à voir avec la choucroute hein ?! Le mariage n’est pour moi qu’une volonté d’égalité de citoyens devant la loi et devant les Valeurs de la République. Je veux que mon couple soit reconnu comme aussi valable, aussi beau, aussi respectable que celui formé par mes parents et mes grands-parents, simplement parce que c’est le cas. Cela serait une avancée extraordinaire pour la société française, et bien plus efficace que des campagnes ou même un arsenal juridique pour nous protéger de l’homophobie. Ce serait une manière officielle et implacable d’affirmer que l’homosexualité n’est pas un problème, mais bel et bien une des différentes manières d’être et de vivre sa citoyenneté.

Et je serai alors le premier à me réjouir de cette avancée, et certainement aussi ensuite le premier à m’y soustraire pour ne pas céder à l’hétéronormalité et aux rites normatifs passés obsolètes, à ces séquelles religieuses moisies et délétères. (Nan en fait, je ne pense qu’à ça, passer devant le maire avec mon chérichou d’amour, hihihi.) Mais je veux avoir le droit de refuser de me marier, un droit que je trouve aussi important que celui d’en jouir.

L’homophobie est aussi de sortie aujourd’hui avec le procès de Bruno Wiel, ce garçon qui avait été laissé pour mort par ses agresseurs en 2006. Et on en voit dans ce triste cas la facette la plus violente et sournoise, une homophobie faite de barbarie sanguinaire, sans discernement ni pitié.

Elle est décidément bien compliquée cette période, et on est tellement dedans que j’ai du mal à prendre du recul, j’ai du mal à voir si vraiment les choses vont en s’améliorant ou de Charybde en Scylla, ou simplement dans une énième fracture sociale. On dirait que d’un côté on assiste à de véritables mutations, des expressions gay-friendly généralisées, mais de l’autre une stigmatisation et un recul moral qui fout grave les jetons. Les gamins d’aujourd’hui apparaissent à la fois comme intégrant l’homosexualité comme un de ces détails de la vie, et on voit au même moment des montées homophobes en milieu scolaire particulièrement préoccupantes, et des lycéens qui se suicident… et des mouvements magnifiques tels ce “It gets better“. A en perdre son latin…

Enfin, l’écrivain Gilles Leroy qui est un des rares auteurs ouvertement gay et qui signe là une “lettre ouverte aux jeunes homosexuels qui jouent avec la mort“. Il dit lui-même qu’il joue les “pères” mais j’aime son discours car il est authentique et sans ambages. Il explique qu’il faut éviter les backrooms ou alors être très prudent et mettre des capotes. Alors que les conséquences d’années de relapse sont particulièrement saillantes et dramatiques en Île de France, il est bon qu’une telle personne parle ainsi sans détour, avec simplicité, et donne son opinion sur les backrooms, dont il faut avouer que ce n’est pas le sujet habituel de ce genre d’auteur.

On disait dans les années 90 que le Gay était à la mode, que nous vivions les dernières années de galère et que l’émancipation allait s’imposer. Mais une quinzaine d’années plus tard, je m’inquiète de constater que c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Nous ne sommes plus dans ce combat linéaire et monolithique, mais dans une zone beaucoup plus floue et dangereuse. Cela va mieux pour certains, beaucoup moins pour d’autre, et plus que jamais je ressens une bipolarité effrayante dans ce domaine. Ragaillardi par les combats gagnés, effrayé par les reculs et les atteintes aux libertés et au progrès, si nous perdons d’un côté pour mieux perdre de l’autre, alors ce n’est pas un bon signe.

Nous sommes par essence transversaux à la société, tous les milieux, toutes les religions, toutes les familles, et toutes les homophobies aussi (étrangement celles du bourgeois et du prolo sont très proches, celles des religieux de tout poil aussi, comme on s’accorde facilement dans la haine…). Nous avons ce point commun qui nous lie et nous relie, qui nous oblige à nous reconnaître pour simplement nous permettre d’être heureux ensemble. Cette communauté qui se désagrège pourrait être le signe positif qu’on en a plus besoin, parce que le combat est terminé. Mais j’ai l’impression que ce qui se joue est bien plus pernicieux, et que la Fortune pourrait bien se jouer de nous… dans un funeste dessein.

