De la fin du FOMO en confinement ?

Temps de lecture : 4 minutes

Le FOMO c’est le « fear of missing out » c’est à dire littéralement la peur de rater un truc. Cela s’est d’abord, étrangement, traduit pour moi en ligne, je m’en souviens très bien dès 1999 avec le chat Caramail. On était plusieurs à être accros à ces salles de discussion en ligne qui pouvaient nous occuper pendant des heures durant, le jour et la nuit. Et j’ai alors ressenti ce FOMO, littéralement je voulais me connecter de peur de rater le fil des conversations (et des drames qui se jouaient), de rater le bon mec qui allait se connecter, ou le bon trip entre copains.

Rapidement le FOMO dans ma vingtaine s’est également traduit par la peur de manquer des trucs « importants » (avec toute la relativité chère aux vingtenaires drama queen que nous avons tous été, et sommes parfois toujours) dans les soirées en boite. Et donc il fallait sortir les dimanche et lundi au Queen (AbFab + Disco), le mercredi au Scorp’ (Oh là là), les vendredis et samedis (Scream à l’Elysée Montmartre) c’était le ouikène donc c’était la norme. Ah et puis il fallait bosser la semaine évidemment.

A ce rythme là, que ce soit en ligne ou dans le monde réel, on ne dure pas très longtemps, et moi c’était les deux mondes que j’embrassais avec joie et alacrité ^^ . Que ce soit psychologiquement ou physiquement, on se retrouve évidemment vite limité par les lois de la Nature. Avec l’âge et l’expérience, on apprend à maîtriser cette véritable assuétude qui s’installe, et qui pourrait facilement redevenir hors de contrôle. J’évoque donc tout cela, sans doute avec un peu d’ironie, mais en toute humilité. D’autant plus que mes statistiques d’activité en ligne actuelles feraient sans doute déjà bien pâlir les spécialistes en la matière.

Pour mon cas pathologique à moi que j’ai, c’est clairement d’être en couple qui me calme. Arf. Eh oui, l’activité hautement tactique de quête amoureuse est sans doute le truc qui me faisait littéralement paniquer de « rater le coche ». Or, à partir de 24/25 ans, je peux compter sur les doigts d’une main les semaines où je n’ai pas été en couple (j’ai vachement de chance, je le pense vraiment). Etre en tête à tête (ou à queue ^^ ) avec mon chéri m’a toujours immédiatement annulé le quelconque manque de connectivité. De la même manière que lorsque je suis au resto avec un ou des potes, vous ne me verrez jamais sortir mon téléphone. Après j’ai d’autres horribles besoins irrépressibles, comme celui de consulter Wikipédia toutes les 15 secondes pour vérifier tel ou tel dire, ou celui de vouloir aller sur IMDB au cinéma pour me rappeler dans quel film j’ai bien pu voir ce type !!!? (Mais je vous rassure, je ne consulte pas mon tél en plein film au cinéma. En revanche, mon mari s’en plaint assez aujourd’hui quand on regarde tous les deux la télévision.)

Mais venons-en au confinement et à mon vieil âge qui m’a largement éloigné des pistes de dance ou des pinces-fesses de vingtenaires. Oh je ne me plains pas. J’ai eu mon temps, j’en ai bien profité, je profite aujourd’hui différemment. Je sors encore dans des endroits qui me plaisent, et je visite aussi des trucs à la mode pour sentir un peu l’air du temps. Mais il reste toujours ce petit sentiment de FOMO qui veille. Après on regarde les stories de ses potes et accointances, et on se dit « Tiens ça l’air cool, j’irai la prochaine fois ! », ou bien « Bon là c’est trop pas pour moi, mais au moins je vois à quoi ça ressemble un apéro à poil végan qui termine en partie de jambes en l’air« . Du coup à FOMO, FOMO et demi grâce aux outils numériques qui nous donnent un petit pouvoir d’ubiquité.