  • Exposage
Moebius Transe Forme à la Fondation Cartier

Publié le Mardi 18 Janvier 2011 - 0:10
Catégorie: Exposage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait un truc de blogueur, et là c’était pour une fois carrément dans mon créneau. Je ne connais pas très bien Moebius, même si j’avais bien aimé l’expo Miyazaki-Moebius de la Monnaie de Paris en 2004. Et la Fondation Cartier c’est vraiment un endroit que j’apprécie particulièrement. En revanche, ils ne sont vraiment pas doués pour correctement présenter et expliquer leurs expositions, et là encore sans le recours et l’éclairage d’un guide, je pense qu’on est complètement largué.

Là évidemment, c’était une visite organisée, et donc tout était pour le mieux. Nous avons eu une guide qui non seulement a bien remis le dessinateur dans son contexte culturel et biographique, mais nous a patiemment fait évoluer dans son univers et dans ses codes. Ainsi armé de ces quelques connaissances, il était beaucoup plus simple et agréable de profiter des multiples œuvres qui peuplent cette exposition.

La scénographie est assez classique mais de bonne facture, avec un rez-de-chaussée qui expose les différentes bédés de Moebius sur une longue table formant le ruban éponyme, et qui chronologiquement nous emmène dans les œuvres et les inventions de l’artiste. Là on peut lentement et surement se plonger dans des bandes-dessinées diverses et variées tout en profitant de commentaires de l’auteur comme autant d’échos aux livres présentés. On comprend alors l’imaginaire, le bestiaire, les styles, et concrètement les expérimentations artistiques, les gimmicks et autres codes chers au dessinateur. Au sous-sol, il s’agit plus d’installations qui rendent hommage au talent plasticien et à cette fameuse “transformation”. Il y a des dessins reproduits sur plusieurs mètres de haut, des peintures, des œuvres qui sont en échos aux préoccupations de Moebius ou à sa mythologie personnelle.

Cette seconde salle est très belle et tout autant mystérieuse, même si le décodage de l’étage au-dessus permet de mieux appréhender cette plongée dans un monde parfois inquiétant. Tout cela me faisait penser à l’étonnant écosystème du film d’animation “Gandahar” qui date de 1988 et que j’avais vu gamin (et qui m’a énormément marqué). Je vois que le réalisateur de ce film, René Laloux, a aussi collaboré avec Moebius, ce qui ne m’étonne pas du coup.

Le mélange des genres est total chez Moebius, qui signe de différents noms des œuvres de styles, matières, techniques et formes variées, du cowboy viril à l’humanoïde futuriste polymorphe et érotisée à mort… Et c’est bien ce qui m’interpelle dans tout ce que l’on peut voir là, avec toujours formellement une qualité de dessin et un trait qui confirme son énorme talent.

L’exposition est d’une réelle qualité et a bien été pensée et organisée, mais encore une fois sans guide je n’aurais rien capté…

Moebius Transe Forme à la Fondation Cartier

  • Linkage
  • Matooyage
Amitiés IRréeLles ?

Publié le Lundi 17 Janvier 2011 - 0:33
Catégorie: Linkage, Matooyage

J’ai découvert le net en 1996 lors de mon semestre d’étude à Newcastle, puis vraiment quand j’ai installé mon premier modem à la maison (chez pôpa et môman donc) en 1997, et quant aux Social Media il ne faut pas croire que ça date d’hier… Février 1998 est un repère simple pour moi puisque c’est mon emménagement sur Paris, et cela correspond à mon inscription et mon implication grandissante dans le web, et avant tout dans Caramail. Forum, chat, profil, il y avait là-dedans déjà tout ce qu’il fallait pour communiquer et échanger, évidemment pas avec la même facilité, agilité et universalité qu’aujourd’hui (où “tout le monde” est sur Facebook).

Je me souviens bien de mes premiers pas sur Yahoo! en 1998 où je cherchais juste à trouver d’autres internautes, et d’ailleurs le simple fait d’être sur internet faisait déjà un énorme point commun, et un sentiment d’appartenance fort grisant (et aussi faussement élitiste et précurseur d’un “gros truc” à venir). A l’époque, Yahoo! permettait justement de créer des pages “profil” avec des infos basiques (photos, description, et le ASV – Âge Sexe Ville - qui a régné en maître pendant des années avant de disparaître du lexique en ligne), mais surtout on pouvait faire des recherches et contacter des gens par ce biais. Il y avait déjà ICQ qui faisait ça bien, mais qui était un peu plus rentre-dedans (on pouvait entrer en chat directement en effectuant des recherches), même si je me rappelle quelques rencontres par ce moyen. Par ces recherches de profils Yahoo!, je correspondais avec des gens dans le monde entier, notamment des pédés (évidemment), et je me souviens en particulier d’Adam à Los Angeles et Theo d’Athènes. Huhuhu.

Tout ça pour dire, que cela fait en gros 13 ans que je fraye dans le web “convivial” et le réseautage social, et qu’années après années, j’y ai rencontré une kyrielle de personnes. Cette possibilité de socialiser avec un nombre de personnes croissant, et d’autant plus aujourd’hui que “les amis d’amis”, les Friends of Friends ou FoF, sont au centre même du fonctionnement de tous ces sites sociaux, peut rapidement devenir un cercle vicieux. Cette possibilité de rencontrer des gens et de nouer une relation sympathique (pire si l’on cherche une relation sentimentale ou sexuelle) devient facilement du stakhanovisme, et je pense que tous les usagers du net passent par cette période. C’est d’ailleurs un phénomène qui arrive de manière cyclique, souvent lors de l’émergence d’un nouveau site internet.

Depuis cette dizaine d’années, je me suis beaucoup éloigné de mes amis “d’avant” parce qu’ils n’étaient pas sur Internet, ce qui paraît complètement dingue. Et donc naturellement, certains amis du net sont devenus des amis de la vie réelle, tandis que cette ultra et quasi-continuelle connexion aux réseaux fait que je passe de plus en plus de temps en contact avec eux. Etrangement d’ailleurs, l’avènement des réseaux sociaux a aussi été l’occasion de me relier à des gens que je voyais moins, qui sont à présent autant “en ligne” que je peux l’être. En revanche, je n’ai jamais souffert d’une virtualisation des relations, et quand bien même, car je suis “en contact” avec des personnes que je n’ai parfois jamais rencontré de visu, cela ne m’a jamais empêché de toujours autant sortir et voir mes potes. J’ai été sensible au post d’Eric qui évoque ce même sujet :

En échangeant virtuellement avec toujours plus de monde, les opportunités d’échange dans la vie réelle sont nombreuses. Mais quand comme moi, on a besoin de vrais moments à soi, cette addition de contacts provoque des envie de week-end autistes, soirées DVD et journées en solitaire. Plus je connais de monde, moins j’en profite dans la vie réelle. Comme si un échange virtuel comptait comme un échange dans la vraie vie. Ce qui n’est évidemment pas vrai. Et se joue au détriment de moments avec mes amis. Qui continuent très logiquement à se compter sur les doigts d’une main. Une régulation personnelle s’impose, elle viendra.

C’est vrai que les jours où j’ai pas mal “contribué” en ligne, je rentre chez moi pour glander sans trop de frustration, car non seulement j’ai eu mon quota d’échange, mais en outre je sais que je serai chez moi connecté avec mes potes, et toutes les connaissances périphériques qui forment mon “écosystème personnel”. Ce qui me faisait paraître pour un extraterrestre quand je racontais cela à mes proches il y a dix ans, est aujourd’hui un constat assez largement partagé, et ça me fait bien sourire.