Mais alors depuis 50 jours, le FOMO prend une toute autre forme ! Il a quasiment disparu vu que tous les soirs, on se dit « Oh bah tout le monde est confiné chez soi, PERSONNE ne sort !!!! ». Il y a bien quelques soirées en vidéoconférence qui arrivent encore à donner envie de faire partie de telle ou telle bande, mais il ne faut pas rêver le virtuel ne rattrape pas le réel, il ne fait que l’émuler. Globalement, ces événements en ligne ont aussi permis à plein de gens de se retrouver, et impossible de dire « Ah non désolé, j’ai déjà un truc de prévu ! » Parce qu’il ne faut pas exagérer, on n’a pas en ce moment des agendas de dingue. Et en plus, comment zapper un rendez-vous avec un « je suis crevé du boulot, j’ai galéré dans le métro, j’ai la flemme de me doucher ou de m’habiller etc. » (Rayez la mention inutile…)

On peut sortir en restant chez soi, habillé comme on veut, avec un paquet de chips et de l’alcool à flots, aucun jugement, de toute façon personne ne vous voit. Mouahahahaha. Cette période est donc désastreuse à bien des égards, mais pour des gens assez casaniers, pas seuls et plutôt connectés, finalement ça ne se vit pas trop mal. J’ai déjà cité le Bingo Drag du dimanche qui avait carrément rameuté des gens très éloignés de Paris qui avaient enfin l’occasion d’assister à ce truc dont ils avaient entendu parler. De la même manière, le dernier Paris Carnet a pu rassembler des blogueurs émérites de toute la France, et même du monde entier.

Mon ami PH est une de ces personnes qui aiment faire du lien, et il organise tous les 15 jours un mardi soir « CinéFolles ». On regarde un film LGBTQI+ chez lui en papotant et picorant. Eh bien pendant le confinement, on fait pareil chacun chez nous. On lance le film ensemble, et on tchate pendant la séance. Du coup cela rassemble beaucoup plus de monde, et cela reste très chouette et convivial. Le summum c’est qu’il a organisé deux soirées « Quizz » absolument géniales (la capture en tête de post vient de là), où tel un Philippe Risoli il nous pose des questions, et on beuze à distance. Mais surtout on se fait des soirées comme on pouvait se faire il y a des années, mais avec une copine à Marseille, une en Espagne et l’autre à la frontière suisse, et on se marre comme rarement on l’avait fait dernièrement. Bah c’est plutôt positif tout ça. Pas de quoi nous souhaiter d’être en confinement jusqu’à la fin de nos jours, mais peut-être bien de continuer à maintenir le lien avec des personnes qui sont moins proches physiquement, mais dont la proximité sentimentale peut perdurer par ce moyen.

Le FOMO reviendra assez vite, alors profitons au moins de cela. ^^

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5 Commentaires

  1. Placer « alacrité » et « assuétude » dans le même paragraphe… C’est du Matoo pur jus !
    (manquent les assonances et le combo serait parfait !)
    :clindoeil:

  2. impressionnant!! tout comme « émuler »: Simuler, sur un ordinateur, le fonctionnement de (un terminal, un système d’exploitation, une autre machine).
    Ce que j’aime bien ici, c’est qu’on enrichit autant son vocabulaire que sa connaissance des us et coutumes LGBTQ+….plutot parisien, mais pas uniquement

  3. J’attends toujours la fin du film au ciné pour vérifier si j’ai bien reconnu cet acteur. Merci ma super mémoire spéciale. :huhu:

    Par contre, j’avoue qu’avec Kévin Bacon on peut se lancer dans des batailles de Wikipedia pour vérifier quelque chose. Et dans ce cas, le besoin irrépressible comme tu le dis, peut nous pousser à nous garer immédiatement sur le bas-côté pour avoir la réponse. :gene:

    J’ai toujours détesté être prisonnier du FOMO, d’avoir toujours mon téléphone à portée de main, de le checker pendant que je suis entre amis… Et j’avoue que le confinement a quelque peu changé la donne. Comment manquer quelque chose quand il ne se passe rien ? :mainbouche:

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