Mais comme d’habitude, et Eric le souligne aussi, le danger est dans l’extrême et dans l’assuétude. Si l’on devient un otaku, ou bien si l’on ne recherche que plus de verdeur dans le pré amical/affectif/sexuel voisin, on finit forcément par se cramer les ailes. Donc il est important pour moi de tempérer mes ardeurs dans tous ces domaines, et de réussir à être “raisonnable”. Je n’y arrive clairement pas toujours, mais je trouve que je m’améliore petit à petit. En revanche, je plains les jeunes gens qui sont tombés dedans enfants et qui doivent avoir encore plus de mal à trouver discernement et raison pour trouver leur équilibre. Cela reste plus facile pour des briscards comme moi qui ont connu “le monde d’avant” (sans web, sans mobile etc. bref le monde d’avant 1997 me concernant, donc 21 ans) et qui ont certains repères. Je me dis régulièrement que j’ai une grande estime pour ces jeunes gens qui étudient aujourd’hui et arrivent à s’accrocher à leurs études sans passer leurs nuits sur des chats et des réseaux, vu que c’est ce que je faisais dans mes dernières années d’étude moi-même, puisque j’ai été en école jusque 1999. Et encore, à cette époque j’étais coincé par le prix des communications téléphoniques puisque l’accès internet était gratuit mais la facture France Telecom bien salée…

En tout cas, globalement mon bilan est plus que positif si je jette un regard en arrière. Le web me procure énormément de bonheur et d’épanouissement, et je le considère comme un catalyseur, comme un facilitateur. Et comme tel, il met en exergue autant les qualités que les défauts, les vertus que les vices, et peut autant apporter que nuire. Il ne faut ni le porter aux nues, ni le conspuer, mais l’intégrer comme un média, comme un outil, et toujours en rester le maître (ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas).

  • Concertage
“The Monster Ball Tour” de Lady Gaga à la Halle Tony Garnier de Lyon

Publié le Vendredi 14 Janvier 2011 - 0:55
Catégorie: Concertage

Après avoir manqué le coche pour acheter des places parisiennes, je me suis dit qu’on pouvait aussi retourner sur Lyon, vu qu’on avait eu une excellente expérience la dernière fois. Malgré la peur de la neige (qui était omniprésente dans la ville en effet) et la grande difficulté de trouver un hôtel à Lyon cette semaine là, nous y sommes arrivés !! Et ce concert de Lady Gaga fut un tel moment de bonheur festif que pour rien au monde j’aurais manqué cela. Oh là là, ce que je suis content d’avoir fait tous ces kilomètres juste pour cela, car ça valait vraiment le coup.

Je ne suis pas un immense fan, mais j’aime bien Lady Gaga, un peu “comme tout le monde” je pense. Ce concert montre l’incroyable parcours de la chanteuse ces deux dernières années, d’une presque inconnue à une célébrité mondiale incontournable. Et la voilà qui nous fait une tournée dont Madonna même n’aurait pas à rougir, et surtout quelle bête de scène, quelle chanteuse, quelle meneuse de revue… Hallucinant. Elle chante décidément terriblement bien, juste et avec toutes ses tripes, de temps en temps à s’en faire péter les cordes vocales. Même si le show est millimétré, elle est en constante interaction avec le public, et elle veut que les gens se lèvent, chantent et dansent avec elle.

Nous n’étions pas très bien placé, bien en face mais loin sur des gradins, et un moment on a cru qu’on allait perdre l’effet de proximité et regarder le concert comme devant une télé… Mais voilà qu’après 5 minutes, elle se met à gueuler et demander que tout le monde se lève dans la salle. Et comme par miracle, voilà que toute la Halle Tony Garnier (et les 13 000 folles qui la composaient) se lève comme un seul homme et commence à remuer ses popotins et à entonner la chanson. Et là, le mot d’ordre lancé, la fête pouvait commencer ! Les gens étaient tout le temps debout, et ça remuait, ça s’amusait, et on a passé un moment génial.

Le Monster Ball c’est Lady Gaga qui se rend à ce bal avec ses amis, tous plus freaks qu’elle, et on suit ses pérégrinations en voiture, en bus et en métro. C’est totalement nawak et déjanté, avec des danseurs très doués, des costumes évidemment superbes, et déjà de très beaux Deus ex machina pour une première tournée de cette ampleur. Ce spectacle c’était le Mystérieux Voyage de Marie-Rose sous ecsta !!!!!!!!!!

Et puis Lady Gaga, je m’en étais déjà ému ici, elle me plait par son engagement clair et manifeste pour les pédés. Elle ne le dit pas à demi-mot ou en essayant de jouer sur tous les tableaux, non, non, elle annonce directement la couleur et elle le martèle pendant deux heures. Elle salue ses fans gay, les congratule, les remercie, les apostrophe, les loue… Elle en fait même des caisses, incarnant la déesse des FAP à elle seule !! Alors ça évidemment, vous imaginez bien que ça me parle. Hé hé. En outre, elle évoque surtout ses “little monsters” que nous sommes, et elle parle du fait qu’elle se sentait aussi seule, moche et “bullied” à l’école, et qu’elle prend maintenant sa revanche grâce à nous. Même si c’est du show et que je ne suis pas dupe, j’ai envie de la croire, et je comprends que les ados de tout poil craquent pour elle.

Alors évidemment ça reste de la pop pas très évoluée et avant tout faite pour battre le dancefloor en rythme, mais Lady Gaga lui apporte sans conteste ses lettres de noblesse.

"The Monster Ball Tour" de Lady Gaga à la Halle Tony Garnier de Lyon

  • Ecoutage
  • Matooyage
The American Four Seasons de Philip Glass

Publié le Jeudi 13 Janvier 2011 - 23:30
Catégorie: Ecoutage, Matooyage

Il y a quelques temps est sorti ce nouveau concerto pour Violon (N°2) de Philip Glass, et son titre “The American Four Seasons” ont achevé de me convaincre. En effet, il n’y a pas grand chose de plus beau que les quatre saisons de Vivaldi, même si on croit un peu trop entendre aujourd’hui une musique d’attente d’un pauvre serveur téléphonique (ok ok). Mais bon Philip Glass quoi !! Mon Philip Glass à meuah que j’aime tant !!

J’écoute depuis très régulièrement ce nouvel opus qui ne cesse de me charmer. On y retrouve vraiment la virtuosité d’un Vivaldi, mais surtout je trouve que Glass n’a pas son pareil pour faire “parler” les cordes. Il compose ainsi un prologue, trois “movements” et trois “songs” qui sont autant de preuves de son talent pour exprimer les émotions les plus intenses à travers un violon et des instruments à cordes. Evidemment, ce n’est pas un truc très intello et je crains qu’il soit largement fustigé par les vrais mélomanes, mais pour moi c’est parfait (musique de concierge poweeeer!!!) !! Il parle directement à ma sensibilité, il me soulève le coeur d’émotions et d’emportées lyriques, il s’exprime sans mot avec la plus merveilleuse éloquence. Y’a pas à dire, c’est vraiment bien. Huhu.

Ces morceaux me font vraiment penser à ce passage que j’aime tant à la fin du String Quartet N°5.


Concerto pour Violon N°2 – The American Four Seasons – Movement III – Philip Glass

  • Cinéphage
Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1

Publié le Jeudi 13 Janvier 2011 - 17:30
Catégorie: Cinéphage

Mais c’est que c’est le début de la fin !! Autant l’épisode précédent était un peu lent et introspectif, autant celui-ci est un tonitruant mélange de genres. On y retrouve à la fois une belle évolution des personnages, mais aussi des moments lents et posés, avec d’autres plus aventureux et pêchus, et pour une fois on ne voit pas du tout Poudlard.

Globalement, j’ai bien aimé. Je ne peux pas dire que la série Harry Potter me passionne, mais c’est un rendez-vous agréable et il faut l’avouer plutôt de bonne facture. Les comédiens sont doués, assez attachants, et j’ai envie de connaître la suite (je me suis arrêté de lire la saga au quatrième bouquin, donc les films me font aussi découvrir la suite de l’intrigue).

Je ne vais pas faire l’affront de raconter l’histoire… Nan bah voilà c’est tout quoi. Hu huhu.

Harry Potter et les reliques de la mort - partie 1

  • Exposage
Installation “Rachel, Monique” de Sophie Calle au Palais de Tokyo

Publié le Jeudi 13 Janvier 2011 - 0:53
Catégorie: Exposage

Il y a eu cette rétrospective Sophie Calle en 2004 qui avait confirmé toute l’admiration que j’avais pour cette artiste. Son travail me parle énormément, même si je la trouve de moins en moins en phase avec notre époque, après les blogs, après l’autofiction… Mais il reste ce décalage dans le traitement artistique et poétique des moindres évènements de son existence. Il s’agissait là au Palais de Tokyo d’une seule installation dont voici le manifeste :

Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle. Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait. Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée : “Enfin”.
Sophie Calle.

Woooh, Sophie, tu as fait une expo sur la mort de ta maman ?!! Dis, tu déconnes là non, tu n’as vraiment plus rien en boutique pour en arriver là ? Je suis allé voir par moi-même pour essayer de comprendre la démarche et juger de l’oeuvre.

Eh bien, une partie n’est pas trop réussie à mon avis, en tout cas je ne suis pas rentré dedans. Mais d’autres éléments font écho avec d’anciennes démarches de l’artiste, et certains composants de cette installation ont encore ce souffle créatif décalé, délirant, poétique et à fleur de peau qui sait me toucher et me faire réfléchir. J’adore chez Sophie Calle cette capacité à me porter à des extrêmes : soit dans l’indifférence (et parfois outré d’un foutage de gueule qui me semble manifeste), soit absorbé par une de ces inventions (parfois simplissime) pendant des plombes.

Là nous sommes en plus dans un domaine hyper sensible et naturellement touchant puisqu’il s’agit de sa maman, et en même temps la pudeur relativement commune ferait qu’on devrait être choqué d’une telle exposition (au sens propre). Mais de Sophie Calle, plus grand chose n’étonne… Elle distribue donc dans cet espace en travaux immense du Palais de Tokyo une installation composite qui est un parcours initiatique dans son univers maternel. A la Sophie Calle, à partir d’anecdotes, elle illustre, rappelle, transforme des souvenirs, les partage formellement et les fait évoluer ou les transcende à travers le prisme de son art. On retrouve donc son écriture, ses vidéos, des photos, mais aussi des pierres tombales, des supports variés en couleur et matière avec un “souci” qui s’estompe, des fleurs et un décor mortuaire, des stèles couvertes de nom de maladie, etc. Elle s’est encore lancée quelques défis qu’elle relève et documente pour évoquer encore sa maman, et donner du sens au lien filial, ou simplement payer tribut à cette vie qui n’est plus.

Je reste fasciné par l’artiste, tout en restant aussi critique et parfois indifférent, car elle continue dans son trip (dans tous les sens du terme) avec cohérence et sur la durée, et je trouve que ses idées bouillonnent et foisonnent toujours autant.

Installation "Rachel, Monique" de Sophie Calle au Palais de Tokyo

  • Boukinage
Mort de Bunny Munro (Nick Cave)

Publié le Mercredi 12 Janvier 2011 - 18:25
Catégorie: Boukinage

Je ne connaissais que Nick Cave le chanteur, et j’ai appris là à aimer l’auteur. On y retrouve de surcroît une veine artistique très proche de son univers musical. C’est donc dark à souhait voire carrément tragisociocomiqueàsetireruneballe, et surtout pour ce bouquin saturé d’une sexualité débridée et (bien) glauque sur les bords.

Bunny Munro est un pauvre gars complètement obsédé par le cul (des femmes), et qui gagne sa vie en tant que représentant en portes à portes dans les cosmétiques. Dans les premières pages, sa femme dépressive se suicide alors que leur fils, Bunny Junior, est dans la pièce à côté et attend sagement. Bunny perd les pédales et, ne sachant bien comment gérer la situation, emmène Bunny Jr avec lui dans ses tournées commerciales. Pendant que le père bande à la vue de la moindre chatte (ce sont les termes les plus policés utilisés), le gamin reste dans la voiture, et… attend. Son seul lien avec la réalité qui l’entoure réside dans son encyclopédie, sorte de manuel où ils trouvent toutes les réponses à ses questionnements les plus existentiels.

Le titre même du bouquin nous informe sur l’issue du roman et le funeste trajet de Bunny Munro… Donc on commence sur la mère bordeline qui se suicide, on sait qu’on va arriver à la mort du père, véritable salopard, coureur, alcoolo et beauf, et on a ce petit bonhomme attendrissant et tout en décalage au milieu. Bref, c’est glauque et on tombe encore plus bas dans la fange, dans une misère sociale assez terrible, où, comme souvent, arrive à surgir quelques miracles et beaucoup d’ironie. Et en filigrane, on a les hormones en ébullition de Bunny avec un Nick Cave qui multiplie les images et les métaphores priapiques dans registre fort inventif et plutôt comique, même si foncièrement dégueu.

J’ai trouvé que c’était bien écrit, le style de l’auteur est globalement incisif, mais avec une certaine simplicité et crudité qui rendent la narration assez réaliste et authentique (malgré un récit qui ferait passer Cosette pour une privilégiée). Evidemment cela finit par être assez marrant, sinon on se tirerait direct une balle, car Bunny fait vraiment n’importe quoi dans son boulot comme dans sa vie, et aussi très émouvant. En effet, la relation père-fils est centrale et vraiment belle, au-delà même de l’adversité et de la cruauté des évènements.

Je rapproche un peu le bouquin d’un Sarah (même si c’est un coup marketing…) ou d’un Rafael, derniers jours… J’ai vraiment trouvé ça pas mal au final.

Mort de Bunny Munro (Nick Cave)

  • Cinéphage
The Kids Are All Right

Publié le Mercredi 12 Janvier 2011 - 0:59
Catégorie: Cinéphage

J’y suis allé en ne sachant pas grand-chose sinon que l’histoire parlait d’un couple de lesbiennes avec deux enfants, un garçon et une fille, chacun étant l’enfant biologique d’une des deux mamans. Les jeunes ados avaient été conçus grâce à un donneur anonyme, et l’aînée atteignant l’âge de demander qui est son géniteur, elle se demande sérieusement si elle doit le faire… J’ai eu peur mais je me suis dit Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo, putain de merde ça peut pas être une daube !! Je redoutais surtout un film qui ferait une promotion un peu artificielle de l’homoparentalité, avec des enfants pas bien dans leurs peaux et qui finissent par se retrouver très heureux ou un truc dans le genre…

Je me suis au contraire pris une jolie claque, et j’ai adoré cela. Ce film est un petit bijou d’authenticité, d’originalité et de tendresse sans être mièvre une seconde. J’ai lu quelques critiques ensuite qui reprochait un ton de guimauve ou un déluge de bons sentiments, mais soit j’ai marché à fond, soit c’est une question de sensibilité (hu hu hu). Car à aucun moment, le film ne traite du mal-être des gamins ou même de l’homoparentalité “ce douloureux problème”… La famille formée par ce couple de nanas et leurs enfants apparaît rapidement comme évidente, et leur manifeste nucléarité crève littéralement l’écran. On suit donc les péripéties d’un couple qui gère deux ados, avec tout ce que cela comporte de casse-gueule et de fabuleux, et évidemment en plus de cela la problématique de la conception avec donneur anonyme, et celle d’avoir deux mamans dans sa vie (ce que l’on comprend rapidement puisqu’en avoir une est déjà assez complexe…)

La jeune fille, Joni (Mia Wasikowska, anciennement Alice) décide donc d’entrer en contact avec son père biologique (Mark Ruffalo) ce qui rend quelque peu nerveuses et chafouines les mamans lesbiennes. Le “père” fait donc connaissance avec cette singulière et sympathique famille, et c’est évidemment le début des emmerdes, des sentiments refoulés qui resurgissent et des errements bien naturels avant de retomber sur ses pieds. Le ton est léger et le propos pas vraiment grave ou tragique, il y a même pas mal de saynètes plutôt drolatiques, mais on sent qu’on est juste à la frontière, à la limite d’un scénario qui aurait pu aussi être conçu comme une comédie bien plus dramatique. Là on reste dans le registre “tout est bien qui finit bien” même si une certaine amertume permet de parachever le tout sans sensiblerie superflue ou ambiance ravi de la crèche.

Le film bénéficie évidemment des extraordinaires Annette Bening et Julianne Moore qui sont belles, crédibles, terriblement lesbiennes et très mamans. Elles ne surjouent pas, et le scénario leur permet justement de ne pas céder au cliché gras et facile, tout en en exploitant certains avec beaucoup de tendresse et de sympathique drôlerie. Le risque était grand de tomber dans bien des travers, et moi j’ai trouvé qu’incroyablement tous les écueils avaient été évités (parfois de justesse, et certains penseront que justement si).

Etrangement, je ne connais personne qui ait vu le film, c’est bien dommage car c’est un très bon film…

The Kids Are All Right